L’Asie en rangs serrés contre la Corée du Nord
Asie - On efface tout et on recommence. Telle pourrait être la devise du nouveau Premier ministre japonais qui a foulé hier le sol chinois. Première visite officielle d’un chef de gouvernement nippon à Pékin depuis 2001, l’escale de Shinzo Abe est aussi importante qu’historique.
Jamais les relations sino-japonaises n’auront été aussi conflictuelles que sous l’ère de Junichiro Koïzumi. Les visites successives de l’ancien Premier ministre du Japon au sanctuaire de Yasukuni avaient irrité une Chine encore sous le choc de la barbarie impériale.
Mais l’objectif essentiel de ce redéploiement diplomatique n’est pas seulement de réchauffer les relations parfois tumultueuses entre les anciens frères ennemis d’Asie, mais surtout de se concerter face à la menace grandissante de la Corée du Nord.
Arrivé hier à Pékin, Shinzo Abe aura eu droit à un accueil des plus chaleureux.
Reçu en grande pompe par le Premier ministre chinois Wen Jiabao puis par le président Hu Jintao, il profitera des ces quelques heures passées en Chine pour exposer à ses interlocuteurs, d’une part, l’avenir qu’il voit pour les relations nippo-chinoises et, d’autre part, la sérieuse crise qui empoisonne leurs relations avec la Corée du Nord.
Défendant une position on ne peut plus radicale vis-à-vis de Pyongyang, le Japon se heurtera sans doute aux propos mesurés des Chinois qui continuent à soutenir leur petit mais néanmoins important voisin de l’Est. Avec la Russie, la Chine aura formé un tandem de choc afin de protéger l’une des
dernières puissances communistes de la planète.
Mais pas si sûr quand on se réfère aux propos du représentant chinois aux Nations unies. «Je crois que personne sur cette planète ne va les protéger pour leur mauvais comportement», a lancé Wang Guangya, ambassadeur de la République populaire à l’ONU.
Cette mise en garde chinoise, qui de surcroît vient de New York, n’augure pas de bonnes intentions vis-à-vis de Pyongyang sur le plan de la condamnation internationale. Mais face à la prudence chinoise, le Premier ministre japonais devra compter sur un appui total de la Corée du Sud.
Deuxième étape de sa tournée asiatique, Séoul devra dérouler le tapis rouge et les recommandations qui vont avec afin de parvenir coûte que coûte à une condamnation de sa voisine du Nord au Conseil de sécurité des Nations unies. Puisant dans une inquiétude démesurée, la Corée du Sud a de tout temps manifesté son inquiétude et son opposition au développement de l’énergie nucléaire de sa voisine du Nord. Séparées depuis la fin de la guerre de Corée en 1953, les deux Corées ont vu leur destin commun déchiré par la guerre froide et par la terrible rivalité entre les Etats-Unis et l’URSS.
Depuis, la région assiste, dépitée, à une véritable course à l’armement entre les deux pays. Mais l’effondrement de l’Union soviétique en 1991 et le démembrement du bloc communiste allait laisser la Corée du Nord en marge des bouleversements qu’a connus par la suite le continent.
Du côté du principal protagoniste de cette crise, la Corée du Nord, l’heure est aux mises au point. Après avoir songé à repousser le test nucléaire à la fin de cette année, les militaires nord-coréens auraient fait marche arrière et opté pour un test plus tôt que prévu, peut-être même pour cette semaine. «C’est du chauvinisme.
La Corée du Nord n’a pas besoin de la protection de la Chine. La Corée du Nord n’est plus une dépendance», a indiqué hier un membre influent de l’état-major de la puissante armée nord-coréenne.
Mais les pressions internes et la menace de sanctions devraient selon toute vraisemblance convaincre le régime de Kim Jong Il de recouvrer la raison et de s’abstenir de provoquer une nouvelle fois l’Amérique. Les dirigeants nord-coréens devraient pour une fois faire preuve d’indulgence et laisser le géant aux pieds d’argile terminer sa démocratisation forcée entreprise en Irak et en Afghanistan.
Par Mohamed Khaled Drareni - La Tribune
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