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La Corée du Nord force la porte du Club nucléaire

 

La Corée du Nord force la porte du Club nucléaireLa Corée du Nord a annoncé hier, dans un communiqué officiel, la réussite d’un essai nucléaire à 100% «autochtone» qui contribuera à «défendre la paix et la stabilité dans la péninsule coréenne et alentour».

L’essai nucléaire souterrain, couronné de succès et sans émission radioactive, selon Pyongyang, intervient trois jours après une demande de l’Onu appelant la Corée du Nord à ne pas procéder à cette expérimentation.

Le refus de la Corée du Nord n’est pas une surprise, le régime en place considérant que sa survie face à ce qu’il considère des menaces américaines dépend de la possession de capacités de dissuasion nucléaire. Les services de renseignements sud-coréens s’attendaient même à un nouvel essai nucléaire dans les prochaines heures.

La possession de l’arme nucléaire est devenue un objectif stratégique obsessionnel des dirigeants nord-coréens depuis que le président américain George W. Bush a classé leur régime dans « l’axe du mal ». Le choix de la confrontation a finalement incité davantage la Corée du Nord à posséder l’arme nucléaire.

La décision de la Corée du Nord de se retirer du Traité de non prolifération nucléaire en 2003 et de renvoyer les inspecteurs de l’AIEA qui surveillait le « gel » du programme nucléaire était consécutive à une crise avec les Etats-Unis de Bush en 2002.

De fait, ce sont quatre années de confrontations ponctuées de négociations infructueuses qui se terminent par une nouvelle avec un changement sérieux de la donne.

Sans surprise, dans le monde entier, une unanimité non exempte d’hypocrisie se fait contre la Corée du Nord. Le Conseil de sécurité de l’Onu s’est réuni en urgence hier et a « fermement condamné » l’essai nucléaire de la Corée du Nord et exige qu’elle « s’abstienne d’effectuer d’autres tests » et reprenne les pourparlers existants (Chine, les deux Corée, Etats-Unis, Japon, Russie). Les Etats-Unis qui devaient présenter une résolution au Conseil de sécurité choisissent de durcir le ton et veulent une « action décisive » de l’Onu.

Le texte mis en circulation par les Etats-Unis prévoie d’imposer des sanctions contre la Corée du Nord en référence au chapitre VII de la charte des Nations unies qui permet le recours à la force.

Le président américain a appelé à une « réponse immédiate » et a déclaré que le « le régime nord-coréen fait partie des régimes les plus dangereux du monde ». Les Etats-Unis considèrent que le transfert d’armes ou de matériaux nucléaires de la Corée du Nord à des Etats ou des entités non-étatiques constituerait une « grave menace ».

Cette fermeté est soutenue par la Grande-Bretagne et le Japon qui veut une « réponse très ferme » et souligne que « la Corée du Nord devra en supporter toutes les conséquences » de cet essai « impardonnable ». La Chine, plus proche pays de la Corée du Nord, informée deux heures avant l’essai nucléaire, s’est jointe au concert de condamnation en reprochant à Pyongyang d’avoir « ignoré les inquiétudes de la communauté internationale et a procédé de manière éhontée à un essai nucléaire. Le gouvernement chinois exprime à cette occasion sa ferme opposition ».

Les condamnations sont unanimes, même l’Inde, pays nucléaire, s’est déclarée « profondément préoccupée » par cet essai « malheureux » tandis que le Pakistan l’a qualifié de « développement déstabilisant pour la région ». Israël, pays nucléaire également, n’a pas raté l’occasion pour appeler à en découdre avec l’Iran.

Pourtant la position de Téhéran ne souffre d’aucune ambiguïté: « La position de l’Iran est claire par rapport aux essais nucléaires, il soutient un monde sans armes nucléaires », a déclaré le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, qui espère que des négociations « satisferont les intérêts de la Corée du Nord et de la communauté internationale ».

Mais au-delà de ces condamnations, la question est de savoir quelles mesures le Conseil de sécurité pourraient prendre ? Des sanctions économiques ne seront pas d’un grand effet contre un pays qui vit isolé du reste du monde et ne participe pratiquement pas au commerce mondial.

Le seul effet réel serait d’alourdir les difficultés des citoyens de la Corée du Nord. Des mesures d’interdictions de ventes d’armes seront sans doute prises mais cela ne changera pas la donne. La vraie pression serait un lâchage total de la Chine qui prendrait des mesures de rétorsions économiques. Mais on voit mal Pékin prendre le risque de l’effondrement d’un Etat très militarisé à ses portes.

Par ailleurs, même si la résolution du Conseil de sécurité est prise dans le cadre contraignant du chapitre VII de la charte, une action militaire d’envergure contre la Corée du Nord paraît totalement irréaliste.

La Corée du Nord semble bien entrée, contre la volonté des Américains, dans le Club nucléaire. Le vrai enjeu est de créer une sorte de cordon sanitaire qui éviterait que la Corée du Nord diffuse son « savoir-faire ». Ce serait plus une affaire de renseignement que d’actions militaires.

Mais il est clair qu’on est entré dans une période d’incertitude. Le hasard ne manquant pas d’ironie, c’est le jour même où éclate cette crise nucléaire qui concerne directement la Corée du Sud que son ministre des Affaires étrangères, Ban Ki-moon, a été désigné par les 15 Etats membres du Conseil de sécurité au poste de secrétaire général des Nations unies. Il devra prendre en janvier 2007 la place de Kofi Annan qui s’est dit très «préoccupé».

Par M. Saâdoune - Quotidien d'Oran

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