Bouteflika - Algérie : Il est vivant mais ce n’est pas lui qui est malade
Algérie - Après 50 jours de vacances expliqués par le droit d’avoir des vacances même si l’on est Président, Bouteflika est réapparu vivant. Les premières conclusions sont donc nettes, claires et précises: Bouteflika n’est pas mort, Bouteflika n’est pas malade, Bouteflika n’est pas parti en Belgique pour se soigner et Bouteflika est toujours Président de la RADP.
Une image valant mille mots, il est donc réapparu avec l’image et un discours de dix mille mots, comme de tradition dans les Etats où l’oralité est un mode de gouvernance magique.
Le problème est donc ailleurs: il y a quand même quelque chose qui n’est pas vivante en Algérie, quelque chose qui doit se faire soigner, quelque chose qui est encore malade et quelque chose qui remplace le Président à chaque fois que l’ENTV ne nous le montre pas.
Il y a quelque chose en sursis dans l’atmosphère générale qui nous ramène au point mort de l’hésitation collective à chaque fois que Bouteflika se fait remplacer par des rumeurs, une mauvaise communication ou un congé inexplicable sachant le taux d’occupation des images habituellement octroyé au Pouvoir par l’ENTV à la place du réel des Algériens.
Il y a ce fait que l’Algérie qui compte plus de trente millions d’Algériens peut s’arrêter de fonctionner brusquement parce que bâtie sur la présence «psychologique» d’un seul Algérien et fonctionnant avec un Etat unipersonnel qui frappe de nullité toutes les autres institutions de la République à chaque fois que cette personne unique n’est pas là pour dire qu’elle est toujours là.
Il y a cette fragilité du consensus national qui revient comme une maladie d’ossature à chaque fois que la présidence sonne vide sous le tapage des médias et qui repose le même problème fondamental de l’impossibilité de la succession, de l’alternative et de l’alternance avec le mode actuel de la gouvernance par le vide autour de soi, des siens ou de sa propre vision de l’Etat.
Roulant avec une opposition inexistante, une coalition saisonnière et une classe politique sans autre projet que la lutte contre la péremption, il suffit que le Président de la RADP disparaisse un moment pour que le pays se retrouve avec le tableau de la crise du GPRA face à des prétendants venus des frontières.
Et il suffit que Bouteflika s’absente 50 jours pour que l’Etat revienne à sa nature de coopérative en faillite et bascule dans la métaphysique de l’intérimaire et revienne au partage dangereux de ses wilayas historiques.
Bouteflika est donc réapparu hier avec un discours qui s’approche de la banalité. L’événement n’étant pas dans la bande son mais dans la bande image.
Le reste demeure donc. Il y a toujours quelque chose de malade dans le pays, quelque chose que l’on ne soigne pas, quelque chose de déjà mort et quelque chose qui réduit l’Algérie à sa Présidence et la Présidence à une lutte contre la rumeur à chaque fois que l’Algérie se retrouve seule face à elle-même.
Par Kamel Daoud - Quotidien Oran
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