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Actualité

 

La France, la Turquie et le génocide arménien

 

Assemblée Nationale FrançaiseFrance - «Cris et chuchotements»

Les députés français viennent d’adopter par 106 voix pour et 19 voix contre, la proposition de loi punissant toute personne niant la réalité du génocide arménien de 1915, dans une Assemblée qui compte 577 membres, dont une majorité était bizarrement absente lors du vote. La France est le cinquième fournisseur de la Turquie avec un volume d’échange de près de 5 milliards de dollars.

Les socialistes dépositaires du fameux projet de loi sortent vainqueurs de ce « combat » qui ne constitue en fait qu’un texte complémentaire à une loi de 2001 marquant la reconnaissance du génocide arménien.

Le Premier ministre Dominique de Villepin s’est démarqué ainsi que son gouvernement, en déclarant qu’il n’est «pas une bonne chose que de légiférer sur les questions d’Histoire et de mémoire». Tiens donc ! Pourtant il n’en avait pas été autrement lors de la fameuse loi de février, ayant trait justement à l’Histoire.

Mais l’Algérie c’est autre chose, nous dira-t-on, et comme elle ne prétend à aucun prix Nobel, du moins en termes de compétitions internationales où les choses sont beaucoup plus sérieuses, on peut se passer d’en parler. L’Algérie se lève toujours tard et se couche plus tôt que prévu.

Le prix Nobel ne fait peut-être pas l’unanimité autour de son importance, mais il reste tout de même une référence internationale. Drôle de coïncidence à ce propos, le vote français est intervenu le jour de l’attribution du prix Nobel de littérature au romancier turc Orhan Pamuk.

Ce romancier de valeur et qui a eu le courage d’aller en sens inverse des positions officielles de son pays, avait été critiqué pour avoir pris la défense de la cause arménienne au moment où les Français n’abordaient la question qu’émotionnellement. Il se sentait obligé intellectuellement de se libérer d’une dette que sa génération n’avait pas contractée. Pour passer aux choses sérieuses, l’avenir de son pays.

Cela lui a valu et lui vaut encore d’être qualifié de traître à la nation. Cela rappelle l’attribution du même qualificatif à tous ceux qui, par leurs idées, considèrent que le recul de la liberté de pensée se traduit toujours par une régression sociale. A leurs risques et périls, sachant qu’il n’est pas facile d’aller à contre-courant des thèses d’un pouvoir difficile, voire impossible à critiquer.

En 99, Orhan avait déclaré « quand on essaie de réprimer les souvenirs, il y a toujours quelque chose qui revient, je suis ce qui revient ». Cela est à son honneur, mais les périodes électorales françaises semblent cependant éveiller de royales démangeaisons par les temps qui courent.

Il n’est question ici ni de défendre les positions de Pamuk ni de les condamner, mais de simplement rappeler que la tournure prise par certains événements ne doit pas nous précipiter dans des prises de positions qui vont à l’encontre de la liberté au seul profit de la seule censure.

Nous pourrons probablement un jour parler du génocide libanais par l’armée israélienne et du silence des socialistes français à ce propos comme à propos de la guerre d’Algérie d’ailleurs. Ce même silence par lequel nos parlementaires se sont longtemps distingués. D’autant que les historiens et autres acteurs de l’Histoire se préoccupent d’autre chose que la vérité. D’autant que les chuchotements ont horreur de la surdité.

Par Ahmed Saïfi Benziane - Quotidien d'Oran

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