Algérie : Rabah Kébir met de l’eau dans son discours
Algérie - « Nous voulons bâtir une démocratie sur des standards internationaux. Nous ne voulons plus retourner au FIS des années 1990», lorsque ce parti prônait l’instauration d’un Etat islamique, y compris par le djihad.
Ces propos ont été tenus hier par Rabah Kébir, l’ancien responsable du Front islamique du salut (FIS, dissous), lors d’une conférence de presse tenue à Alger. En se démarquant de la sorte de toute option préconisant la création d’un Etat islamique, l’ancien chef de la délégation exécutive du FIS à l’étranger veut certainement donner des assurances à ceux qui restent frileux à l’idée que les anciens du FIS peuvent, un jour, réintégrer la vie politique.
Accompagné de l’ancien chef de l’Armée islamique du salut (AIS), Madani Mezrag, Rabah Kébir, n’a, par ailleurs, pas caché son intention de créer un parti même s’il a souligné que, pour le moment, la situation politique actuelle ne le permettait pas. Rentré au pays le 17 septembre dernier après 14 ans d’exil en Allemagne, au profit des dispositions de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale, Rabah Kébir confirme les déclarations qu’il avait faites le 22 octobre dernier à la maison de la presse Tahar Djaout.
«Vous voyez que je suis là et personne ne m’empêchera d’exercer des activités politiques», avait-il rétorqué à une question relative à l’interdiction des responsables du parti dissous de faire des déclarations politiques. Une façon comme une autre de faire savoir, que désormais, il demeure incontournable lorsqu’il s’agit de parler du parti frappé d’interdiction.
En se donnant le droit d’exprimer sa conception de l’Etat algérien, l’ancien responsable du parti dissous lance un nouveau message à ses rivaux de l’ex-FIS, notamment Ali Benhadj, Boukhamkham et Anouar Haddam, qui ont très mal réagi à sa première sortie médiatique depuis son retour d’exil. En effet, depuis qu’il a foulé le sol algérien, le 17 septembre dernier, en provenance d’Allemagne, Rabah Kébir n’a cessé de soulever l’ire de ses compagnons d’hier qui l’accusent d’avoir passer un deal avec le pouvoir dans l’intention de leur porter le coup de grâce.
On se souvient quand Benhadj, très déçu par la tournure des évènements, a publiquement dénié le droit à Kébir de parler au nom du parti et a appelé au recours au congrès pour toute décision concernant l’ex-FIS. Tout comme d’ailleurs Boukhamkham et Haddam qui, eux aussi, ont senti le vent tourner du côté du fils de Collo dont le soutien indéfectible, avant son retour d’exil, à la charte pour la paix et la réconciliation avait désabusé ses compagnons qui eux avaient émis des réserves sur le contenu de la loi proposée par le président de la République pour sortir le pays de l’engrenage de la violence.
Si certains dirigeants du parti dissous, notamment les politiques, adoptent jusqu’à l’heure actuelle, la stratégie «wait and see», les militaires, en revanche, tels Madani Mezrag et Benaïcha prêtent allégeance à Rabah Kébir.
Rabah Kébir a déjà fait part à la presse de ces dissensions, notamment avec Ali Belhadj.
«Nous avons longuement discuté et je suis certain que nos différends se dissiperont avec le temps, mais il en faudra beaucoup», avait-il récemment affirmé à la presse. Point de discorde entre les deux hommes: le numéro deux de l’ex-FIS, comme l’indique son itinéraire au sein de ce parti, s’est toujours affiché contre toute proposition de sortie de crise émanant du pouvoir, contrairement aux autres membres influents du même parti.
Avec cette nouvelle «offensive» médiatique, le responsable de l’instance exécutive de l’ex-FIS à l’étranger, tente de récupérer la base du parti dissous et créer, le cas échéant, une autre formation politique pour justement couper l’herbe sous les pieds de ses adversaires.
Par H. Barti - Quotidien d'Oran, le 30 octobre 2006.
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