Algérie : Bouteflika lors de l’ouverture de l’année judiciaire 2006-2007
Algérie - «[...] Je ne crains que Dieu, je n’écoute que la voix de ma conscience, je ne réponds qu’à l’appel de la patrie, et je suis conscient du faux pas qui pourrait nous replonger, que Dieu nous en préserve, dans la tragédie que nous avons vécue […]
Je me suis engagé à placer l’intérêt de la nation au-dessus de toute considération car la responsabilité est immense de mettre en jeu l’avenir de tout un pays au nom de slogans creux !»
C’est en ces termes, à peine voilés, que le chef de l’Etat a répondu, hier, à la récente campagne concernant la reconquête de la scène politique par les islamistes, une campagne nourrie notamment depuis le retour de l’ex-dirigeant du FIS dissous, Rabah Kebir.
Le président de la République saisira l’opportunité de l’ouverture officielle, au siège de la Cour suprême, de l’année judiciaire 2006-2007, pour réaffirmer la détermination des autorités à empêcher la réédition de la page sombre de l’histoire récente de l’Algérie, à travers la poursuite de la lutte antiterroriste jusqu’à l’éradication des dernières poches du terrorisme et ce, dans le cadre du respect de la loi et de l’Etat de droit.
Devant les membres du gouvernement, du Conseil supérieur de la magistrature (CSM), des représentants du secteur de la justice, du corps diplomatique, de sénateurs… le chef de l’Etat est revenu sur les résultats «positifs» de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale, laquelle démarche, a-t-il ajouté, a permis au pays de retrouver sa stabilité et toutes les conditions nécessaires à son développement économique.
«Nous avons vaincu les germes de la division, allégé le poids de l’endettement extérieur et entamé un programme de réformes», lancera-t-il pour argumenter l’optimisme qu’il affiche à l’égard de la «justesse» de l’option de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale.
Il ne manquera pas, au passage, de souligner que cette option a été celle de «tout le peuple algérien» avant de saluer la mémoire de tous les martyrs de la décennie écoulée et rendre un hommage particulier aux éléments de l’ANP qui ont été à l’avant-garde de la lutte antiterroriste, aux intellectuels, dont les journalistes, et enfin, à l’ensemble des citoyens, pour avoir poursuivi leur mission en dépit de la difficile conjoncture.
Dès l’entame de son discours, le président de la République a situé la responsabilité de l’échec de l’appareil judiciaire à être plus efficace dans le non-respect des délais et la négligence de l’élément temps. Il citera, plus précisément, la prédominance de cette pratique au niveau de la Cour suprême.
«Le temps étant d’une importance majeure et un facteur déterminant du succès ou de l’échec de tout programme et de toute démarche, nous en avons, par conséquent, tenu compte, malgré nos conditions, dans tous les domaines du programme national global de développement. Nous avons ainsi veillé à faire de la justice une des priorités nationales et à lui accorder le plus grand intérêt.
Cela transparaît à travers les étapes et les pas franchis par la réforme globale et intégrée introduite à ce secteur mais aussi au travers de la mise en œuvre de programmes pour améliorer ses infrastructures et développer ses moyens. Ce faisant, ce secteur a également bénéficié des opérations de développement nationales et régionales et même locales.»
Tout en reconnaissant l’existence de problèmes au niveau du secteur de la justice qui suscitent des «questionnements», le chef de l’Etat a noté que la tragédie vécue pendant plusieurs années n’a pas manqué d’accentuer ce constat d’échec de la mission de la justice.
Un échec, poursuivra-t-il, qui s’est traduit par la recrudescence du phénomène de la criminalité dans notre pays et par le discrédit de son image aux yeux de la majorité des citoyens. Et de promettre que «le secteur de la justice passera à une étape qualitative» durant cette année à travers le parachèvement de l’élaboration du code de déontologie de la profession de magistrat, lequel code est censé «permettre à tous les magistrats d’assurer aux justiciables ou aux citoyens en général des services de qualité».
Estimant qu’un «Etat de droit ne peut se construire qu’avec l’existence d’une justice indépendante», Bouteflika exhortera l’homme de loi à être «un acteur incontournable et autonome» dans l’exercice de sa fonction et ce, pour le seul intérêt du citoyen.
Cela, a ajouté l’intervenant, est faisable à travers le changement de sa mentalité et de son attitude avec les justiciables. Le CSM et les autres institutions relevant du secteur de la justice sont, à leur tour, conviés par le Président à assumer leurs prérogatives.
Abordant, dans son discours, la question de la démocratie, le chef de l’Etat est d’avis que «le champ de la pratique démocratique s’est élargi en Algérie […] La démocratie ne signifie pas l’anarchie dans les idées au point de causer la division du pays.
La démocratie doit s’exercer conformément à l’Etat de droit […] La bonne gouvernance ne concerne pas uniquement les questions politiques mais également les aspects économiques !»
Par Mekioussa Chékir - La Tribune
|