La guerre du Liban continue de bouleverser la scène politique israélienne
Ehud Olmert n’est pas Golda Meïr. Après la sortie peu honorable de l’armée israélienne de la guerre de 1973, le Premier ministre de l’époque n’avait pu tenir que quatre mois avant de jeter l’éponge.
Trente-trois ans plus tard, la situation est on ne peut plus différente, et cela pour deux raisons apparentes. La première est que, cette fois-ci, la mythique puissance militaire israélienne n’a pas été ébranlée par une armée régulière, mais par un mouvement paramilitaire, le Hezbollah.
Et la seconde est que le Premier ministre, Ehud Olmert, ne veut apparemment pas reconnaître deux choses, l’une est que son pays est une démocratie et qu’il doit se conformer à ses règles, et l’autre, reconnaître sa défaite face aux miliciens chiites libanais.
Et cet échec israélien commence à déteindre sur la classe politique, et surtout sur le cabinet de Ehud Olmert.
L’alliance de fer passée entre Kadima et le Parti travailliste au lendemain des législatives de mars dernier connaît actuellement des temps difficiles.
Désarçonné par l’humiliation du 14 août (cessez-le-feu de la guerre du Liban), le Premier ministre israélien est allé chercher de nouveaux soutiens à l’extrême droite.
Empêtré dans une monumentale crise de confiance, Ehud Olmert a décidé contre toute attente de s’allier avec un parti politique très bien ancré en Israël. Yisraël Beiténou, puisque c’est de lui qu’il s’agit, est un mouvement politique qui se veut être le porte-parole de la communauté russophone israélienne. Dirigé par Avigdor Leiberman, il a su profiter de l’arrivée massive de juifs russes après l’effondrement de l’URSS et le démembrement programmé du bloc communiste.
Grandissant de jour en jour, cette communauté vivant dans l’Etat hébreu devient un atout majeur pour les politiciens avides d’appuis, particulièrement à l’approche d’élections capitales. Maillon faible du gouvernement Olmert, le ministre de la Défense, Amir Peretz, montre, lui, des signes d’agacement à l’annonce de ce rapprochement Olmert-Leiberman.
Tergiversant à son habitude, celui qui est sans doute le plus mauvais ministre de la Défense de l’histoire israélienne n’a toujours pas décidé s’il devait ou non quitter le gouvernement actuel. En dépit de ses 19 sièges à la Knesset, le Parti travailliste reste tout de même une pierre capitale dans l’édifice gouvernemental.
Celui qui n’a eu aucun mal à troquer son costume de syndicaliste pour celui de chef d’une armée criminelle passe maître dans l’art du chantage.
Amir Peretz aurait conditionné son maintien dans le gouvernement à l’obtention d’un nouveau portefeuille ministériel, en l’occurrence celui ayant trait à la gestion des affaires de la communauté arabe d’Israël.
Avigdor Leiberman pourrait, quant à lui, hériter d’un poste bien plus important. Le chef de Yisraël Beiténou devrait être nommé vice-Premier ministre chargé des affaires stratégiques. Inexistant jusque-là, ce poste des affaires stratégiques remettra sans doute en selle la communauté russophone et l’introduira dans les arcanes du pouvoir.
Pendant ce temps, la puissance israélienne poursuit son acharnement aussi bien politique que militaire dans les territoires palestiniens. Exténués par les intrusions israéliennes, d’une part, et par le conflit fratricide Hamas-Fatah, d’autre part, la population palestinienne, plus désemparée que jamais, tente de survivre dans l’adversité.
La formation d’un gouvernement d’union nationale qui était la priorité des responsables politiques s’est vue ajournée par l’enlèvement d’un photographe espagnol. Emilio Morenatti, photographe à l’agence de presse américaine Associated Press, a été libéré mardi soir, quelques heures après son rapt par des ravisseurs palestiniens.
A défaut d’être mort, le processus de paix au Moyen-Orient est décidément bien à l’agonie.
Par Mohamed Salah Boureni - La Tribune, le 26 octobre 2006.
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