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Actualité

 

Justice en Algérie, pouvoir ou appendice ?

 

Justice en AlgérieAlgérie - Le chef de l’Etat est finalement apparu, pour sacrifier à un rituel chaque année convenu, sans pour autant bouleverser à travers son discours un paysage pourtant accidenté selon les propos mêmes de ministres en exercice.

Le président de la République en personne ne cesse depuis des mois de dénoncer les retards dans tous les domaines, y compris dans celui, explosif, de la justice.

A l’ouverture de l’année judiciaire, M. Bouteflika a pratiquement répété ce qu’il avait déjà dit sur l’état déplorable de la justice, sur sa conviction que la réconciliation nationale est irremplaçable, et que le temps était précieux. Et là, il a mis le doigt, en même temps sur les progrès gigantesques que réalisent de nombreux pays émergents et sur ceux différés ou enterrés en Algérie.

Contrairement à ceux comme Soltani qui estiment que les délais fixés aux terroristes doivent être extensibles à l’infini, le président de la République, sans pour autant le dire clairement, pense qu’il faut ne laisser aucune chance dans le temps aux groupes qui continuent de disputer le monopole des armes et de la violence à l’Etat.

La fermeté affichée dénote cependant avec les discours et le comportement de Rabah Kebir qui représente, bien tard et surtout trop tard, la tendance dite politique de l’ex-FIS contre celle qui enseignait que le pouvoir se prenait par la force.

Rabah Kebir est passé du jour au lendemain du statut d’un ex-évadé à celui de conseiller politique des décideurs. Il distribue avec la largesse de ceux qui n’ont rien à eux, des remerciements, des encouragements, des analyses «rayonnantes», etc. En fait, il agit comme un acteur institutionnel ou le chef d’un parti légal important qui sent le jasmin.

Si M. Bouteflika a été clair sur la nécessaire guerre au terrorisme, l’opacité reste entière, malgré certaines lectures sur l’avenir de l’ex-FIS et celui de ses anciens dirigeants théoriquement exclus du champ et de la pratique politiques.

Les anciens cadres dirigeants de l’ancienne formation à base religieuse et ceux de l’AIS se comportent, en effet, comme des justiciables totalement et définitivement blanchis par les tribunaux ou amnistiés après un large consensus populaire et politique. Le plus sidérant est qu’ils ébauchent, déjà, les grands axes de leur éventuelle et future formation politique, éliminent du paysage ceux qui ne leur plaisent plus parmi leurs anciens compagnons, amis et complices.

Ils tissent déjà des alliances en lorgnant sur les futures législatives qui peuvent effectivement leur permettre moult négociations et marchandages. A moins que le traitement qui a été réservé à Wafa leur soit rigoureusement appliqué.

Là, prennent du relief les propos du Président lorsqu’il déclare : «[…] Je suis conscient du faux pas qui pourrait nous replonger, que Dieu nous en préserve, dans la tragédie que nous avons vécue […].» Dans cette optique, dire à ceux de l’ex-FIS que leur retour en politique est une utopie serait une bonne chose, le plus tôt possible, car «le temps est d’une importance majeure et un facteur déterminant du succès ou de l’échec de tout programme et de toute démarche […]». Comme la justice était à l’ordre du jour le mercredi 27 octobre 2006, le Président a sacrifié au rituel de l’ouverture de l’année judiciaire, sans pour autant bouleverser l’ordre des choses.

Les constats énoncés ont été plusieurs fois établis par lui sans faire changer fondamentalement le système judiciaire national. Au fond d’eux-mêmes, les magistrats, les avocats et les Algériens savent qu’ils n’y a pas un pouvoir judiciaire, mais une sorte d’administration aux ordres de l’Exécutif et perméable à toutes les pressions de tous les groupes. Exactement comme les médias publics, aux ordres des gouvernements successifs du moins des vecteurs réellement influents.

La justice est le reflet exact et le plus rapproché des citoyens, du système politique, du degré d’indépendance des services publics (la justice en est un particulièrement spécifique et fort sensible) et de la distance mise entre la justice et le pouvoir politique.

Changer de place des magistrats, des ministres, des walis, des président de fédérations sportives ne revient ni à changer un système ni à mettre en route des réformes profondes, urgentes (car le temps joue en faveur des nations démocratiques où la justice est un pouvoir qui a beaucoup d’indépendance) qui feraient vraiment prendre le chemin de la modernité.

Que chaque enfant aille à l’école et possède un ordinateur en fréquentant l’été sa piscine municipale, en voilà une réforme urgente et peu coûteuse puisque l’argent existe. Des cours de musique, de peinture, de danse, la naissance de cirques nationaux, est-ce trop compliqué à inscrire dans les projets coûteux qui remplissent les pages des journaux ?

Assurément, il est moins ambitieux d’ouvrir une querelle pathétique en 2006 sur l’homme qui a vu l’homme qui a vu la lune pour dire sans télescope que c’est le Ramadhan. Mais la leçon faite aux magistrats sera-t-elle entendue et suivie d’effets ? Il faudra le demander aux gens dans les tribunaux et aux avocats.

Par Younes Hamidouche - La Tribune

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