Algérie : FNPOS, beaucoup d’argent pour rien
Algérie - Brusquement sorti hors de l’anonymat avec un gros programme de logements « à bas prix » et des promesses d’aides pour les montages financiers, le FNPOS peine à répondre à la grosse attente qu’il a suscitée après un long cycle de remises en question, réunions et assainissements de listes encore en attente.
Créé depuis une vingtaine d’années et réellement en fonction depuis plus de huit ans, le Fonds de péréquation des oeuvres sociales, alimenté par des cotisations « à la source » des salaires des travailleurs algériens, semble avoir longtemps échappé à la publicité et à la concurrence pour son contrôle.
Les cotisations, fixées sur la base d’un pourcentage de base de 0,5% calculé sur le salaire (et dont 0,1 était cédé à la CNAS pour prestation de service de collecte en quelque sorte), avaient fini par créer une véritable banque dont la vocation « sociale » peinait à prendre corps, à défaut de programmes concrets et de dispositifs adéquats pour la ventilation des aides.
Il aura fallu plus ou moins le cadre des dernières bipartites et le lancement d’un vaste programme de construction de logements FNPOS dans plusieurs wilayas du pays pour que le fonds émerge de l’anonymat.
Promoteur de cette formule, le FNPOS proposait principalement soit l’accès au logement aux travailleurs souscripteurs, avec un montage financier des plus simple (aide FNPOS, aide CNL, apport personnel...), soit des enveloppes d’aides, fixées à la hauteur de 250.000 DA pour les souscripteurs ayant opté pour la promotion immobilière libre, soit des prêts sans intérêts plafonnés à 500.000 DA.
Ceci, et selon les déclarations des responsables du Fonds, en attendant l’étude d’autres formules d’aides même dans le cadre de l’achat de gré à gré ou de d’auto-construction par exemple.
Le « programme » avait donc suscité une grosse attente chez les demandeurs de logements et s’est soldé par une grosse opération de distribution de formulaires et de dépôts de dossiers au niveau des antennes de wilaya il y a deux ans presque.
La fièvre semble toutefois avoir peu duré, puisque après une longue procédure de « mises au point », de réglages de dispositifs d’aides, d’assainissement des listes et de promesses faites, le FNPOS en restera au statu quo qui alimentera les critiques sur sa « nature » de banque destinée à financer ses propres dépenses et sa propre administration sans résultats concrets.
Le « blocage », que certains imputent aux textes régissant ce fonds et d’autres à des milieux de pressions syndicales puisque le FNPOS était encore sous l’autorité d’un conseil d’administration dans lequel l’UGTA avait la part du lion, paralysera les premières opérations d’aides et de distributions de logements dans presque toutes les wilayas.
Les commissions de distribution, auxquelles étaient associés des membres de la centrale syndicale, n’ayant pu échapper à des tiraillements d’autorité entre ceux qui réclamaient le sigle de « logements UGTA » destinés à ses propres affiliés et ceux qui en défendaient le caractère public puisque le « gisement » financier était alimenté par tous les travailleurs algériens sans étiquette syndicale précise.
La conséquence partielle en sera la paralysie des « listes » pour près de 5.000 logements au niveau national, déjà construits, en attendant le cas de figure qui va être posé par les programmes déjà en chantier.
Ceci sans parler du cas « juridique » des centaines de locaux commerciaux encore vides et dont la formule de bénéfice n’est pas encore claire. Le FNPOS n’étant juridiquement ni une entreprise de promotion immobilière ni « propriétaire » direct de son propre parc.
En été 2006, le dossier FNPOS sera relancé par le brusque limogeage de son directeur général, provoquant une vive réaction de « survie » et de protestation chez une partie du conseil d’administration.
Une crise qui sera à l’arrière-plan de la première réunion du conseil d’administration de ce Fonds pour la rentrée scolaire et prévue mercredi, pour reprendre en main les dossiers en attente et débloquer le cas des « listes » dans quelques wilayas du pays, déjà affichées mais encore plus rapidement « annulées » ou simplement mises en sursis.
Un atermoiement qui, à l’autre bout de cette vaste administration, s’est traduit soit par un ralentissement des projets immobiliers « privés » qui conditionnent la mise à disposition des logements au profit de leur clients par le versement des aides FNPOS, soit par une paralysie des programmes d’aides au logement participatif en général, présenté comme le panacée de l’actuelle politique pour loger les Algériens et leur assurer le minimum de bénéfices après des décennies de cotisations encore sans fruits.
« Ils n’ont qu’a rattacher ce fonds à la CNL qui semble fonctionner beaucoup mieux, alors que la Caisse ne dispose que de l’aide directe de l’Etat sans obligations dictées par des cotisants, comme dans le cas du FNPOS qui appartient à tout le monde sans appartenir à personne de précis », conclura un souscripteur en attente de ses «clefs» depuis des mois.
Par Kamel Daoud - Quotidien d'Oran
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