Indigènes en avant-première à Oran
Algérie : Indigènes, drame historique poignant de Rachid Bouchareb (Little Sénégal, Bâton rouge), a été projeté dans la soirée de dimanche dernier, en avant-première mondiale, par la cinémathèque d’Oran, en présence d’une assistance assez fournie pour une première soirée de Ramadhan.
Mettant en vedettes Saïd (Jamel Debbouze), Yassir (Samy Naceri), Messaoud (Roschdy Zem) et Abdelkader (Sami Bouajila), ce film relate l’histoire oubliée des soldats recrutés en Afrique (principalement au Maghreb) pour libérer la France et l’Italie du nazisme : 200 000 hommes dont 110 000 maghrébins qui, pendant les années 44-45, ont été envoyés en premières lignes, un peu partout en France (Les Vosges, le Rhône, l’Alsace…) pour servir de chair à canon à une armée française indifférente au sort de ces tirailleurs, pourvu que l’occupant allemand soit vaincu.
A telle enseigne d’ailleurs que les Messaoud, Yassir, Saïd, Abdelkader et les autres ne bénéficient d’aucun des avantages dont jouissent leurs homologues français : Messaoud, dont le courrier est censuré, n’aura pas sa permission pour rejoindre la belle Irène, et le caporal Abdelkader ne sera jamais promu sergent, malgré les engagements de ses supérieurs.
Tous, pourtant, continuent de se battre pour une France libre, synonyme à leurs yeux, de la fin du calvaire : Saïd le Marocain serait enfin adopté par l’armée, Yassir serait riche, Messaoud marié à Irène et installé en France, et Abdelkader verrait enfin le colonisateur français reconnaître le droit des Algériens à une vie meilleure, plus en phase avec la notion des droits de l’Homme. De tout le groupe, seul Abdelkader survivra… et ira, 60 ans plus tard, au crépuscule de sa vie, se recueillir sur la tombe de ceux qui furent ses compagnons d’armes et d’espoir...
En fait, Indigènes jette de la lumière sur une page de l’histoire de la France qu’on a toujours tenu à l’ombre, qu’aucun manuel scolaire n’évoque. C’est l’histoire de ces tirailleurs «indigènes» ayant sacrifié leurs vies pour libérer une France qui n’a pas arrêté de les trahir. Les indigènes n’avaient pas les mêmes droits que leurs compagnons d’armes français de souche. Ils n’avaient en fait aucun droit, si ce n’est celui de mourir pour un pays qui, non seulement n’est pas le leur, mais de plus est celui de l’occupant, en combattant un ennemi qui n’est pas le leur.
Et c’est ce déni que Indigènes entend dénoncer. Rachid Bouchareb l’a d’ailleurs bien expliqué en déclarant dans un entretien, que ses précédents films «s’inscrivaient déjà dans un débat de société.
Mais le propos de Indigènes est plus percutant, frontal. Il dit clairement qu’il y a un manque dans l’histoire de ce pays, qu’un chapitre a été passé sous silence, qu’il faut rétablir cette injustice et rajouter quelques pages dans les livres d’histoire. Aujourd’hui, on ne peut plus échapper à cette vérité : nos grands-pères se sont sacrifiés pour que ce pays soit libre».
Bouchareb pousse jusqu’à inscrire son propos dans le générique à travers lequel il interpelle les autorités françaises en leur rappelant que le règlement des pensions des anciens combattants indigènes et leur alignement à celles des français de la métropole est un problème qui se pose avec acuité et attend toujours sa solution.
Notons que le président français, Jacques Chirac, s’est engagé, après avoir vu le film projeté en France, à se pencher sur ce problème de pensions. Présenté en compétition officielle au festival de Cannes 2006, Indigènes a été très applaudi et les quatre acteurs ont reçu, avec Bernard Blanc (sergent Martinez dans le film), le prix d’interprétation collective, et prix François Chalais.
Et dire que l’idée du film est née à Oran et une partie du scénario écrite dans une pizzeria (dixit le frère du réalisateur, Karim Bouchareb)…Indigènes sera à partir d’aujourd’hui dans les salles de cinéma françaises et devrait être projeté à la cinémathèque d’Alger le 07 octobre prochain en présence du réalisateur et des comédiens.
Par Samir Ould Ali - La Tribune
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