Discours du Pape sur l'Islam : Le Vatican a besoin d’un Tessier
Algérie - On avait besoin d’une parole de raison et elle est venue d’Alger, de chrétiens d’Alger, hommes et femmes d’un dialogue fécond et permanent entre les deux religions.
Que parmi ces chrétiens d’Algérie se trouve l’archevêque Henri Tessier ne donne que plus de poids à une prise de position fondée sur une connaissance intime des musulmans forgée durant de longues années de partage et de communion.
Que des musulmans puissent être choqués par les passages du discours du pape suggérant que l’Islam est réfractaire à la raison peut se comprendre.
Qu’il ait utilisé aussi mal à propos une citation d’un empereur byzantin du 14ème siècle suggérant que la violence serait consubstantielle à l’Islam est très évidemment erroné.
Mais il revient aux musulmans de faire preuve de cette raison qu’on semble leur dénier en évitant les amalgames et en refusant les violences contre les chrétiens et les symboles de leur culte. Car, en tant que musulmans, nous pouvons contresigner sans hésitation le texte de raison publié par les chrétiens d’Alger.
«Nés en Algérie ou y résidant depuis des années, grâce à la vie de foi et de prière de bien de nos amis musulmans, nous, chrétiens d’Alger, avons été amenés à découvrir et à reconnaître la qualité religieuse de ces hommes et de ces femmes».
Voilà ce qu’ont écrit nos frères chrétiens. Ce ne serait pas faire preuve de courtoisie, mais de vérité, que de dire, à notre tour: « Nés et vivant en Algérie, nous musulmans, nous pouvons témoigner que nous avons découvert et côtoyé nos frères et amis chrétiens, que nous apprécions toujours leur grande qualité d’hommes et de femmes de foi.
De l’excellence de leurs qualités humaines et de l’aide qu’ils ont apportée et apportent, dans la discrétion et l’humilité, à des gens dans le besoin, sans recherche de contrepartie». Non seulement nous pouvons mais nous devons le dire haut et fort, afin de ne pas laisser les passions et l’ignorance obscurcir les raisons.
Nous les connaissons, certains d’entre nous ont grandi dans le voisinage des ces femmes et de ces hommes dont le parcours, la vie, ont été la preuve vivante, non pas de la possibilité d’une coexistence, mais de la réalité de l’amitié, de l’entente fraternelle et de la réflexion commune.
Il est indispensable que les religieux musulmans qui s’indignent de bonne foi proclament clairement et sans équivoque: ne simplifions pas, n’outrageons pas, refusons la violence.
Le grand «péché», si l’on peut utiliser cette notion, du discours du pape est d’avoir tronqué l’histoire ou d’en avoir offert une vision trop sommaire. Le Christianisme et l’Islam ont connu des conflits, mais leur histoire ne fut pas que conflits. Il y a eu de grands moments d’échanges, de rencontres et de dialogue.
Il a toujours existé une volonté de se connaître davantage sans occulter les différences. Et dans un monde troublé où des forces puissantes tendent à faire du clash des civilisations une prophétie autocréatrice, il est bon de puiser dans notre histoire pour évoquer la mémoire du cardinal Duval s’élevant contre le colonialisme et la torture. Les ultras ont cru l’insulter en lui donnant du «Mohamed Duval», ils n’ont fait que lui rendre le plus vibrant des hommages.
C’était un chrétien que sa foi même a rapproché des musulmans et éloigné d’autres chrétiens. Il y en a d’autres, beaucoup d’autres. Dans les quartiers populaires d’Alger, entre Maqaria et El-Harrach, on connaît et on partage une rare estime pour soeur Marie-Thérèse Brau, femme de cœur et de volonté.
Gardons donc nos cœurs ouverts. Et c’est bien parce que nous connaissons tant de chrétiens, dans le quotidien, dans le travail, dans le pain partagé, que nos cœurs ne doivent pas s’aveugler. Nous pouvons même oser dire, en toute fraternité, que le Vatican a réellement besoin d’un Henri Tessier.
Par K. Selim - Quotidien d'Oran
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