FIS : les «pro-réconciliation» prennent les rênes en Algérie
Algérie - Le retour de Rabah Kebir d’Allemagne a eu du moins le mérite de conforter les informations qui ont circulé sur la crise profonde qui mine les instances exécutives du parti dissous à l’étranger.
D’ores et déjà, l’arrivée de Rabah Kebir, qui, rappelons-le, avait fui le territoire national via le Maroc, après son assignation à domicile par la justice algérienne en 1992, a relégué au second plan l’ex-numéro 2 du parti dissous.
Le tonitruant dirigeant islamiste du parti interdit a fait dans la figuration lors de l’arrivée de Kebir à l’aéroport Houari Boumediène. Pis encore, l’ex-chef du bras armé du FIS dissous, Madani Mezrag, ne s’est pas contenté de lui ravir la vedette, il l’a même empêché de prendre la parole avant-hier, lors de la conférence de presse animée par Rabah Kebir à Bouzaréah.
Une manière de signifier à l’ex-locataire de la prison de Blida que, désormais, il ne compte plus dans les tablettes de l’instance exécutive à l’étranger de l’ex-parti dissous, en quête désespérément d’une concession politique du pouvoir.
En d’autres termes, la transformation du deal obtenu grâce à la trêve de l’AIS et son approfondissement avec la loi sur la concorde civile en un acquis politique et, de là, permettre aux mentors politiques de l’ex-bras armé du parti politique de revenir sur la scène.
Ali Benhadj, à qui on a empêché hier l’accès à la maison de la presse Tahar Djaout, n’a pas manqué de répondre à cet affront de ses ex-compagnons du parti dissous en leur lançant, à travers les confrères présents, un défi pour l’organisation d’un congrès national. «Qu’ils convoquent un congrès national et on verra s’ils réussiront à faire admettre leur position de soutien à la politique de réconciliation nationale», avait-il déclaré.
Rabah Kebir n’a pas caché ses ambitions politiques dès son retour au pays: il l’a clairement signifié, avant même qu’il ne quitte son exil en Allemagne, en affirmant qu’il revient en éclaireur en Algérie.
Cette attitude a été également confortée par Anouar Haddam, lors de son passage avant-hier à El Djazeera. Ce dernier, qui a appuyé la politique de réconciliation nationale, a affirmé que son retour dépend des dividendes politiques qui seront engrangés par la démarche de son compère de l’instance exécutive.
Quand Rabah Kebir parle de droits politiques, Haddam, lui, refuse de revenir aux thèses de «qui tue qui?», à condition que le pouvoir, selon ses propos, transforme la charte pour la paix et la réconciliation en une ouverture politique sur l’ensemble des acteurs de la scène politique d’avant l’interruption du processus électoral.
A relever également que l’attitude affichée par Kebir et l’ex-responsable du bras armé du parti dissous face à l’ex-numéro 2 du même parti remonte aux batailles sanglantes qui ont opposé l’AIS à son rival le GIA, dont l’émir Gousmi Chérif avait la bénédiction du cheikh qui se morfond dans sa solitude politique.
Ces batailles, il faut le rappeler, ont conduit à la liquidation de deux importants dirigeants du FIS dissous issus du congrès de Batna, à savoir Belkacem Lounis, dit Mohand Saïd, et Abdelkader Hachani. Ce conflit s’est affiché publiquement lors de la polémique qui a éclaté entre Abassi Madani et ses ex-partisans de la Djazaara, dont Mustapha Dehina est l’un des ténors à l’étranger.
Ce dernier a démissionné des instances exécutives du parti dissous en pleine campagne autour du referendum pour la charte, suite à l’attitude ambiguë de l’ex-numéro 1 du FIS dissous face à la politique de réconciliation nationale du Président Bouteflika.
Le retour de Rabah Kebir a démontré, du moins, que les dirigeants du parti dissous ne sont plus sur la même longueur d’onde. En solitaire, Ali Benhadj continue de refuser la charte pour la paix et la réconciliation nationale, rejoignant ainsi l’attitude affichée par l’émir Droudkal du GSPC.
Lui tournant le dos, les responsables des instances exécutives du FIS dissous appuient la charte, tout en revendiquant des dividendes politiques.
Il est à rappeler aussi que Abassi Madani a lâché son fidèle compagnon d’hier en appelant de Qatar, pays où il réside, le GSPC à déposer les armes, s’alignant de la sorte sur la démarche de Kebir et Anouar Haddam.
Par Zoubir Khélaïfa - Quotidien d'Oran
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