L’Europe, les élites arabes prédatrices et la réforme
Europe - Réformer le monde arabe?
Pour l’Europe des marchands et des Etats, totalement fascinée ou obnubilée par l’islamisme, cela n’est guère une priorité. Le 11 septembre 2001 est passé par là et la «realpolitik» a fait que l’on s’accommode volontiers de ce qu’il y a dans le voisinage sud.
Cette «realpolitik» a eu une traduction saisissante dans les territoires palestiniens où l’Europe, dans un alignement sans faille derrière les Etats-Unis, a imposé une punition collective aux Palestiniens coupables d’avoir «mal voté».
C’est ce plat réalisme de l’Europe qui rend si étonnant de découvrir dans le blog d’un responsable du parti radical européen des informations sur le fait que le parlement européen a entamé ou serait sur le point de le faire, des discussions sur le rôle que pourrait jouer l’Union européenne dans la promotion de changements démocratiques dans le monde arabe.
Michel Rocard en serait le rapporteur tandis que le très dynamique député Marco Cappato aurait la charge de gérer le dossier et d’amasser des idées à traduire en initiatives politiques et parlementaires à Bruxelles.
Dans quel sens iront ces idées, l’auteur du blog semble nous indiquer la direction en mettant en ligne une étude de Pascal Menoret, un agrégé de philosophie et réel connaisseur du monde arabe, intitulée: «Les élites arabes -points d´entrée pour des réformes».
L’étude commandée par le parlement européen ne l’engage pas mais elle est, néanmoins, très instructive car elle se fonde sur un constat implacable de l’inefficacité et de l’inaptitude des «élites gouvernementales arabes» à conduire les réformes. Le processus de Barcelone est critiqué car, fondé sur un «schéma européano-centré» pour des pays sans «rationalité administrative, ni transparence, ni bonne gouvernance».
Pascal Ménoret n’y va pas par quatre chemins et estime que l’aide européenne a le plus souvent servi de «ressource politique ou financière aux élites les plus rétives à la réforme».
Quatre idées sont saillantes dans l’étude: une politique de réforme fondée sur des pouvoirs autoritaires est condamnée à l’échec, les réformes économiques de structures n’entraîneront pas une libéralisation politique, une contestation du discours de la «spécificité» des espaces politiques arabes qui sert de socle à la politique du statu quo et enfin une redéfinition de la notion de réforme devenue, selon l’auteur, un des prétextes des régimes arabes pour «justifier l’absence de réformes»
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L’étude souligne, de manière lourde et insistante, la disqualification des élites au pouvoir, qualifiées de «violentes, prédatrices, casanières» et préconise que l’Union européenne s’intéresse à d’autres interlocuteurs dans le monde arabe, surnommés les «élites cadettes», qui se forgent dans l’informalité car l’espace politique est verrouillé.
L’auteur préconise une politique plus offensive de soutien aux oppositions contre les régimes autoritaires, une politique européenne pour le monde arabe qui soit indépendante des doctrines diplomatiques des Etats nationaux, (notamment la France et la Grande-Bretagne).
Il préconise également de conditionner les aides économiques au respect des droits de l’Homme, de revoir les mécanismes d’observation de la vie politique arabe afin de ne plus se contenter des canaux officiels et diplomatiques et de ne plus considérer les parlements arabes comme des institutions représentatives.
Cette étude qui va, sans doute, susciter des réactions hostiles des gouvernements arabes, risque, en vérité, d’embarrasser davantage l’Union européenne. Car à la lire attentivement, cette étude qui inclut les islamistes parmi les interlocuteurs arabes potentiels, représente, de manière évidente et claire, l’antithèse absolue de l’actuelle politique européenne à l’égard du monde arabe.
Par K. Selim - Quotidien d'Oran, le 28 octobre 2006.
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