Sortir l’Algérie de sa vulnérabilité
Algérie - Pour faire prendre conscience à l’interlocuteur le moins disposé, de la gravité de la situation de vulnérabilité dans laquelle se trouve le pays, malgré son aisance financière présente, il suffit d’en référer à la sécheresse de deux chiffres: celui de deux milliards et demi de dollars représentant la facture des importations des seuls produits alimentaires et celui de huit cent cinquante millions de dollars totalisant la valeur des exportations nationales hors hydrocarbures.
Quels que soient les convictions politiques et le projet de société que les uns et les autres soutiennent, c’est mettre un terme à cette vulnérabilité qu’il nous faut fondamentalement nous atteler en priorité. Tous les gouvernants qui se sont succédé au pouvoir ont déclaré faire de cette problématique la ligne directrice de leurs programmes.
Il suffit pourtant que la manne pétrolière se rétrécisse pour que l’Algérie plonge aussitôt dans le marasme et l’impossibilité de faire face au minimum vital de ses besoins. L’actuelle équipe dirigeante du pays a pris le même engagement et présente son programme et ses actions comme devant sortir le pays de sa dépendance vis-à-vis du pétrole.
Perspective à laquelle ne croient pas l’opposition et nombre de spécialistes des affaires économiques pour qui ses choix et sa démarche ne mènent pas à cette voie. Depuis 1999 l’Etat, dont les finances sont dopées par la hausse des prix des hydrocarbures, injecte des sommes colossales pour provoquer et soutenir la relance et la croissance économiques.
L’Algérie est, de ce fait, devenue un gigantesque chantier grâce à la programmation de centaines de projets dont certains pharaoniques. Ce volontarisme économique de l’Etat ne fait pas, pour autant, l’unanimité. Ses détracteurs lui font grief de ne pas viser à la mise en place d’une économie productive seule susceptible de sortir le pays de sa dépendance à l’égard de ses ressources énergétiques et de lui assurer le développement durable.
Autant dire qu’ils ne considèrent pas les projets initiés par l’Etat et leurs investissements colossaux consacrés à cet effet, comme devant atteindre cet objectif même si néanmoins ils n’en contestent pas la nécessité. L’Algérie est, grâce à son aisance financière momentanée, dans une situation où elle a une chance ultime de réaliser son décollage économique. Faudrait-il que ses dirigeants sachent comment y faire pour parvenir.
A tort ou à raison Bouteflika et ses conseillers ont crû pouvoir l’assurer en comptant sur les investissements privés nationaux et étrangers. Les résultats en la matière sont plus que décevants. Il leur reste la manne pétrolière. Il s’agit de savoir s’ils vont la consacrer à perpétuer la redistribution de la rente, où s’ils vont la mobiliser pour sortir définitivement le pays de l’impasse.
Si c’est le deuxième terme de l’alternative qui fonde la vision et l’objectif du président de la République pourquoi ne prendrait-il pas l’initiative d’un débat national sur la stratégie à mettre en oeuvre? Une oeuvre aussi déterminante pour l’avenir national mérite qu’elle soit engagée sur la base d’un consensus le plus large possible sur la voie et les choix à adopter pour la réaliser.
Par Kharraoubi Habib - Quotidien d'Oran, le 26 octobre 2006.
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