L’Europe veut ressusciter le processus de paix
Europe - Javier Solana appelle à une reprise des négociations israélo-palestiniennes. Ceux qui connaissent bien les rouages de la politique américaine se demandent encore comment Washington a pu accepter que Javier Solana qui a dirigé par le passé l’OTAN s’occupe aujourd’hui de la diplomatie européenne.
Personnage haut en couleur, le Haut représentant de la politique étrangère de l’UE continue à irriter par son impartialité légendaire, et surtout par sa recherche constante du compromis.
En plus de s’occuper du dossier iranien, le diplomate espagnol se consacre désormais à la crise du Moyen-Orient. Et c’est pourquoi il s’est rendu jeudi dernier dans les territoires palestiniens et en Israël.
A Ramallah, ce sont des propos quasi historiques qui ont été tenus.
«Le peuple palestinien a beaucoup souffert et souffre encore, et il est temps que l’occupation commencée en 1967 prenne fin», a lancé Javier Solana en compagnie d’un Abou Mazen surpris et rassuré à la fois.
Lucide jusqu’au bout, le représentant de la Commission européenne ne niera pas la responsabilité israélienne dans le drame que vit actuellement la population palestinienne. Jamais de mémoire européenne, un aussi haut responsable n’a été aussi explicite concernant l’occupation qui dure depuis le troisième conflit israélo-palestinien.
Entamée en juin 1967, la colonisation des terres arabes a, de tout temps, été la pierre angulaire du différend entre l’Etat hébreu et les mouvements palestiniens. Ni la résistance féroce de l’OLP (Organisation de libération de la Palestine) ni les réprimandes internationales n’auront suffi à la freiner et à ramener les responsables israéliens à la raison. Près de quarante ans après, rien n’a changé.
Pis encore, les terres palestiniennes s’effilochent de plus en plus face à la politique aveugle des gouvernements israéliens successifs.
Colonisation de masse, construction du mur de sécurité et intrusions à répétition des troupes, ont dû également être au menu des discussions qu’a eues l’émissaire européen à Jérusalem.
Ne cachant pas son amertume face à autant d’intransigeance, Javier Solana s’est déclaré déçu par ses entretiens avec les protagonistes israéliens de la crise au Moyen-Orient. Tour à tour avec Shimon Peres, Tzipi Livni et Ariel Sharon, l’heure était aux critiques à peine voilées d’une politique que nombre d’observateurs qualifient de suicidaire.
Mais essayant tout de même de faire triompher une neutralité vieille de cinquante trois ans, le chef de la diplomatie européenne insistera sur l’obligation de faire revivre le processus de paix.
«Nous, Européens, sommes plus que jamais attachés à une relance du processus de paix israélo-palestinien, au point mort depuis plusieurs années […] nous devons le faire avancer, l’appliquer. Il faut parcourir cette route jusqu’au bout», a lancé Solana plus optimiste que certains de ses interlocuteurs.
L’ancien secrétaire général de l’OTAN fera aussi des déclarations rassurantes sur les tractations interpalestiniennes concernant le futur gouvernement. Selon lui, le président Mahmoud Abbas s’apprêterait à annoncer un nouveau cabinet d’union nationale avec le Hamas.
Quant à Ismaïl Haniyé, il semble encore payer le prix de la démocratie palestinienne. Victime de l’obstination du Fatah et de ses caciques, il continue à se battre pour que soit respectée la volonté populaire qui s’est prononcée lors des législatives du 25 janvier dernier.
Parallèlement à cela, le Premier ministre palestinien se démène pour obtenir la libération du soldat israélien enlevé le 25 juin dernier. Après avoir renoncé à la violence, et investi l’arène politique, le Hamas veut désormais donner l’image d’un mouvement capable de respecter ses engagements. Il en va de sa crédibilité, et de celle de la vraie résistance palestinienne.
Par Mohamed Khaled Drareni - La Tribune, le 28 octobre 2006.
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