La Géorgie veut s’affranchir de la Russie
Géorgie - En prêtant serment le 25 janvier 2004 en tant que nouveau président de la Géorgie, Mikhail Saakachvili avait sonné le glas d’une idylle russo-géorgienne vieille de treize ans.
Propulsé au pouvoir lors de la révolution rose, et suite au départ prématuré du pouvoir de l’ancien maître de Tbilissi, Edouard Chevardnadzé, le nouveau président, pro-occidental jusqu’au bout des doigts, avait alors multiplié les signes de défiance à l’égard de Moscou.
Et cette défiance a atteint son firmament hier en Géorgie.
Tout a commencé mercredi dernier quand quatre officiers russes ont été interpellés à Tbilissi par la police géorgienne. Accusés d’espionnage, ils étaient encore maintenus en détention hier.
Le lendemain, la machine s’emballe. Un mouvement de policiers et de militaires est observé aux alentours du Commandement de l’armée russe pour le Caucase du Sud situé dans la capitale géorgienne Tbilissi.
Le bâtiment a vite été encerclé par les services de sécurité, et aucune personne y travaillant n’avait encore le droit de le quitter.
Raison invoquée par le gouvernement géorgien, un militaire russe soupçonné d’espionnage s’y trouvait encore lors de l’encerclement. «Ce cordon ne sera pas levé tant qu’un officier russe soupçonné d’espionnage ne nous aura pas été livré», a déclaré le ministre géorgien de la Défense. La riposte ne se fera pas attendre du côté de la Russie. Humilié par la dernière sortie de Mikhail Saakachvili, le gouvernement a réagi par la voix de son ministre des Affaires étrangères.
«Les actions des autorités géorgiennes dépassent complètement l’entendement», a affirmé Sergueï Lavrov en réponse à la nouvelle provocation de Tbilissi. Hier, Moscou entamait déjà une série d’évacuations de son personnel diplomatique accrédité en Géorgie.
En signe de protestation, les autorités russes ont dépêché à l’aéroport de Tbilissi deux appareils avec pour mission de rapatrier ses diplomates.
L’ambassadeur de Russie et ses plus proches collaborateurs ont été les premiers à quitter le pays à bord du premier appareil arrivé de Moscou.
Deux autres avions devront, quant à eux, évacuer une centaine d’autres employés de l’ambassade. Sur le front diplomatique, la Russie veut utiliser son influence. Jeudi soir elle a saisi le Conseil de sécurité des Nations unies afin que ce dernier lui apporte son soutien dans une déclaration générale.
Préoccupée par la situation quasi explosive qui prévaut entre les deux pays, l’OTAN (Organisation du traité de l’Atlantique Nord) a fait part hier de son inquiétude et va appeler à la désescalade.
Jamais les relations russo-géorgiennes n’avaient connu un tel regain de tension depuis l’arrivée au pouvoir de Mikhail Saakachvili en 2004. Hostile à toute ingérence de la Russie dans les affaires intérieures de son pays, le successeur d’Edouard Chevardnadzé n’a cessé de multiplier des actions inamicales envers son grand voisin du nord.
Plus préoccupé par soigner ses relations avec les Etats-Unis et l’Union européenne que par entretenir ses relations avec la Russie, le chef de l’Etat géorgien réussit très mal un exercice périlleux d’équilibre entre les deux blocs.
Dorénavant, le président géorgien sait bien qu’il n’est plus le bienvenu au Kremlin. Quant au portes de la Maison-Blanche, elles lui seront toujours grandes ouvertes, comme pour tous les obséquieux de la planète.
Par Mohamed Khaled Drareni - La Tribune
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