France : La «discrimination positive», une nouvelle fois épinglée
France - A mesure de se rapprocher, l’échéance présidentielle française relance le débat sur l’intégration des populations immigrées. Et remet à l’avant-scène, non sans l’exposer à la critique, la «discrimination positive». Option chère à Nicolas Sarkozy, cette idée inspirée du modèle américain n’est pas au goût d’une personnalité de poids -une de plus- sur l’échiquier français.
Blandine Kriegel vient de joindre sa voix à tous ceux qui, depuis 2004, ne cessent d’épingler le plaidoyer du ministre de l’Intérieur. La présidente du Haut conseil à l’intégration (HCI) se dit franchement opposée à une idée apparue, dans le lexique hexagonal, en 2004 au moment de la nomination du préfet Aïssa Dermouche.
D’origine algérienne, ce dernier a été présenté, à l’époque, comme le «premier musulman» dans l’histoire de la préfectorale, selon les éléments de langage élaborés par les communicants de Nicolas Sarkozy. Le qualificatif n’a pas plu à Jacques Chirac et à d’autres figures politiques de droite comme de gauche. Proche du président français, Blandine Kriegel revient d’un voyage aux Etats-Unis, à la tête d’une mission du HCI.
Accompagnée de trois membres de son institution dont le Franco-Algérien Zaïr Kedadouche, elle y a été pour les besoins d’un travail comparatif sur les politiques d’intégration en Europe et outre-atlantique. Ses conclusions nourriront un avis destiné au Premier ministre Dominique de Villepin.
La France n’a nullement besoin d’importer le modèle américain pour que la diversité «devienne la règle», estime Kriegel. Qui va plus loin dans sa réplique à distance à Nicolas Sarkozy. «Pratiquer des quotas, demander aux gens de se classer dans un groupe -ethnique ou religieux- est à la fois inutile et attentatoire à notre tradition».
Rapportés par des médias parisiens, les enseignements de la mission américaine du HCI surviennent à la veille d’un échéancier électoral des plus chargés. Outre la présidentielle, les Français seront, en 2007 et 2008, au rendez-vous des législatives et des municipales, deux scrutins qui font monter au créneau les politiques issus de l’immigration. Et les poussent à revendiquer des places en «position éligible» sur les listes électorales.
Les milieux politiques français s’attendent, à la faveur de la campagne électorale, à une réactivation du débat autour des places des enfants de l’immigration dans la fonction publique, les médias audiovisuels et le champ politique.
Aux yeux de la présidente du HCI, ce qui fait défaut ce n’est pas tant la politique US des quotas que l’application de la loi française dans tout son esprit. «La Constitution garantit à tout citoyen l’égalité devant la loi, sans distinction d’origine, de race, de religion ou de croyance, rappelle-t-elle. Le défi qui nous attend est donc, non de changer de modèle, mais d’aller au bout de notre modèle».
Dans le registre de l’intégration, la France, comparée aux Etats-Unis, souffre d’un problème différent. «Nous n’avons pas à changer la loi, mais à l’appliquer. Nous ne pouvons plus ignorer que la société française fait endurer des discriminations et des ségrégations à de nombreuses personnes», déplore Blandine Kriegel.
La délégation du HCI a pris connaissance, au cours de son voyage, des résultats d’un sondage d’opinion du «Pew Research Center», un de la multitude de think tank qui ont pignon sur rue outre-atlantique. Menée auprès de citoyens musulmans installés, entre autres, en Europe et aux Etats-Unis, l’enquête sociologique n’est pas dénuée de conclusions intéressantes aux yeux du HCI.
Elle révèle que, sur certains points fondamentaux, l’intégration des musulmans de France «est bien meilleure que celle, par exemple, des Espagnols, des Anglais et même des Américains». A titre d’exemple, se réjouit Blandine Kriegel en citant les résultats du sondage, l’Espagne voisine a connu, ces dernières années, «un déclin considérable de l’opinion favorable aux citoyens musulmans».
A rebours de cette situation, la France est le théâtre d’un vécu différent. 74% des Français non musulmans et 71% de Français musulmans, selon les indicateurs de l’enquête cités par Kriegel, estiment «qu’il n’y a pas de conflit entre l’Islam et la modernité». C’est également le cas de 35% des Anglais non musulmans et de 45% des Anglais musulmans
Autre enseignement du travail du «Pew Research Center» vanté par la présidente du HCI: les musulmans français sont aussi, parmi les musulmans européens, «ceux qui ressentent le moins d’hostilité de la société française à leur égard».
«Ces données permettent de nuancer les appréciations purement négatives à l’égard de la France et de répondre à tous ceux -fort nombreux- qui estiment que rien n’est plus urgent que de copier sans nuances le modèle américain», observe Blandine Kriegel dont le commentaire ressemble à un tacle contre Nicolas Sarkozy.
Par S. Raouf - Quotidien d'Oran
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