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Actualité

 

Algérie : Le 11 septembre au pays du 1er novembre

 

USAAlgérie - Première question : le 11 septembre US a-t-il été «algérien» ? Un peu, si peu et tellement peut-être.

L’opinion locale, indexée sur le panarabisme émotif, a été pour Oussama et contre Ben Laden. Totalement convaincus que la justice est divine et non pas constitutionnelle, les Algériens ont pensé aux victimes de l’Amérique avant de penser aux victimes en Amérique.

El-Qaïda est un produit dérivé de la politique US avant d’être un attentat spectaculaire coupable de 3.000 morts. C’est la logique de la main qui dépose plainte contre le visage qu’elle a giflé et qui crie à la douleur avant sa victime.

L’immense conséquence médiatique de ces attentats a peu ébranlé les convictions locales travaillées par la métaphysique du châtiment et Ben Laden a été tout juste coupable d’avoir rendu plus difficile l’obtention d’un visa, la déambulation maraudeuse d’un Arabe dans un aéroport occidental et l’explication pacifiste de l’Islam.

Deuxième question: l’Algérie se porte-t-elle mieux après le 11 septembre ? Oui et non. La théorie du bénéfice collatéral est très valable pour l’Algérie de l’après-terrorisme officiel.

Les « droits d’hommistes », les démocrates, les opposants et les extralucides sont unanimes à dire que les attentats du 11/9 ont été une aubaine pour le dernier carré politique du tout-sécuritaire national.

Ces méga-attentats ont été la « table descendue du ciel » pour stopper d’un seul coup les interventions étrangères dans la crise algérienne, les enquêtes internationales, les procès médiatiques sur les violences de droits de l’homme pendant la décennie noire, les troïkas rôdeuses et les dénonciations manipulées ou récupérées par certains voisins et leurs services.

Brusquement les milliers de victimes algériennes du terrorisme et de l’antiterrorisme ont eu droit à l’asile politique dans le chapitre des victimes d’un mal international et l’islamisme en armes a été rangé comme produit toxique menaçant tous les pays et pas seulement quelques salons algérois et quelques kasmates unipartistes.

La réponse à la question du bénéfice est donc positive: l’Algérie se porte mieux après le 11/9.

On lui vend les armes auxquelles elle n’avait pas droit, elle est écoutée dans les milieux de la traque internationale des islamistes et elle a un projet qui colle au projet international et peut même jouer sur une culpabilisation de l’Occident coupable d’avoir vu une opposition dans quelques groupes hirsutes convaincus de pouvoir remonter le temps avec un peuple en entier comme brebis.

On ne pouvait pas déclamer son amitié avec l’Amérique au nom du pétrole mais on peut le claironner au nom de la menace islamiste.

Troisième question: l’islamisme algérien a-t-il perdu la bataille des opinions après le 11/9 ? Non. Les Américains comme les propagandistes locaux peinent à comprendre que l’islamisme coupable d’un faux barrage meurtrier sur la route d’Alger n’est pas perçu comme identique à celui qui a lancé des avions contre les tours jumelles de New York. Le premier est assassin, le second est logique. Le premier est coupable de meurtre, le second est un châtiment impersonnel.

Les 3.000 victimes du 11/9 sont pour les Algériens une statistique tout comme l’ont été les 100.000 morts algériens pour les médias US et leurs galaxies de lecteurs. Du coup, l’islamisme a toujours bonne presse chez nous tant qu’il fait les unes de la presse chez eux.

Assise entre deux chaises, l’opinion locale et celles de tous: des condoléances pour les Américains sont une bonne chose et des félicitations pour Ben Laden sont la moindre des choses.

Dernière question: le 11/9 a-t-il changé l’Algérie ? Non. Il a changé l’Amérique. Comme dans le reste des pays arabes, les USA aujourd’hui ont des prisons secrètes, des listes de « disparus », des victimes de montages judiciaires, des fraudes électorales en Irak, des contrats internationaux de nettoyage physique, des brigades clandestines et un gros discours d’hommage à des « hommes debout » face à El-Qaïda et ses « hordes sauvages ».

Ben Laden a déjà converti l’Amérique mais elle ne veut pas le savoir. Après lui, Bush n’est plus le frère du gouverneur de la Floride mais un vrai président, Sharon un homme de paix, Kadhafi un homme de courage, Saddam un homme tout court, Moubarak un homme à tout faire et l’Algérie une victime qui a droit à la sécurité sociale internationale. Conclusion ? En 1492 le monde découvre l’Amérique, le 11 septembre, l’Amérique redécouvre l’Algérie.

C’est déjà ça de gagné.

Par Kamel Daoud - Quotidien d'Oran

 

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