L’Algérie a scolarisé plus de 7 millions et demi d’Algériens cette année
Algérie - 10.000 casse-tête, 500 terroristes et 7,5 millions. En face, à l’autre bout de la vie, l’Algérie a capturé ou éliminé 500 terroristes en un an, selon le ministre de l’Intérieur. Les chiffres sont bons: l’école algérienne ne produit pas que des terroristes, comme on l’a accusé. Question de base: qu’y a-t-il entre ces deux chiffres comme lien ? Rien ou presque, c’est-à-dire le peuple.
L’immense peuple de ceux qui ne sont pas montés au maquis pour mourir ou se repentir et qui ne sont pas sortis de l’école pour changer l’Algérie, l’échanger ou changer son histoire alimentaire.
C’est-à-dire ce même peuple dont l’Etat ne sait que faire, sauf faire attendre, surveiller, conditionner ou en encadrer le frénétique cycle de reproduction qui met en échec les immenses dépenses de la relance. Le peuple est-il bon ? Oui, selon le discours. Non, selon les convictions intimes.
Habitué à attendre de l’Etat même la viande hachée, ce même peuple, que le terrorisme n’a pas convaincu mais que l’Etat n’a pas totalement acquis, impose une troisième voie à l’Etat qui ne fait pas confiance à sa maturité et à son âge mental.
Pour ce faire, l’Algérie est claire: cette année, le ministère de l’Education a consacré 53 millions de manuels scolaires gratuits, 10.000 cantines, 1.500 bus de transport, 645 nouveaux lycées et 2.549 nouvelles classes pour le primaire.
Ceci pour l’entrée des Algériens par l’entrée principale du tuyau national des appareils idéologiques d’Etat.
Pour l’autre bout, c’est-à-dire la débouchée sauvage où, au mieux, on enregistre le cas du chômeur invertébré incapable de sédition, et, au pire, l’émeute sauvage et l’incendie des APC, l’Etat a fait là aussi un effort.
Pour répondre à la «demande», la DGSN a rendu discrètement public, dernièrement, un appel d’offres pour l’acquisition de 90.000 cartons de lacrymogènes, de 2.000 sabots contre les mauvais automobilistes et surtout l’achat de 10.000 bâtons en cuir noir, c’est-à-dire 10.000 casse-tête pour les têtes que ni Benbouzid n’a réussi à formater, ni le GSPC à séduire, ni Zerhouni à convaincre et qu’aucun discours de Bouteflika n’a pu repeindre en blanc, vert et rouge.
Sur l’échelle des violences sociales, le chiffre de 10.000 casse-tête n’est pas un chiffre énorme. Il suffit tout juste à rétablir momentanément l’ordre dans les communes instables, dégager les routes bloquées et il ne faut pas en vouloir à la DGSN de s’équiper pour son travail.
D’ailleurs, tous les chiffres qui précèdent prouvent que l’Algérie va bien: sur 7 million et demi d’écoliers, le pays n’a produit que 500 terroristes morts et n’a eu besoin que de la prévision de 10.000 casse-tête en cuir et 90.000 cartons de lacrymogènes sans arôme. On peut en conclure que le pays produit de moins en moins de têtes décapitées, de plus en plus de têtes pleines et un chiffre moyen de têtes à casser.
Qui a donc parlé d’échec ?
Par Kamel Daoud - Quotidien d'Oran
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