Algérie : Bouteflika met en garde contre les menaces pour la paix dans le monde
Algérie - Parce que coïncidant avec la tenue de la 14ème session du sommet des pays non-alignés dans la capitale cubaine, les autorités de La Havane ont jugé plus judicieux d’abriter la 13ème rencontre du groupe des 15 au même endroit, c’est-à-dire à La Havane même, au palais des Congrès. Cela même si ce pays n’appartient pas à ce groupe.
L’efficacité a prévalu. Ce que Abdelaziz Bouteflika n’omettra pas de souligner en remerciant les autorités cubaines, estimant par là même que cela fera gagner du temps.
Le président de la République, arrivé dans l’après-midi de mercredi à La Havane, a déclaré jeudi ouverts les travaux du G-15 qui étaient marqué par l’absence de plusieurs chefs d’Etat. Une absence que relèvera, non sans beaucoup d’amertume, Hugo Chavez, président du Venezuela.
L’Algérie qui a assuré jusqu’à jeudi dernier la présidence de ce groupe avant d’en remettre les règnes à l’Iranien Mahmoud Ahmadinejad, a fait le bilan de son mandat, non sans relever les dysfonctionnements qui ont entouré le groupe.
Dysfonctionnements qui n’ont pas été dans le sens de la défense des intérêts des pays qui le composent, eux qui l’ont créé pour faire face justement aux méfaits de la mondialisation et œuvrer pour la paix et le développement.
Dans son intervention, à l’ouverture des travaux, Abdelaziz Bouteflika a indiqué que la rencontre se tenait dans une situation particulière. «Nous ne pouvons nous dissimuler que nous nous réunissons dans un contexte international marqué par de très fortes pressions et par des menaces très sérieuses pour la paix du monde entier et plus particulièrement de nos pays dont nous pouvons ignorer la vulnérabilité.»
Le président sortant du G-15 en voulait pour preuve les derniers événements. «La guerre menée au Liban par Israël a mis en lumière la fragilité des institutions internationales et leur impuissance à garantir notre sécurité et à imposer à tous le respect des règles du droit international.» Aussi le chef de l’Etat algérien appellera-t-il au renforcement de la solidarité entre les pays composant le G-15, et ce, dans tous les domaines et dans «laquelle chacun de nos pays se trouverait exposé aux plus grands dangers en ce qui concerne sa liberté et le choix de son avenir».
Le message de M. Bouteflika était clair : «L’union fait la force.» Il insistera sur la nécessité de développer une approche à la fois collective, rationnelle et pragmatique «en vue d’influer sur la mondialisation qui devrait s’appuyer sur le triptyque paix, prospérité et développement économique et social.»
Mais cela ne serait pas possible sans l’évaluation de l’action commune depuis la création de ce groupe au début des années 90, à l’issue d’ailleurs d’un des sommets des non-alignés qui en a fait la recommandation.
Et le président de la République de faire le bilan de son mandat à la tête du G-15 pendant deux ans et demi. «Au nombre de nos initiatives figure notamment un atelier que nous avons initié et organisé à Alger sur l’utilisation des technologies de l’information et de la communication pour améliorer le fonctionnement de l’Etat et son interaction avec la population de manière efficace et transparente».
M. Bouteflika ajoutera que sous la présidence de l’Algérie, le groupe des 15 a été revitalisé pour l’adapter «aux nouvelles réalités de notre monde, un monde en évolution constante et rapide auquel nous devons nous accrocher coûte que coûte». D’où l’appel à un groupe de consultants pour se pencher sur les objectifs et les modes d’action du G-15 en prenant en considération la nouvelle donne.
Les conclusions auxquelles celui-ci et arrivé est, a estimé le président de la République, que le G-15 est plus que jamais nécessaire. «[…] Il sera nécessaire pour nous d’adopter les recommandations unanimes de nos ministres des Affaires étrangères sur les réformes du G-15.».
Poursuivant l’évaluation, le chef de l’Etat s’est félicité de ce que la proposition faite lors du 12e sommet par Hugo Chavez, relative à la création d’une Banque du Sud, d’une université et d’une télévision du sud ait commencé à se concrétiser en Amérique latine. Cependant, Abdelaziz Bouteflika relèvera les points noirs, voire les dysfonctionnements du G-15.
Il rappellera que l’objectif fondamental du groupe était d’avancer des propositions d’actions et d’alternatives dans le domaine de la coopération internationale pour le développement.
Force pour lui est de constater que «les résultats auxquels nous sommes parvenus demeurent en deçà des espérances qui étaient les nôtres au moment de la création de notre groupe». Toutefois, le président de la République appellera ses pairs à ne pas se décourager.
«Loin de conduire au découragement, cette situation appelle, de mon point de vue, à l’action, même si les motifs de scepticisme peuvent paraître nombreux […].»
Pourtant, rien n’est impossible. «L’histoire nous enseigne que bien des projets politiques aux allures d’anticipations utopiques sont devenus réalité grâce à la détermination politique sous-tendue par la concertation, le dialogue fécond […].»
Le président de la République a déclaré que le projet n’est pas impossible à réaliser avant de déclarer solennellement ouverts les travaux du G-15. Il faut signaler que seuls six pays étaient représentés par leur président au sommet du G-15.
Il s’agit de l’Algérie, du Venezuela, de l’Iran, du Zimbabwe et de la Malaisie. Ce qui n’a pas manqué de soulever la colère du président vénézuélien qui a déclaré que «ce sont toujours les mêmes qui viennent, toujours les mêmes qui sont absents. Je n’ai jamais vu Hosni Moubarak au sommet du G-15, du moins depuis que je suis président du Venezuela». Hugo Chavez ira plus loin dans son intervention.
Abordant dans le même sens que le président algérien dont l’allocution était emprunte de sérénité, le disciple de Fidel Castro, parlant avec passion et une pointe de rage, n’a pas été de main morte avec celui qu’il qualifie de l’empire (les Etats-Unis).
«Ce sont eux qui nous imposent et nous ordonnent, et nous n’avons pas à nous laisser faire. Nous représentons [le G-15, NDLR] 34% de la population mondiale, 6% de la superficie de la planète, 17% du commerce mondial, 18% de la production de gaz, 28% de la production de pétrole, 20% des réserves de gaz. Donc, nous sommes les plus forts, nous sommes le Sud.
Nous ne pouvons plus rester amorphes, car le G-15 est à l’agonie, sauvons-le !» Et d’ajouter : «Je ne sortirais pas d’ici si le G-15 ne salue pas la position de l’Iran par rapport à l’enrichissement de l’uranium à des fins pacifiques que les Etats-Unis veulent lui interdire.»
Puis, se tournant vers Ahmadinejad, il lancera : «Je suis à vos côtés.»
Hugo Chavez reconnaîtra qu’il fait partie de l’axe du mal parce qu’il est radical. En fait, il s’en revendique, mais pas pour les mêmes arguments avancés par la Maison-Blanche.
Par Faouzia Ababsa - La Tribune
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