Iran : Le maître du jeu nucléaire
Iran - Au moment où les Européens croient déceler un dégel relatif dans les négociations avec Téhéran sur l’arrêt de l’enrichissement de l’uranium et tandis que Washington maintient les pressions exercées sur les autres pays membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU, le chef de l’Organisation iranienne de l’énergie atomique, Gholamreza Aghazadeh, est, depuis hier, à Moscou pour discuter de l’achèvement de la centrale nucléaire de Bouchehr dont le démarrage devrait intervenir dans un an, très exactement, ainsi que de la livraison russe du combustible nécessaire.
La construction de la centrale de Bouchehr qui coûtera approximativement 1 milliard de dollars a été lancée par l’ancien Shah d’Iran Mohammad Reza Pahlavi, dans les années 70.
C’est la compagnie allemande Kraftwerk-Union, filiale de Siemens, qui devait procéder à sa construction, mais la révolution islamique de 1979 a changé la donne, Moscou prenant le relais, en signant un contrat avec Téhéran, en 1995, pour terminer la construction de la centrale dont la livraison a pris beaucoup de retard, suite à des pressions américaines sur la Russie.
Celle-ci a dû s’engager à ce que le combustible nucléaire d’origine russe utilisé à Bouchehr soit repris par Moscou, une fois usagé, afin d’éviter des risques de détournement à des fins militaires.
Depuis, les déclarations des dirigeants iraniens en charge du dossier nucléaire et celles des responsables politiques du pays, à l’image du président Ahmadinejad, ont généré une tension d’autant plus vive qu’elle conforte les accusations des Etats-Unis et d’Israël sur les velléités de fabrication de l’arme atomique par Téhéran.
Israël, comme l’Inde et le Pakistan, n’a jamais signé le Traité de non-prolifération nucléaire et il est donc censé ne pas être concerné par les missions d’enquête et de contrôle de l’AIEA.
L’Iran, à l’instar de la Corée du Nord qui a abandonné l’AIEA dont elle a dénoncé l’organisation à deux étages, est dans un autre cas de figure, faisant partie du lot des pays astreints à l’engagement de n’exploiter la technologie nucléaire qu’à des fins pacifiques. Le Traité stipule, en effet, que seuls les pays qui bénéficiaient, au moment de la création de l’Agence, de l’arme nucléaire ont le droit de poursuivre l’enrichissement de leur arsenal atomique, de diverses manières.
Ainsi la France a-t-elle maintenu, dans les années 90, le cap des essais nucléaires, à Mururoa, malgré les protestations farouches de la Nouvelle-Zélande et de l’Australie, avant de parvenir à la maîtrise des expérimentations par simulateur.
L’inquiétude qui ronge légitimement les pays arabes face à l’impressionnant arsenal atomique de Tel-Aviv les a conduit, vendredi dernier, à tenter de soumettre une résolution sur la question du nucléaire israélien auprès de l’AIEA, mais en vain. Mohamed El Baradeï, prix Nobel de la paix, mesure mieux que quiconque les limites naturelles de sa mission à la tête de cet organisme, totalement phagocyté par les puissances occidentales.
Partant, voilà que l’Egypte décide de relancer son programme nucléaire civil, après un gel de 20 ans, et envisage la construction d’une centrale, non loin d’Alexandrie, sur la côte méditerranéenne.
Cette décision a été prise, lors d’une réunion du Conseil national supérieur pour l’énergie (CNSE), organisme officiel qui avait suspendu ses travaux pendant 20 ans, au lendemain de la catastrophe de la centrale ukrainienne de Tchernobyl.
Selon le quotidien indépendant Al Masri Al Yom, le gouvernement envisagerait de construire, au total, trois centrales, d’une capacité globale de 1 800 mégawatts, d’ici à 2020, et il semble bien que l’Egypte a identifié plusieurs sites de construction de centrales, pouvant atteindre une capacité globale de 5 000 mégawatts.
Il en va de même pour le Maroc qui n’a pas caché ses intentions en la matière, affirmant lors de la récente visite officielle du président Poutine à Rabat, son intention ferme d’acquérir une centrale nucléaire auprès de la Russie.
En apparence, les Etats-Unis n’ont pas d’objection au développement par l’Egypte ou le Maroc de l’énergie nucléaire à usage pacifique, puisque de telles initiatives sont loin de représenter un quelconque danger pour Israël dont une majorité d’experts observent qu’il possède quelque 200 bombes atomiques et qu’il est le seul Etat du Moyen-Orient à avoir choisi de rester en dehors du TNP.
Face à lui, l’Iran va continuer de subir les assauts des pays occidentaux, Javier Solana devant rencontrer, cette semaine, Ali Larijani, avec un mandat renforcé de la part des grandes puissances, en vue d’obtenir de Téhéran la suspension de son programme d’enrichissement de l’uranium, soupçonné de revêtir des visées potentiellement militaires, en échange d’une série de mesures économiques et diplomatiques.
Les pressions continues de ces derniers mois semblent sur le point d’aboutir puisque l’Iran a fait part, dimanche, par la voix du président Ahmadinejad, de sa disponibilité à négocier un accord qui lui permette de poursuivre sa politique d’utilisation du nucléaire à des fins pacifiques.
Auquel cas, Israël seul demeurera, sur l’échiquier moyen oriental, le maître du jeu nucléaire, avec, à la clé, un dangereux arsenal.
Par Azzedine Chabane - La Tribune
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