Algérie : Les rentrées du pétrole et les incohérences de l’OPEP selon Khelil
Algérie - Le ministre de l’Energie et des Mines M.Chakib Khelil ne semble pas inquiété par la chute, ces dernières semaines, du prix du baril de pétrole et prévoit même une hausse de la demande en 2007, une hausse, estime-t-il, qui sera de l’ordre de 1,5 MB/jour.
M. Khelil, invité hier du forum El Moudjahid, a indiqué que les perspectives pour l’année 2007 laissent apparaître un équilibre de l’offre et de la demande de pétrole moins tendu que durant cette année (2006) avec des niveaux de stocks confortables et une plus grande capacité de production de l’OPEP, non utilisée.
Ainsi l’activité économique mondiale en 2007 connaîtra, d’après le ministre, une croissance moins forte que pour l’année en cours, avec tout de même un taux estimé à 4.3%. Comment peut-on expliquer les dernières baisses du prix du baril de pétrole alors que l’on ne s’attendait pas à un tel recul (près de 17 dollars depuis septembre) à la veille de la saison hivernale où la demande est de plus en plus croissante ?
Pour le ministre, ce « repli » est dû en grande partie à l’atténuation des tensions géopolitiques et sociales ainsi qu’à des conditions climatiques plus clémentes (absence d’ouragans majeurs).
Cette forte baisse, souligne le ministre, et dont les prémices avaient été perçues par l’OPEP à la veille de la dernière réunion de la conférence, avait amené l’organisation à réaffirmer sa détermination à veiller à ce que les prix se maintiennent à un niveau acceptable pour les pays membres et prendre note de leur promptitude à réagir à tout développement qui pourrait nuire à leur intérêt.
L’OPEP va-t-elle se réunir et a-t-elle pris conscience du danger que représenterait sur les pays membres une baisse du baril à 25 dollars par exemple ?
M.Chakib Khelil qui note que dans le cas d’une récession mondiale le baril pourrait même atteindre 10 dollars, a souligné qu’au sein de l’OPEP il existe une volonté pour baisser la production et faire face ainsi à la dégringolade des prix. Mais le ministre en parallèle lâche cette phrase: « Le marché ne croit pas trop que l’OPEP est sérieuse ».
D’après M. Khelil, tant que l’OPEP ne fait pas ce qu’elle dit et décide, alors elle ne peut pas être crédible sur le marché. Et, selon Khelil, les onze pays membres de l’OPEP sont d’accord pour réduire la production, mais il n’y a pas encore de consensus sur la tenue d’une réunion extraordinaire sur cette question.
Sans le dire explicitement, le ministre de l’Energie et des Mines a résumé toute l’incapacité de l’OPEP à faire face d’une manière concrète et pragmatique aux baisses du prix du baril du pétrole dont le contrôle a toujours été du ressort des grandes multinationales, détenues par les grandes puissances à leur tête, sans risque de se tromper, les Etats-Unis.
C’est en ces termes que le ministre a répondu à une question d’une journaliste qui s’interrogeait sur le danger que représentait une telle mouture sur les générations futures.
Pour le ministre, cette loi a été justement conçue pour « garder quelque chose à nos enfants ». « Au plan législatif, les récents amendements de la loi n°05-07 relative aux hydrocarbures ont été décidés afin d’élargir et de renforcer le contrôle de l’Etat sur les ressources en hydrocarbures et de mieux garantir leur exploitation rationnelle », dira M. Chakib Khelil en signifiant clairement que la finalité de ces mesures est la préservation des ressources pour les générations futures.
Ainsi, explique le ministre, les nouvelles mesures introduites par cet amendement prévoient une participation majoritaire systématique de Sonatrach dans les activités de recherche, d’exploitation et de transport par canalisation des hydrocarbures ainsi que dans l’activité du raffinage.
L’autre mesure introduite par cet amendement, continue M. Khelil, est l’instauration d’une taxe non déductible sur profits exceptionnels, applicable aux contrats d’association conclus dans le cadre de la loi 86-14.
Cette mesure, indique le conférencier, est motivée par le souci de récupérer une part des importantes plus-values réalisées par les associés étrangers de Sonatrach, en cas de prix élevés du pétrole. « L’impact direct de cette mesure est l’augmentation des revenus de l’Etat, à partir du deuxième semestre de l’année en cours », dira le ministre qui souligne qu’en matière de réalisation, le secteur continue ses efforts de développement des ressources énergétiques et minières du pays.
Ainsi, entre 2000 et 2006, la compagnie nationale a signé 43 contrats de recherche production, la réalisation de 62 découvertes de gisements de pétrole et de gaz dont 12 durant le premier semestre 2006 et enfin un investissement de plus de 24 milliards de dollars dont 13 en partenariat.
La production totale d’énergie primaire et qui représente les quantités d’hydrocarbures extraites, est passée d’après le ministre de 152 millions de tonnes équivalent pétrole (TEP) en 2000 à 180 millions de TEP en 2005, soit une croissance moyenne de 4% par an. La consommation nationale d’énergie (gaz, produits pétroliers, électricité) est passée de 30 millions de TEP en 2000 à 35 millions de TEP en 2005.
Par ailleurs, en ce qui concerne les échanges extérieurs, le ministre de l’Energie et des Mines a indiqué que le volume global des exportations nationales d’hydrocarbures est passé de 124 millions TEP en 2000 à 145 millions TEP en 2005, ce qui représente une évolution de plus de 17%.
Du coup, la valeur des explorations durant la période allant de 2000 à juin 2006 a atteint 186 milliards de dollars dont 27 milliards ont été réalisés au cours du premier semestre 2006. L’Etat a gagné près de 9.500 milliards de dinars de fiscalité pétrolière durant cette période et qui ont été versés au Trésor public.
A la question de savoir de combien d’années en ressources en hydrocarbures dispose encore notre pays, le ministre a répondu que tant que la technologie, notamment de la recherche, avance, il n’y a pas de quoi s’alarmer.
Le ministre rappellera même que quand il était chef département recherche à Hassi Messaoud en 1971, des études avaient clairement établi que le gisement dans cette région ne pourra jamais dépasser plus de 20 ans. Mais 35 années après, ce gisement reste le plus important d’Algérie et cela grâce, dira M. Chakib Khelil, aux avancées technologiques considérables réalisées dans la prospection.
Enfin, concernant le projet de gazoduc transsaharien d’une longueur de plus de 4.100 km et qui devrait alimenter l’Europe en gaz naturel à partir des gisements de gaz du Nigeria via le Niger et l’Algérie, le ministre a affirmé que l’étude réalisée et présentée le 19 septembre 2006 aux ministres des trois pays concernés a démontré la « faisabilité technico-économique » du projet dont l’investissement est évalué à 10 milliards de dollars. La mise en gaz est prévue, indique l’invité du forum El Moudjahid, pour 2015.
Par Z. Mehdaoui - Quotidien d'Oran
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