Appel à La Mecque pour l’arrêt des violences en Irak
Irak - Chiites-sunnites : l’indispensable réconciliation.
Du haut de leurs 3 000 ans d’histoire, les Irakiens ne cessent aujourd’hui de plonger dans les bas-fonds de la décadence et de la violence. En dépit de son illégitimité, l’invasion du pays, en mars 2003, avait ramené l’espoir d’une véritable démocratisation du pays.
Trois ans et demi plus tard, le bilan est effroyable.
Attentats, exécutions sommaires et luttes fratricides ensanglantent un quotidien plus incertain que jamais. Des dizaines de milliers d’Irakiens ont trouvé la mort depuis le début de cette troisième guerre du Golfe, le tout aggravé par une souveraineté piétinée par des mauvais samaritains.
Après les réunions de Bruxelles, de Amman et du Caire, c’est à La Mecque qu’ont planché les représentants de l’OCI (Organisation de la conférence islamique) sur la situation dramatique qui prévaut dans le pays. Réunis dans la première ville sainte de l’islam, les représentants des communautés chiites et sunnites d’Irak se sont efforcés à transcender leurs désaccords et à mettre de côté une vieille rivalité.
Fait unique et certainement à l’origine du succès de cette rencontre, l’assentiment et la coopération de toutes les sensibilités présentes en Irak. De Ali Sistani à Mouqtada Al Sadr, les principaux ténors du chiisme ont accordé leur bénédiction à cette conférence pour la paix.
Quant aux sunnites, ils ont, eux aussi, fait abstraction de leur opiniâtreté légendaire. «Ce qui se passe en Irak n’est pas une guerre civile, ce sont des crimes perpétrés par diverses parties connues, qui ont des objectifs et des visés hostiles au peuple irakien», a affirmé, à l’issue de la rencontre, le sunnite Hareth Dari le chef du Comité des ouléma musulmans.
Apportant sa touche personnelle au document final, le secrétaire général de l’Organisation de la conférence islamique, le Turc Ekmeleddin Ihsanoglu a tout fait pour mettre les participants devant le fait accompli en les exhortant à s’unir et à éviter les querelles futiles.
«L’OCI n’a pas de baguette magique, ni l’OCI ni aucune autre partie n’ont un pouvoir sur les consciences des gens», a déclaré hier à La Mecque Ihsanoglu. Le président des Etats-Unis, quant à lui, pense décidément le contraire. Croyant avoir un réel pouvoir sur la population irakienne, il a assuré hier que sa détermination était sans faille pour lutter contre ceux qu’il qualifie de terroristes.
Depuis que les premiers GI ont foulé le sol irakien, le 20 mars 2003, les allocutions et discours de George W. Bush sont presque entièrement consacrés à la situation dans ce pays. «Il y a une chose que nous ne ferons pas : nous ne retirerons pas nos troupes du champ de bataille avant que la mission ne soit accomplie», a dit le président américain dans une allusion aux appels qui le pressent à quitter un bourbier non moins grave que le bourbier vietnamien.
Désarçonné par les proportions inattendues que cette guerre a prises, le président des Etats-Unis sait bien aujourd’hui qu’il est le seul responsable d’une possible défaite de son camp aux prochaines élections. Jamais le Parti républicain n’aura été aussi incertain de tenir le coup lors d’un scrutin législatif.
Disposant actuellement de la majorité absolue dans les deux chambres du Congrès (227 sièges sur 435 à la Chambre des représentants et 51 sièges sur 100 au Sénat), les Républicains s’apprêtent à affronter des Démocrates requinqués par l’impopularité de Bush et par l’excellente aura de Hillary Clinton. Pressentie pour remporter les primaires de son parti, l’ex-Première dame des Etats-Unis pourrait, à l’en croire, remporter sans difficultés aucune les présidentielles de novembre 2008.
Et l’Irak sera encore et sans nul doute l’unique priorité de la future administration qui s’installera à la Maison-Blanche. Avant que ces vingt-quatre mois ne s’écoulent, des milliers d’Irakiens tomberont encore sous la barbarie de leurs compatriotes et des forces occupantes, le tout couvert par l’impuissance ignoble de la communauté internationale.
Par Mohamed Khaled Drareni - La Tribune
|