Le chef de l’armée britannique préconise un retrait rapide d’Irak
Irak - Jamais, depuis l’invasion de l’Irak en mars 2003, la situation sur le terrain n’aura été aussi compliquée.
Au lendemain de l’adoption au Parlement de la très controversée loi sur le fédéralisme, c’est le chef de l’armée britannique qui jette un pavé dans la mare en préconisant un retrait rapide de ses forces du pays, le tout en plein milieu d’une violence aveugle de jour en jour.
«Les soldats britanniques devraient se retirer rapidement d’Irak car notre présence exacerbe les problèmes de sécurité de la Grande-Bretagne», a affirmé le numéro 1 des forces armées britanniques. Inattendue et certainement avérée, la déclaration du général Richard Dannat démontre une véritable exaspération britannique à vouloir absolument maintenir une présence militaire décriée aussi bien au Royaume-Uni qu’en Irak même.
La rétraction de l’officier britannique survenue aussitôt après la mise au point de Londres ne suffira pas à calmer la tempête causée par cette sortie tonitruante. Déjà accablé pour son intervention en Irak, et pressé de quitter le 10 Downing Street par l’impatient Gordon Brown, le Premier Ministre britannique se voit maintenant confronté à une opposition qui émane du cœur même de son armée.
Mais loin s’en faut pour pousser Tony Blair à avouer ses erreurs et à reconnaître ses échecs en ce qui concerne ce conflit. «Les gens doivent garder en mémoire que nous sommes en Irak à la demande expresse du gouvernement démocratiquement élu d’Irak, pour les soutenir, dans le cadre d’un mandat de l’ONU», a aussitôt rétorqué un porte-parole du Premier Ministre Blair.
Composé de huit mille hommes, le contingent britannique présent en Irak (essentiellement dans le Sud) est le deuxième en termes d’importance après les troupes américaines. Affaibli et surtout laminé par la perte de 111 soldats à nos jours, il voit sans doute en la déclaration du général Dannat un espoir de pouvoir un jour quitter la poudrière irakienne. Mais cette exaspération britannique risque aussi d’affaiblir le coresponsable de cette guerre qui ne dit pas son nom.
George W. Bush, puisque c’est de lui qu’il s’agit, ne devrait pas tarder à régir et à inventer à son tour d’autres arguments aussi ubuesques les uns que les autres pour pouvoir justifier l’injustifiable. Jusqu’à ce jour, aucun responsable militaire américain n’a encore dénoncé l’intervention et la présence américaine en Irak.
Dick Cheney et Donald Rumsfeld devraient veiller à ce que cette éventualité ne voie jamais le jour au moment où les protestations ne cessent de prendre de l’ampleur aux Etats-Unis.
Sur le terrain irakien, la situation reste marquée par l’imbrication des volets politiques et sécuritaires. Le débat sur le fédéralisme ajourné à une date ultérieure, c’est celui sur la sécurité qui resurgit dans le pays.
Hier, l’imam Moqtada Al Sadr a averti tous ses partisans qu’il n’accepterait pas d’actes de violence de leur part. Ambiguë, cette nouvelle déclaration du chef chiite laisserait penser que l’imam ne dénoncerait pas les attaques perpétrées contre les soldats étrangers présents dans le pays. Quant à la liste des tués, elle ne cesse de s’allonger en dépit des appels au calme et du dispositif de sécurité mis au point dans Baghdad et ses alentours. Quatre personnes ont été assassinées hier par des inconnus à Kirkouk dans le nord du pays.
A Hilla, c’est le chef de l’unité d’intervention de la police qui a, lui aussi, été tué par l’explosion d’une bombe. Côté américain, même si la journée d’hier a été clémente pour leurs soldats, elle ne l’aura pas été pour l’état-major de l’armée.
Au moment où les exactions américaines ne sont plus un secret pour personne, c’est un autre épisode qui fait reparler de lui. Terry Lloyd, journaliste britannique à la chaîne de télévision privée ITV, a bel et bien été tué par des tirs américains, le 22 mars 2003, soit deux jours après le début de l’invasion de ce pays. Une autre ombre noire au tableau de l’abjection américaine.
Par Mohamed Khaled Drareni - La Tribune
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