Afghanistan : la stratégie du chaos
Afghanistan - Cinq ans après l’enclenchement de la grande offensive «antiterroriste» américaine, l’Afghanistan donne l’image d’un véritable chaos où la superposition de conflits devient inextricable et toute issue au conflit, impossible.
Adeptes du «diviser pour régner», les néo-conservateurs américains à la tête de la plus grande puissance militaire mondiale semblent avoir décidé de remodeler leur projet du «Grand Moyen-Orient» en prévoyant d’amputer l’Afghanistan au sud et le Pakistan à l’ouest. Objectif : la création d’un troisième et nouvel État : le Baloutchistan.
Et, pour ce faire, ils ont trouvé le soutien des Baloutches. Une population qu’ils bombardaient pourtant encore l’an dernier. Mais, d’un autre côté, Washington semble de plus en plus agacer ses alliés afghans et pakistanais qui, pour toute récompense de leur «servilité», auront à voir le démembrement et la partition de leurs pays respectifs. Mais Washington n’en est pas à son premier revirement.
Ce n’est désormais plus un secret que le département d’État et la CIA se trouvent être derrière la montée en puissance du mouvement taliban et dans sa création d’un émirat autoproclamé en Afghanistan.
Ce micro-État afghan sous pouvoir taliban était, selon les spécialistes, en réalité géré par les fameux services de sécurité pakistanais (ISI) et abritait des écoles de formation pour les combattants que la CIA recrutait pour ses opérations dans la région. Les hommes de main de Washington dans les régions à population musulmane (Bosnie-Herzégovine, Kosovo, Tchétchénie) ont tous été formés par l’ISI.
Washington avait commencé à prendre ses distances avec les taliban lors de la campagne de réélection de Bill Clinton. Le président américain décida de sacrifier le mouvement obscurantiste suite aux pressions médiatiques intenables. Les Américains entrèrent ensuite en guerre en trouvant dans les événements du 11 septembre le prétexte absolu. Ils imposèrent le président Karzaï, un pro-américain reconnu.
Cependant les analystes géopolitiques pensent que, si les Pakistanais pouvaient accepter qu’on mette fin au règne taliban, ils ne pouvaient aller jusqu’à accepter qu’on élimine la totalité des hommes qu’ils avaient formés. «On fit donc le tri et les taliban loyaux à Islamabad furent invités à se replier dans la région du Waziristan et à combattre les rebelles baloutches.»
Une autre preuve de l’ambivalence américaine : aucune économie civile n’a été développée dans le pays au cours des cinq dernières années. La culture des drogues est devenue prospère et d’ex-combattants au chômage ne tardent pas à reprendre les armes, devenant des seigneurs de guerre. Dans l’Afghanistan actuel, la culture des drogues représente plus de la moitié de la production intérieure brute.
Les fameux champs de pavots se trouvent dans les zones jusqu’ici contrôlées par la coalition. L’opium et l’héroïne sont acheminés vers les marchés européens, russes et iraniens en évitant soigneusement et curieusement le marché américain.
Par Moumene Belghoul - La Tribune
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