France : Azouz Begag s’attend à un parlement «black, blanc, beur»
France - Visiblement, l’Assemblée française s’achemine vers une composante plus colorée dès la prochaine législature. A moins d’un retournement dont les effets seront dommageables pour l’exercice de la politique, des Français issus de l’immigration devraient prendre place dans l’hémicycle parlementaire. Une première hexagonale qui, confirmée dans le temps, mettrait fin à une situation anormale.
C’est un membre de l’équipe de Dominique de Villepin qui le dit. Dès la fin 2007, qui coïncide avec le début de la 13ème législature, «il y aura des députés noirs ou arabes» au Palais-Bourbon, assure Azouz Begag.
Le ministre délégué chargé de l’égalité des chances s’est attaché à lever les doutes qui se manifestent dans les viviers de l’immigration à un an des législatives. A rebours des appréhensions toujours pesantes dans le camp «black, blanc, beur», le ministre a indiqué, sur le ton de la certitude, que des noms à consonance maghrébine et africaine meubleront la liste des législateurs de France et dessineront des textes du Journal officiel.
«On le sait déjà parce que les investitures sont faites ou en passe de l’être», a-t-il précisé, sans s’y attarder, dans un entretien au portail économique «l’expansion. com». Pour toute indication supplémentaire, il s’est contenté de déplorer qu’aujourd’hui, l’Assemblée nationale «n’a pas de couleur».
A un exercice calendaire du rendez-vous électoral, l’opinion et les médias restent dans l’attente d’indications officielles sur la proportion des candidats d’origine immigrée et les régions où ils seront engagés. Curieusement, les assurances de Azouz Begag sur leur présence sur les listes surviennent à un moment où le sujet brille par son absence. Cela fait, en effet, des mois que ce thème à l’allure d’enjeu politique s’est éclipsé des débats, dans les médias comme dans les cercles politiques.
Seules quelques rares tribunes libres viennent rappeler périodiquement la classe politique et les partis à leurs engagements. Des engagements pris en 2002 au sortir d’un scrutin législatif qui, contrairement aux espérances, n’a pas ouvert l’arène de la compétition parlementaire aux politiques issus de l’immigration.
Depuis deux ans, les états-majors des partis planchent, à l’abri des lampions, sur les listes des militants appelés à les représenter dans la course et à créditer, le succès venant, leur capital-voix à l’Assemblée. A gauche comme à droite, l’opération se déroule non sans difficultés.
A intervalles réguliers, les journaux se font l’écho de désaccords entre hiérarques des partis sur le quota à réserver aux candidats issus de l’immigration sur les listes électorales ou sur les noms des candidats. Les exemples ne manquent pas, qui témoignent que l’aventure législative des enfants de l’immigration est loin d’être une simple formalité. Ces derniers mois, la presse a fait état des rebondissements de l’affaire Malek Boutih, membre du Bureau national du Parti socialiste chargé des questions d’intégration.
Proche de Ségolène Royal, l’ancien président de «SOS-Racisme» a été désigné sur la liste PS pour la région de Poitou-Charentes, présidée par la candidate à l’investiture socialiste. Une proposition qui a suscité le courroux de la fédération locale, irritée par «les parachutages».
A droite, les discussions autour de la confection des listes ne se passent pas sans problèmes. Si l’on s’en tient à un potin publié sous le sceau du confidentiel par un hebdomadaire parisien, Azouz Begag serait partant pour la course dans la région lyonnaise, mais sous les couleurs de l’UMP.
Réputé proche de Dominique de Villepin dont il a été conseiller informel à l’Intérieur, il aurait laissé entendre, à en croire l’oreille indiscrète de l’auteur du potin, qu’il ne s’attendait pas à se retrouver sur une liste validée par le président de l’UMP. «Je serai candidat avec ou sans étiquette UMP. Etant donné l’état de mes relations avec Sarkozy, je n’ai aucune chance d’avoir une «sarkoscription», aurait-il ironisé.
Fils d’une famille sétifienne de la première génération d’immigrés, Azouz Begag a longtemps été un militant associatif dans le Rhône. Sociologue de formation, il est l’auteur de plusieurs romans, dont «Le Gone du Châaba» qui a servi de scénario à un film du même nom. Il est le troisième «politique» d’origine maghrébine à être entré dans un gouvernement hexagonal.
Les deux premiers sont Tokia Saïfi, ministre chargée de l’Environnement durable dans le premier cabinet Raffarin (2002-2004) et Hamlaoui Mekachera, ministre chargé des Anciens combattants. Avant de reprendre le chemin de Strasbourg pour un nouveau mandat de députée européenne, Tokia Saïfi avait partagé son temps entre sa mission gouvernementale et l’engagement en faveur d’un édifice institutionnel aux couleurs «black, blanc, beur» de la France.
Début 2004, elle s’est associée à André Santini, député-maire d’Issy-les-Moulineaux, dans une action tous azimuts destinée à favoriser l’irruption, en grand nombre, de Français issus de l’immigration dans les institutions parlementaire, municipale et territoriale. Un plaidoyer qu’elle continue d’inscrire au rang de ses priorités de femme politique, tant sur le terrain européen que français.
Par S. Raouf - Quotidien d'Oran
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