Le jeûne commence en Algérie
Algérie - Les Algériens entament, aujourd’hui, le premier jour du mois de carême avec la peur de ne pouvoir faire face financièrement à cette flambée des prix constatée la veille de Ramadhan.
En effet, et comme rapporté dans l’une de nos précédentes éditions, les marchands ont temporisé pour doper les prix juste quelques jours avant le début de ce mois sacré. C’était prévisible dans la mesure où c’est pratiquement le même scénario qui se répète chaque année donnant ainsi le tournis aux pères des familles dont les revenus ne suffisent pas à joindre les deux bouts, même en temps normal.
Que dire donc lorsque des commerçants sans foi ni loi, et de surcroît durant ce mois de piété, où le musulman est censé assister son prochain, imposent leur diktat aux consommateurs désarmés et ne sachant à quel sain se vouer devant ce phénomène qui porte un sérieux coup à leurs maigres économies, s’il y en a bien sûr.
Certaines familles démunies ou bien dont les revenus sont très bas ne se soucient pas de cette montée des prix puisque leur choix s’est porté carrément sur les restos du coeur, ouverts en la circonstance par des âmes charitables, ou tout simplement sur les couffins de Ramadhan, comme tient à le souligner Ammar, dont le salaire mensuel ne dépasse pas 8.000 DA. «C’est tranché dans ma tête il y a bien longtemps.
Je n’arrive pas à nourrir ma famille durant les 11 mois de l’année, comment voulez-vous que je puisse le faire en ce mois où les prix de tous les produits de première nécessité sont multipliés par deux, voire par trois. Alors je me contente de l’aide de certains Algériens qui sont au courant de ma situation». Ammar n’a pas du tout tort car ses propos sont vérifiés sur le terrain.
Il suffit pour cela de faire un tour aux marchés de la capitale pour constater de visu cette incroyable uniformité dans les prix imposés par les marchands des fruits et des légumes. «Ils se sont donné le mot à la veille de Ramadhan pour faire grimper les prix au grand dam des consommateurs», dira Hocine qui de par son métier d’acheteur connaît parfaitement, en temps normal, les fluctuations des prix des légumes et des fruits.
Il indiquera que la mercuriale s’est enflammée trois jours avant le jour J. «Les fruits et légumes ont connu une hausse générale de presque 25%. Les patates, les carottes et les courgettes ont grimpé de 50% en attendant, et j’en suis sûr, une autre hausse durant les premiers jours de jeûne».
Tous les produits sans exception sont touchés par cette hausse, une hausse qui fait «trembler» les bourses et met en colère les citoyens qui se sont résignés à leur sort mais qui accusent les détaillants de profiter de ce mois pour les déplumer comme a tenu à le souligner ce père de famille, visiblement irrité par cette pratique dans ce mois de Ramadhan où les Musulmans devraient plutôt s’entraider.
«Nous sommes les dindons de la farce car cette hausse ne gênera nullement les citoyens aisés qui ne se soucient même pas de cette hausse des prix, eux qui ne fréquentent même pas les marchés où nous faisons nos emplettes.
Ce sont toujours les pauvres qui paient les pots cassés tant qu’un contrôle rigoureux des prix n’est pas imposé», dira-t-il non sans pointer un doigt accusateur sur l’Etat, incapable, selon lui, de maîtriser la situation durant ce mois contrairement à ce qui est annoncé en grande pompe par les ministres et autres responsables.
Il va sans dire que cette hausse ne représente qu’un avant-goût de ce qui attend les citoyens durant tout ce mois. Les spécialistes en la matière prédisent une autre grimpée de ces prix résultant d’une spéculation attendue dans les tout prochains jours.
Par Zoubir Khélaifa - Quotidien d'Oran
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