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Actualité

 

L’Algérie passe du 123e au 116e rang

 

Banque Mondiale AlgérieAlgérie - A la lecture des données et au regard du rang occupé par l’Algérie dans le classement qui prend en compte 175 pays, rien ne permet de pavoiser quant au gain de quelques places par rapport au classement médiocre de 2005.

C’est sans complaisance que les 5 000 experts locaux, conseillers financiers, avocats, comptables, fonctionnaires et universitaires de premier plan ont recueilli, analysé et formulé leurs conclusions.

Faire affaire dans le monde en 2007

Les premiers enseignements que l’on peut tirer de ce rapport, c’est que plusieurs économies ont compris la nécessité de réformer leur réglementation pour attirer les capitaux étrangers.

Le rapport a comptabilisé dans ce cadre que 213 réformes réglementaires dans 112 économies ont permis de réduire les coûts, le temps et les difficultés résultant des exigences légales et administratives imposées aux entreprises.

Dans ce cadre également, le rapport constate que l’Afrique a réformé plus que l’Asie, l’Amérique latine ou le Moyen-Orient.

Cependant, notre pays ne semble pas avoir brillé dans ce mouvement de réforme, puisqu’il n’y est pas cité. Le second élément qui nous interpelle est le nombre élevé de pays émergents qui engagent des réformes à grande vitesse, alors qu’au début des années 90, l’Algérie apparaissait comme le précurseur dans ce domaine !

A ce niveau, des pays tels que la Géorgie, la Roumanie, le Pérou, la Croatie, le Guatemala, le Ghana, la Tanzanie sont qualifiés du titre de pays réformateur en matière de réglementation des affaires.

Plus encore, des pays comme le Maroc, le Nigeria, le Rwanda, pour ne citer que les pays africains, ont réalisé au moins 3 réformes déterminantes en 2005 : simplification de la réglementation des affaires, renforcement des droits de propriété, allègement de la pression fiscale, facilitation pour l’accès au crédit et/ou réduction du coût de l’exportation et de l’importation.

Ce n’est pas peu dire, mais ces indicateurs renseignent sur la volonté et la détermination des politiques pour attirer les capitaux étrangers.

D’ailleurs, le classement des pays par la Banque mondiale «se fonde sur les coûts et le temps nécessaires pour satisfaire aux exigences des gouvernements concernant la création d’entreprise, les principales opérations, le commerce international, la fiscalité et les procédures collectives.

Il ne tient pas compte de variables telles que la politique macroéconomique, la qualité de l’infrastructure, l’instabilité des devises, la perception des investisseurs ou le taux de criminalité».

Aussi en ce qui concerne notre pays, il n’est point besoin de citer ou de faire diversion en utilisant la situation sécuritaire ou la criminalité comme obstacle à l’investissement étranger.

Comme nous l’avons signalé ci-dessus, ce sont des éléments qui n'entrent pas en ligne de compte : seules sont comptabilisées les actions, mesures, réformes administratives et légales concrètes prises par les gouvernants.

Au niveau régional, le Maroc remporte la palme pour les réformes enregistrées en 2005/2006, ce pays ayant réduit le capital minimum exigé pour la création d’entreprise (le montant passe de 100 000 dirhams à 10 000) et crée un guichet unique en regroupant de nombreuses réglementations au sein d’une source unique.

Une appréciation et une seule est accordée à l’Algérie qui a donné instruction aux banques de rapporter les prêts impayés à la centrale publique et décidé de la réduction de l’impôt sur les sociétés dont le taux passe de 30 à 25%.

Les analystes et experts de la Banque mondiale ont retenu dans leur hypothèse de travail dix indicateurs d’évaluation pour classer et mesurer la faisabilité d’affaires dans les pays considérés. Les indicateurs sont les éléments qui concourent à rendre un projet d’investissement réalisable dans des conditions acceptables. Le choix s’est porté sur les éléments suivants :

-La création d’entreprise avec les conditions qui y président, le nombre d’étapes, la durée et les coûts requis pour une SARL au démarrage de ses activités.

- La gestion des permis administratifs ou les procédures, la durée, les coûts nécessaires à la construction d’un entrepôt, y compris l’obtention des licences et permis nécessaires, l’accomplissement de notifications et inspections requises jusqu’à l’installation du téléphone, de l’électricité et de l’eau.

-L’emploi ou les difficultés des employeurs face aux rigidités d’embauche, d’horaires de travail, de licenciement…

-L’enregistrement d’une propriété et le nombre d’étapes, la durée et les coûts que cela entraîne.

-L’accès au crédit mesuré sur une échelle de 0 à 10 (10 étant le chiffre idéal pour l’accès au crédit).

-La protection des investisseurs avec l’utilisation d’indices tels que la transparence des transactions, les conflits d’intérêts, l’habileté des actionnaires à poursuivre les administrateurs et directeurs pour faute professionnelle (poursuites judiciaires). -Le commerce international avec les coûts et les procédures nécessaires pour l’import et l’export d’un chargement standard.

-L’exécution des contrats et l’évaluation de leur exécution en suivant l’évolution d’un litige et en relevant la durée, le coût et le nombre d’étapes nécessaires entre le dépôt de la plainte et le règlement du créancier.

-La faillite, indice qui mesure la durée et les coûts des procédures collectives et qui illustre les goulets d’étranglement qui existent dans ces procédures.

Pour une bonne appréciation et mesurer l’écart qui sépare l’Algérie d’un autre pays considéré comme une place propice aux affaires, nous choisirons le Canada (classé 4e) pour comparer les données et constater le fossé qui reste à combler pour espérer qu’un jour les réformes tant promises seront réalité et dès lors souhaiter que les appels incessants et pathétiques de nos politiques soient entendus par les investisseurs.

A titre comparatif, nous incluons dans le tableau à la fin de cet article l’Afrique du Sud qui occupe la 30e place et ce, en tant que meilleur pays africain.

Ainsi, ce rapport de la Banque mondiale vient corroborer les discours et les colères du président de la République, comme il confirme les déclarations d’hommes politiques algériens qui disposent du recul suffisant pour donner des avis justifiés et qui n’ont eu de cesse de rappeler l’état de déliquescence de nombreux pans de l’économie nationale.

Il n’est point besoin de remettre en question la méthode et l’approche méthodologique utilisées car bien des institutions sans reproche ont par le passé réalisé des études similaires et leurs conclusions se rapprochent du même résultat que la SFI a obtenu. Dans ce cadre, il est utile de rappeler que, déjà en avril 2005, un important rapport établi par l’Institut Fraser de Vancouver (Canada) classait l’Algérie au 118e rang sur 123 pays examinés.

Dans ce classement l’Algérie (ex aequo avec le Venezuela) devançait seulement la République démocratique du Congo, la République centrafricaine, le Zimbabwe et Myanmar !

Le rapport Fraser examinait alors «la liberté d’entreprendre dans le monde en 2004» et se basait sur des indicateurs tels que la taille du gouvernement, le contexte juridique et la protection du droit de propriété, la solidité et la fiabilité du système financier et bancaire, les entraves au commerce international et la libre circulation des capitaux, la réglementation du crédit, la propriété des banques, les taux d’intérêt, la législation du travail et le contrôle des prix.

Ces deux rapports, qui interviennent en l’espace d’une année, viennent asséner une vérité amère, bien difficile à digérer car s’il faut mesurer, avec le recul et le courage qui manquent à nos politiciens, la profondeur du fossé qui nous sépare des pays en haut du palmarès, alors il faut déclarer la révolution à tous ces goulets d’étranglement et commencer un travail sérieux de remise en question de tout le système administratif qui a fait le contraire de ce qui est attendu de lui.

Pourtant c’est bien simple : il suffit de fixer un objectif à atteindre, soit la 50e place par exemple et d'entamer les démarches pour cela. Q’est-ce qui empêche un gouvernement de réformer et de se donner les moyens de le faire ?

Mais là, il nous semble que c’est une tout autre question qui ne trouvera de réponse que si la volonté de réformer est ancrée au sein de l’administration car, entre le désir de réformer et la réalité du terrain, il y a tout un fossé à combler.

Par Youcef Bendada - La Tribune

 

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