Iran : Tensions d'octobre
Iran - Une fois de plus, l’Iran a affirmé sa détermination à poursuivre ses activités nucléaires sensibles, maintenant sa ligne dure face aux exigences de l’Europe et des Etats-Unis, même si cela doit l’exposer à d’éventuelles sanctions du Conseil de sécurité, à l’ONU.
C’est au sortir des discussions sans accord entre le négociateur en chef du nucléaire iranien, Ali Larijani, et le représentant de la diplomatie de l’Union européenne, Javier Solana, qui cherche à convaincre Téhéran de suspendre l’enrichissement de l’uranium, que le constat a été renouvelé par le ministre iranien des Affaires étrangères, Manouchehr Mottaki, qui a répété à la télévision iranienne que «l’Iran ne voit aucune raison de suspendre ses activités nucléaires».
Conjuguée aux propos, tenus la veille, par le président Mahmoud Ahmadinejad selon lesquels son pays «ne cèderait pas d’un pouce face à la pression» et au sermon de l’ayatollah Khatami qui a réitéré, hier, le droit de l’Iran à la poursuite du programme nucléaire engagé, toutes ces déclarations confortent le climat de vive tension qui oppose l’Iran aux pays occidentaux et, surtout, aux Etats-Unis et Israël.
Pourtant, Larijani et Solana ne se sont pas quittés bredouilles, soulignant que leurs entretiens en Allemagne ont permis un relatif «progrès» et convenant d’un nouveau round, dans le courant de la semaine prochaine. Il n’empêche, en rejetant la suspension pure et simple de l’enrichissement de l’uranium exigée par les puissances occidentales, Téhéran joue contre la montre, une délicate partition qui prend en considération les intérêts divergents, sinon contradictoires, des 5+1 (les pays membres permanents du Conseil de sécurité et l’Allemagne).
Par rapport à la tension du mois d’août, lorsque l’ultimatum donné par l’ONU faisait craindre le pire, l’Iran a indéniablement gagné une partie dans laquelle les pays occidentaux «ont compris que le langage de la menace et un recours au Conseil de sécurité de l’ONU ne sont pas efficaces et qu’il ne leur reste pour le moment que le choix de la négociation».
Mais il se trouve que les Etats-Unis ont averti que le temps était compté pour les négociateurs européens, exigeant la conclusion d’un accord courant octobre, pour des raisons électorales évidentes, susceptibles d’annihiler la stratégie de l’administration Bush, au lendemain du 7 novembre.
Le département d’Etat affirme, ainsi, que les 5+1 ont fixé une nouvelle date butoir, apparemment à la lisière de la mi-octobre, et qu’au-delà, le consensus existe sur le recours aux sanctions si «c’est cette voie que le régime iranien veut choisir». Reste que les divergences entre les pays occidentaux, d’un côté, et la Russie et la Chine, de l’autre, subsistent de façon patente, Moscou et Pékin s’opposant à tout «ultimatum».
Le marché pétrolier, tributaire de la donne iranienne, connaît des soubresauts continus, avec une tendance à la hausse qui perdure tant à cause de la crainte d’une interruption des exportations de Téhéran ou, pire, d’une fermeture du détroit d’Ormuz, par où transite l’essentiel de l’or noir, que par celle d’une réduction de la production, décidée en urgence par l’OPEP, en vue de freiner la chute des prix.
Pourtant, les stocks d’essence ont augmenté six fois plus que prévu aux Etats-Unis et ceux de produits distillés, capitaux pour l’hiver, ont atteint leur plus haut niveau depuis près de huit ans, ce qui aurait dû faire plonger les cours du brut.
C’est dire si le discours prononcé mercredi dernier par le président Ahmadinejad, affirmant qu’aucun Iranien n’était autorisé à céder le «droit de la nation» à l’enrichissement de l’uranium, a eu un effet de douche froide sur les Européens qui s’efforcent de croire, néanmoins, que les négociations offrent encore une chance au compromis.
Par Azzedine Chabane - La Tribune
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