Le Ramadhan de toutes les hantises en Algérie
Algérie - Non encore remis des dépenses de la rentrée scolaire que les citoyens feront encore, dans quelques jours, face à celles du mois sacré de Ramadhan qui pointe déjà le bout de son nez.
Deux événements successifs qui portent un sérieux coup aux bourses des familles algériennes, notamment celles dont les revenus sont faibles. Si, à l’heure actuelle, les prix des produits de première nécessité n’ont pas encore connu une montée spectaculaire, comme à l’approche de chaque mois de Ramadhan, il est à craindre que les commerçants temporisent pour «doper» ces prix au moment opportun, c’est-à-dire à deux ou trois jours du début de ce mois sacré.
Néanmoins, ces prix, et il faut le dire, commencent à grimper à petites doses comme pour faire croire aux consommateurs que cette année diffère de ses précédentes jusqu’à bien sûr «l’assommer» une fois que les commerçants tiendront en main la situation.
Certes, M. Achour Mustapha, président de la Commission nationale des marchés de gros des fruits et légumes auprès de l’Union générale des commerçants et artisans algériens (UGCAA) a tenu, il y a deux jours, à rassurer les citoyens sur la stabilité des prix et sur l’abondance des fruits et légumes sur le marché. Cependant, et en dépit de ces assurances, les citoyens craignent une éventuelle flambée des prix dont les conséquences seront lourdes sur leur escarcelle.
Omar K., père d’une famille nombreuse et fonctionnaire de son état, aura cette réflexion qui résume les appréhensions des citoyens «C’est le même scénario qui se reproduit chaque année.
D’un côté, et à l’approche de chaque mois de Ramadhan, on s’empresse à nous rassurer sur la stabilité des prix des produits de première nécessité, mais de l’autre, les prix s’enflamment dès le premier jour du jeûne».
Un sentiment partagé par d’autres citoyens rencontrés dans des marchés de la capitale, à l’image d’Abdelkader S., cuisinier dans un restaurant, qui prétend avoir une connaissance parfaite des prix des fruits et légumes pratiqués, le long de l’année, au marché Meissonnier, puisque c’est lui-même qui s’occupe des achats: «Les prix des fruits n’ont pas connu d’augmentations contrairement à ceux des légumes qui ont sensiblement grimpé à l’image de la tomate (qui est un fruit) dont le prix est passé de 30 DA à 50 DA, la courgette coûte actuellement 60 DA alors qu’elle se vendait, il n’y a pas si longtemps, à 30 DA.
La salade est passée de 40 à 70 DA alors que le fenouil qui valait 50 DA s’écoule maintenant à 70 DA». Et il ironisera «Si les prix de ces légumes restent à l’état actuel, le citoyen pourra faire face aux dépenses du mois de carême mais si ceux-ci continuent à monter, mieux vaut se tourner vers les restos du coeur».
Les mêmes avis sont partagés un peu plus loin, au marché Closelle, situé en plein centre d’Alger. Tout en faisant ses emplettes, Rachid, infirmier à l’hôpital Maillot de Bab-El-Oued, dira «Pour l’instant l’augmentation des prix n’est pas significative quoiqu’elle demeure inexplicable à l’approche de ce mois de piété».
Comme si les marchands se sont donné le mot, les prix pratiqués au marché Meissonnier sont les mêmes que ceux proposés dans ce marché qui connaît une grande affluence le long de l’année.
Contrairement au prix du poulet, dont les prix avaient connu une chute vertigineuse, lors de l’apparition de la grippe aviaire, la blue tongue, maladie qui touche principalement les ovins et les bovins et qui sévit actuellement dans différentes régions du pays, n’a pas influé sur le prix de la viande, à la grande satisfaction de ceux qui ont les moyens de s’en procurer.
Les prix du poisson n’ont pas non plus connu de hausse sauf que ceux du poisson blanc, comme le rouget ou le merlan, qui demeurent exorbitants pour les petites bourses.
Au marché de Aïn Nâadja, situé à la banlieue Est d’Alger, les prix des fruits et légumes sont un peu moins élevés que ceux pratiqués au centre de la capitale.
Mais la différence n’est pas aussi significative qu’on le pense. Cependant, les consommateurs ont noté une légère hausse des prix comme a tenu à le souligner le vieux retraité, Ammi Kaddour, «Les prix ne sont pas assez relevés par rapport au centre d’Alger, tout simplement parce que les intermédiaires entre les grossistes et les mandataires ne sont pas nombreux.
Il existe même des fellahs qui vendent directement leurs marchandises aux consommateurs en proposant des prix très abordables». La tomate est cédée à 40 DA alors que son prix ne dépassait pas 25 DA au mois d’août dernier, la pomme est vendue, quant à elle, 50 DA le kilo alors qu’elle ne dépassait pas 25 DA il y a quelques jours.
La salade et la carotte valent chacune 50 DA alors que leur prix était successivement de 20 et 30 DA. Seule la courgette est proposée à un prix jugé un peu cher puisque le kilo de ce légume coûte 80 DA.
Le ton des citoyens rencontrés dans ces marchés n’est pas alarmant mais ils redoutent tout de même les mauvaises surprises des mandataires qui, pour expliquer les causes des hausses des prix, se cachent derrière l’habituel alibi qui voudrait qu’ils passent par plusieurs intermédiaires pour acquérir à des prix forts leurs marchandises.
Ce qui bien sûr se répercute sur les prix proposés à la vente au détail. Un alibi qui ne tient pas la route si l’on sait que les fellahs aussi accusent souvent les mandataires de verser dans la spéculation pour faire grimper les prix.
D’autre part, et contrairement aux années précédentes, les autres produits de première nécessité que sont l’huile, le sucre, le café et la semoule sont très peu touchés par la hausse des prix. Le prix du sucre, qui a connu une augmentation au début de l’année en cours, s’est stabilisé entre 65 et 70 DA alors que celui du café a connu une augmentation de presque 100 DA.
Il est passé de 250 DA à 350 DA. Le sachet de semoule de 10 kg coûte aujourd’hui 350 DA alors qu’il ne valait que 250 DA.
C’est pour dire que la tendance générale est à la hausse, à l’approche du mois de carême, mais celle-ci n’est pas encore ressentie par les citoyens hantés beaucoup plus par les prix qui seront pratiqués les premiers jours du mois sacré.
Par Zoubir Khélaïfa - Quotidien Oran
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