Algérie : Sarkozy et la donne algérienne
Algérie - Dans l’agenda des déplacements à l’étranger de Nicolas Sarkozy, toutes les cases sont remplies.
A l’exception d’une seule: celle concernant son voyage en Algérie. Vivement souhaité par le ministre français de l’Intérieur, également candidat à la prochaine présidentielle de 2007, pour les besoins de sa prochaine campagne électorale, ce déplacement s’annonce difficile.
Selon nos informations, aucu-ne date n’a encore été fixée. Et il est peu probable qu’il intervienne avant plusieurs mois. La cause ? Lors de son dernier voyage à Alger, Nicolas Sarkozy avait promis de revenir avec de «bonnes nouvelles». Et pour les Algériens, la seule bonne nouvelle attendue du ministre de l’Intérieur concerne l’affaire des visas.
Abdelaziz Bouteflika l’a répété à tous les officiels français qu’il a reçus ces derniers mois à Alger: l’Algérie veut voir ses citoyens traiter au moins de la même façon que leurs voisins du Maghreb en matière de délivrance des visas. Autrement dit, l’Europe doit lever très vite la procédure de consultation en vigueur depuis plusieurs années.
Elle est considérée comme humiliante par les Algériens. En effet, aujourd’hui, quand un Algérien dépose sa demande de visa auprès du consulat de France, ce dernier doit d’abord la soumettre à l’accord des quinze pays de l’Espace Schengen: Allemagne, Autriche, Belgique, Espagne, Grèce, Italie, Luxembourg, Pays-Bas, Portugal, Danemark, Finlande, Islande, Norvège et Suède. Cette démarche rallonge considérablement les délais de traitement.
Alors que les Tunisiens et les Marocains obtiennent des réponses au bout de seulement quelques jours, les Algériens doivent patienter parfois plusieurs semaines pour savoir si leur demande a abouti ou non. Instaurée durant les années de terrorisme, la procédure de consultation n’a plus aucune raison d’exister à présent que la paix civile est revenue dans le pays, estime l’Algérie. Mais en promettant aux Algériens de mettre fin à cette situation, Nicolas Sarkozy a-t-il parlé trop vite, comme il a souvent l’habitude de le faire ? Probablement.
Les promesses de Nicolas Sarkozy se heurtent en effet à deux obstacles majeurs: sa position de probable candidat de la droite aux prochaines présidentielles et les réticences de ses partenaires européens sur la levée de la procédure de consultation pour les Algériens.
Chaque jour qui passe, Nicolas Sarkozy hausse le ton sur le dossier de l’immigration. Or, un geste en direction des Algériens en matière de visas risque d’être interprété par l’électorat de droite comme une faiblesse de sa part, surtout que la question de l’immigration sera au coeur de la prochaine campagne présidentielle française.
Nicolas Sarkozy connaît certes le poids de plus en plus grandissant de l’électorat maghrébin en France, mais il hésiterait encore à prendre un tel risque face à son électorat traditionnel, hostile à l’immigration maghrébine. Du coup, il espère une décision européenne collective qu’il viendrait annoncer lui-même à Alger.
Or, les partenaires européens de la France, notamment l’Espagne et l’Italie, dirigées par des gouvernements de gauche, se montrent encore hésitants sur le dossier. La récente libération de plusieurs centaines d’anciens islamistes armés dans le cadre de la concorde civile les inquiète. Mais pas seulement: partenaires commerciaux de premier plan d’Alger, ces pays ne veulent pas laisser la France récolter seule les fruits d’une telle initiative.
Les discussions engagées au niveau européen risquent de durer encore quelques mois. Et Nicolas Sarkozy devra patienter encore avant
Par Rabah Yanis - Quotidien d'Oran
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