Corée du Nord : Washington se jette dans l’arène
Corée du Nord - Synonyme de terreur et de puissance redoutable, la Corée du Nord semble ne plus faire peur aux Etats-Unis. Au moment où le régime de Kim Jong-Il se montrait plus menaçant que celui de Saddam Hussein, les Américains préféraient envahir l’Irak, plus vulnérable face à l’imprévisible Corée du Nord.
Mais la politique des petits pas engagée par l’administration Bush laisserait penser à une véritable inquiétude américaine quant à l’impact de la résolution 1 718 sur le régime communiste. Fruit d’un consensus historique entre les cinq membres permanents du Conseil de sécurité, cette résolution votée le 14 octobre risque de ne pas avoir d’impact sérieux sur la poursuite du programme nucléaire nord-coréen. Et c’est bien cela qui fait trembler Washington.
Entamée aujourd’hui dans la région, la tournée de la secrétaire d’Etat américaine se veut pour ainsi dire une confirmation de l’engagement asiatique contre la montée en puissance de la Corée du Nord.
Auprès des ses alliés traditionnels, Condoleeza Rice devra passer les troupes en revue et s’assurer de leur détermination à faire barrage aux ambitions nucléaires d’un voisin qui ne cache plus ses velléités de domination.
En Corée du Sud et au Japon, Condoleeza Rice ne devrait avoir aucun mal à convaincre des pays déjà en phase avec la vision américaine. Le plus dur viendra par contre du géant chinois.
L’approbation de Pékin et son vote favorable à la résolution 1 718 condamnant le test nucléaire nord-coréen ne doit pas être interprété comme un changement de cap. Bien au contraire. Avec les Russes, les Chinois auront pesé de tout leur poids afin que nul ne puisse songer à évoquer des sanctions militaires dans la résolution adoptée à l’unanimité le 14 octobre dernier. Pourtant la République populaire se considère également lésée par l’initiative nucléaire de sa voisine de l’Est.
Unique puissance atomique d’Extrême-Orient (depuis 1964), la Chine se voit donc rattrapée par la Corée du Nord, et essaie tant bien que mal de calmer ses ardeurs qui ne cessent d’irriter la communauté internationale. C’est la raison pour laquelle l’étape pékinoise de la secrétaire d’Etat américaine sera sans doute la plus importante de sa tournée asiatique. Débarqué avant elle dans la région, le secrétaire d’Etat adjoint chargé des affaires asiatiques et du Pacifique, Christopher Hill, a eu comme mission principale de convaincre les Etats pivots entourant la Corée du Nord de ramener cette dernière à la table des négociations.
Information vite confirmée par l’ambassadeur américain à Tokyo, Thomas Schieffer. «Si la Corée du Nord reprenait les pourparlers à six, ou si elle annonçait qu’elle est prête à les reprendre, ce serait un développement positif», a déclaré hier le représentant des Etats-Unis au Japon.
Engagées en 2003, les négociations multilatérales sur le programme nucléaire de la Corée du Nord concernent six pays, la Corée du Nord, la Corée du Sud, le Japon, la Chine, la Russie et les Etats-Unis. Hasard des choses ou manœuvre américaine préparée depuis longtemps, le futur secrétaire général des Nations unies est de nationalité sud-coréenne.
Confirmé dans ses fonctions comme successeur de Kofi Annan, Ban Ki-moon a d’ores et déjà proposé ses bons offices dans cette crise. Extrêmement prudent afin de ne pas être taxé de proaméricain avant même d’entrer en fonction, le ministre des Affaires étrangères de la Corée du Sud tend sa main à Pyongyang. «Il ne s’agit pas de donner une légitimité au président Kim Jong-Il ou à la Corée du Nord.
Le but est de servir de médiateur dans un processus de négociations», a affirmé celui qui devra remplacer Kofi Annan dès le 1er janvier 2007. En plus d’être victime de l’animosité de ses voisins, la Corée du Nord devra désormais mettre une croix sur l’impartialité illusoire de l’Organisation des Nations unies.
Par Mohamed Khaled Drareni - La Tribune
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