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La République démocratique du Congo vit son premier scrutin présidentiel pluraliste

Joseph KabilaCongo - Le pays de Mobutu deviendrait-il une démocratie ?

La démocratie n’est, semble-t-il, pas l’apanage des dirigeants africains. Parmi la foule immense de dictateurs dont regorge le continent noir, un nouveau pourrait prendre les rênes du troisième plus vaste pays d’Afrique.

Après un processus de transition des plus laborieux, la République démocratique du Congo a pu, contre toute attente, organiser une élection présidentielle en bonne et due forme.

Entamé par un premier tour au mois de septembre dernier, ce scrutin, pour le moins historique, devrait donner une légitimité incontestable au nouvel homme fort de Kinshasa. Joseph Kabila et Jean-Pierre Bemba, les deux duellistes de ce second tour ont eu du mal à s’accommoder de la pratique démocratique et à renoncer au langage des armes qui aura fait des dizaines de morts en deux mois.

Condamnés à s’entendre, ils auront, jusqu’au bout, été sommés de respecter les règles les plus élémentaires d’un scrutin transparent. La communauté internationale, quant à elle, aura déployé tout son arsenal d’ingérence et d’instructions en tout genre pour, d’une part, obliger le président sortant à respecter ses engagements, et d’autre part à rassurer son outsider pour qu’il ne soit pas victime de fraude électorale.

Commencées hier au matin, les opérations de vote se sont bien déroulées dans l’ensemble. 25 millions de Congolais sont appelés à départager les deux candidats arrivés en tête du premier tour, mais aussi à désigner leurs députés, qui à leur tour voteront pour élire les gouverneurs de régions et quelques sénateurs. Mais ce n’est pas l’élection en elle- même qui suscite aujourd’hui de l’inquiétude, mais ce qui devrait en résulter.

Attendus avec une immense appréhension, les résultats définitifs de ce scrutin crucial devraient être annoncés le 19 novembre prochain, et c’est bien cette date qui pourrait constituer un tournant dans l’histoire de ce pays. Entre la victoire de Joseph Kabila, ou le triomphe plus surprenant de Jean-Pierre Bemba, les Congolais et la communauté internationale redoutent que le choix des urnes ne soit finalement pas respecté.

Déjà sous le feu de la discorde, l’ex-Zaïre avait connu deux journées particulièrement violentes au lendemain du premier tour des présidentielles. A l’arme lourde, les partisans du Président et du vice-Président avaient dénoncé à leur manière les résultats du premier tour, et avaient déclenché une campagne de violence malgré la présence dans le pays de plus de 19 000 soldats étrangers.

Organisé sous haute surveillance le dernier volet de cette élection capitale est aussi une affaire que la communauté internationale prend très au sérieux. Les effectifs sont pour le moins impressionnants. 17 000 Casques bleus de l’ONU, 1 400 soldats européens, 80 000 policiers congolais, auxquels s’ajoutent un millier d’observateurs étrangers venus scruter un vote primordial.

Malgré ce dispositif titanesque, la Mission des Nations unies en République démocratique du Congo (MONUC) a déploré hier la mort d’une personne dans la ville de Bumba, dans le nord-ouest du pays. Dix ans après la chute du régime de Mobutu, le géant africain aux pieds d’argile tente de survivre contre vents et marées. Face aux endémies, à la pauvreté et au voisinage hostile, la démocratie est devenue aujourd’hui l’unique issue de secours pour un peuple désespéré.

Par Mohamed Khaled Drareni - La Tribune, le 30 octobre 2006.

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