La Corée du Nord a fait exploser hier sa première bombe atomique
Corée du Nord - Une secousse tellurique de 4,9 sur l’échelle de Richter témoigne de la puissance de l’impact. Après avoir tenu le monde en haleine durant des mois, l’un des derniers bastions du communisme a mis sa menace a exécution et est devenu officiellement la neuvième puissance nucléaire au monde.
La Corée du Nord a donc fait exploser hier sa première bombe atomique vers 1h35 GMT. D’une capacité de 5 à 15 kilotonnes, l’impact a eu lieu sous terre et les responsables nord-coréens ont affirmé que «l’essai nucléaire a été mené avec la réussite à 100% de notre sagesse et de notre technologie».
Annoncée depuis longtemps, la décision de procéder à ce test d’envergure était, il est vrai, redoutée par la communauté internationale, mais les espoirs quant à son report restaient intacts, selon les observateurs de la scène politique asiatique.
Ni les pressions de la Corée du Sud, ni les mises en garde du Japon, ni la volte-face de la Chine n’auront pu dissuader Kim Jong-Il de se lancer dans cette course à l’armement, qui vient désormais de prendre une tout autre proportion. Mais en procédant à ce test, le régime nord-coréen doit bien se douter des réactions qui, aux quatre coins du monde, allaient s’égrener à une vitesse ahurissante.
La Corée du Sud, qui estime être la première victime du nouvel arsenal de sa voisine du Nord, a été l’un des premiers pays à dénoncer vigoureusement le recours à ce type d’armement non conventionnel. Et la source de cette indignation témoigne bien de la gravité de la situation.
C’est le chef d’Etat sud-coréen en personne qui est monté au créneau. «Il s’agit d’une menace sérieuse pour la paix, non seulement pour la péninsule coréenne mais pour la région… Il s’agit également d’une trahison des espoirs que le peuple coréen place dans la dénucléarisation de la péninsule coréenne», a déclaré, furieux, le président de la Corée du Sud, Roh Moo Hyun. Aux côtés du nouveau Premier ministre du Japon, Shinzo Abe, de passage à Séoul, il a averti que son pays ne resterait pas les bras croisés face à la menace qui pèse sur lui.
Malgré les déclarations incessantes de son homologue communiste qui maintiennent que le seul ennemi de Pyongyang reste les Etats-Unis, Roh Moo Hyun n’en démord pas et redoute à présent que la volonté internationale de faire de la péninsule coréenne une zone dénucléarisée devienne une utopie. Car ni les sanctions économiques ni la présence militaires américaine au 37e parallèle (frontière entre les deux Corées) n’auront réussi à empêcher Pyongyang de détenir l’arme nucléaire.
Partout ailleurs, l’inquiétude est rejointe par l’indignation. Prévenue vingt minutes avant l’explosion, la Chine n’en a pas moins condamné elle aussi ce tour de force. Mesurant toutefois son ton vis-à-vis d’un allié, Pékin a appelé de vive voix sa voisine nord-coréenne à s’asseoir à la table des négociations.
A Moscou, la réaction n’est pas moins vigoureuse qu’à Pékin. «La Russie condamne absolument les essais réalisés par la Corée du Nord. Il ne s’agit pas seulement de la Corée, mais du préjudice énorme infligé au processus de non-prolifération des armes de destruction massive dans le monde», selon les mots exacts du président Vladimir Poutine.
Aux Etats-Unis, à l’AIEA et en Europe, on est encore sous le choc qu’a produit la bombe atomique nord-coréenne.
Après les Etats-Unis en 1945, la Russie en 1949, la Grande-Bretagne en 1952, la France en 1960, la Chine en 1964, l’Inde en 1974 et le Pakistan en 1998, c’est au tour de la Corée du Nord de faire une entrée tonitruante dans le club des puissances nucléaires déclarées. Au lieu de se consacrer au développement économique, à enrayer la famine et la catastrophe humanitaire, le président Kim Jong-Il a préféré se consacrer au volet militaire.
Un choix personnel qui, en plus d’avoir choqué le monde, ne fera rien gagner à un peuple exténué par un communisme aussi arrogant qu’agonisant.
Par Mohamed Khaled Drareni - La Tribune
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