Le ministre français de l’Economie début décembre en Algérie
Algérie - Hier, l’Assemblée nationale française a approuvé le projet de privatisation de Gaz de France.
Grâce à ce vote, le géant gazier va pouvoir enfin fusionner avec son compatriote Suez, spécialisé dans l’électricité et l’environnement , pour donner naissance au leader mondial du gaz naturel liquéfié. Le mariage annoncé pourrait intervenir avant la fin de l’année en cours.
Selon le gouvernement de droite qui défend ce projet, la fusion entre les deux groupes constitue la meilleure solution pour garantir l’indépendance énergétique de la France. Cette dernière est menacée par le contexte international difficile et la décision de l’Europe d’ouvrir son marché de distribution du gaz à la concurrence, mettant fin aux monopoles nationaux. Suez était en effet menacé par une offre d’achat hostile (OPA) de l’italien Enel.
Et Gaz de France, seul, est incapable de peser dans le marché européen du gaz. Désormais, après Total dans le pétrole, EDF dans l’électricité, la France va se doter d’un troisième champion dans l’énergie, grâce au futur ensemble Suez-GDF.
Avec ce projet énergétique d’une grande envergure, le gouvernement français cherche à envoyer un message clair à ses partenaires en Europe et dans le monde: l’indépendance énergétique de la France n’est pas négociable. Premier objectif affiché: contrer le russe Gazprom et l’algérien Sonatrach, soupçonnés de vouloir changer les règles du jeu dans un marché connu jusque-là pour son évolution lente.
Les deux groupes qui viennent de conclure une alliance stratégique entendent en effet renforcer leur poids sur le marché mondial du gaz. Mais, aussi bien à Alger qu’à Moscou, on tente de rassurer sur la nature de cette alliance.
C’est dans ce contexte que Thierry Breton, ministre français de l’Economie et des Finances, est attendu durant la première semaine de décembre prochain à Alger. Annoncé puis reporté à deux reprises depuis l’été dernier, ce déplacement s’inscrit officiellement dans le cadre du Comité stratégique algéro-français, selon l’entourage du ministre français.
En réalité, la question du gaz devrait figurer en bonne place dans les sujets que Thierry Breton va aborder avec ses interlocuteurs algériens. Parmi eux devraient figurer, outre son homologue des Finances, le président Bouteflika et le Premier ministre Abdelaziz Belkhadem, ainsi que le ministre de l’Energie Chakib Khelil.
Certes, l’alliance conclue récemment entre Gazprom et Sonatrach n’a aucun impact sur l’approvisionnement de la France en gaz pour les prochaines années. Prudent, le gouvernement français avait pris les devants avant même l’annonce de l’accord stratégique entre les Russes et les Algériens.
Paris a en effet renforcé sa coopération dans le domaine gazier avec le Qatar, troisième producteur mondial de gaz naturel, grâce à la signature de contrats sur plusieurs années.
Aujourd’hui, la France estime avoir suffisamment diversifié ses sources d’approvisionnement en gaz naturel pour se mettre à l’abri d’éventuelles alliances. Mais Thierry Breton tentera d’obtenir des garanties supplémentaires sur les intentions de Sonatrach.
A Alger, le ministre français de l’Economie ne parlera pas que des sujets qui peuvent fâcher. La France est le premier partenaire économique de l’Algérie et elle entend conserver cette position.
Les privatisations annoncées pour les prochains mois de plusieurs grandes entreprises publiques algériennes (Crédit populaire d’Algérie, Algérie Télécom...) pourraient constituer une bonne occasion de renforcer la présence française sur le marché algérien.
Par Rabah Yanis - Quotidien d'Oran
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