L’Algérie se vide de ses compétences
Algérie - Le Forum des chefs d’entreprises (FCE) a animé dans la soirée d’hier à l’hôtel El Aurassi un débat sur «la fuite des compétences, revalorisation des élites nationales». Y ont pris part des chefs d’entreprise, des responsables d’administrations et des journalistes.
Ouvrant cette rencontre, le président du Forum, Omar Ramdane, a présenté, une longue communication sur le sujet. Il a exposé les racines historiques de ce phénomène mondial qui, à l’évidence, profite, et dans tous les cas, aux pays développés.
O. Ramdane s’est penché sur la situation en Afrique, «particulièrement inquiétante». S’en tenant à des statistiques de l’Organisation internationale des migrations (OIM), il a dressé un bilan alarmant : le continent noir «se vide dangereusement de sa matière grise».
Des chiffres ? Chaque année, au moins 20 000 Africains hautement qualifiés quittent leur pays pour aller rallier les pays du Nord, ce qui porte à 300 000 le nombre de spécialistes qualifiés originaires d’Afrique installés en Europe et en Amérique du Nord, depuis 1990.
Autre donnée, un million d’Africains titulaires de diplômes de l’enseignement supérieur sont installés dans des pays industrialisés. Inversement, les pays africains sont obligés de dégager quatre milliards de dollars annuellement pour l’emploi d’une centaine de milliers de coopérants étrangers.
Les causes ? Les crises économiques et leurs répercussions sociales, les conflits armés et les conditions de travail inadaptées ont largement contribué à cet exode également favorisé par la concurrence de plus en plus intense entre les pays développés en vue de capter la matière grise africaine à travers la mise en œuvre de «programmes d’immigration sélective», constate le président du FCE.
Et la situation de l’Algérie ? Le président du Forum a dressé un bilan aussi préoccupant que celui du continent africain. Se référant à des statistiques et à des études réalisées par différents organismes et institutions, il a indiqué que plus de 7 000 médecins algériens se sont installés en France, jusqu’en juillet 2005, dont 2 000 dans la seule région parisienne.
Le nombre de médecins étrangers immigrés à l’Hexagone, se situe autour de 10 000. Depuis 1996, 40 000 chercheurs ont quitté l’Algérie.
Les chefs d’entreprise représentent également une large partie des Algériens expatriés vers la France avec près de 100 000 recensés récemment. Ils emploient environ 2,2 millions de personnes et leur chiffre d’affaires global dépasse quinze milliards d’euros.
A en juger par les statistiques, l’Algérie est un bon pays pourvoyeur de main d’œuvre qualifiée. Sur 25 pays fournisseurs d’immigrants vers le Canada, l’Algérie occupe la troisième place après les immigrants français et chinois.
Pour arrêter l’hémorragie, Omar Ramdane a déclaré qu’il y a nécessité de mettre en œuvre des moyens matériels, professionnels et sociaux permettant de retenir les élites algériennes, d’adopter un programme visant à susciter le retour des compétences ou leur utilisation judicieuse à partir de l’étranger et enfin de revaloriser les statuts des chercheurs, des scientifiques, des cadres et autres professionnels qualifiés.
Présent à cette conférence, Abdelmadjid Attar, ancien P-DG de Sonatrach, a souligné que les commodités matérielles représentaient le premier motif aux cadres qui veulent changer de cap.
Et, d’ajouter : «L’absence d’une véritable direction des ressources humaines» au sein de nos entreprises et administrations et qui prend en charge la gestion de la carrière des cadres a contribué à aggraver la situation au sein de la compagnie Sonatrach.
La publication d’une circulaire ministérielle interdisant aux cadres de Sonatrach d’opérer avec des sociétés pétrolières étrangères sur le territoire algérien ou encore la coopération avec les bourses d’emploi n’ont pas, toutefois, apporté les résultats espérés, selon lui.
Par Youcef Salami - La Tribune
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