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La France d’en bas a un destin particulier

Emeute banlieueFrance - Elle exprime une fois de plus violemment son désaccord avec le pouvoir, dès qu’il dépasse les limites imposées par le code commun d’un pays, qui a choisi la liberté, l’égalité et la fraternité, comme principes de base d’une démocratie républicaine acquise au prix fort.

Il en a été ainsi en Mai 68, dont les effets ont déferlé sur l’ensemble du continent européen, remettant en cause l’ordre établi, réclamant une plus grande liberté au plan des idées, des rapports humains et se traduisant par plus de production intellectuelle par la suite.

Cela fait 38 ans et le pays en a tiré le plus grand bénéfice, particulièrement concernant le regard porté sur les femmes, qui se sont imposées sur le terrain politique par la lutte contre la discrimination dont elles souffraient. Le principe de parité en est l’aboutissement le plus significatif.

Une autre France se révolte aujourd’hui, celle des banlieues, architecturalement productrice de violence et économiquement dépourvue de toute possibilité d’espoir, marginalisée par une autre discrimination dont le faciès constitue la partie visible de l’iceberg, l’appartenance culturelle et religieuse la partie invisible mais la plus parlante aux politiques, qui refusent de plonger dans le dossier pour mieux la comprendre.

Le résultat en est qu’à dix minutes de Paris, la propriété privée est soumise à des actes de destruction de lieux et de véhicules représentatifs de fantasmes refoulés. Les écoles qui n’ont pas su tracer le chemin difficile de l’intégration avec 45 % d’échec scolaire, les centres commerciaux perçus comme de simples étalages, narguant les sans-emploi évalués à plus de 50% d’une population issue de l’immigration, les voitures, symbole d’évasion et de réussite sociale, sont passées par le feu pour exprimer une demande à un gouvernement qui saura sans nul doute en tirer les leçons, une fois le calme revenu.

Une fois de plus. Ces événements, qui ne justifient aucunement une violence qui risque d’échapper à la compréhension, rappelleront aussi le soutien à Chirac par ces banlieues, appelées pour les besoins d’une terminologie en panne «les quartiers difficiles», lorsque la France a failli tomber dans les bras du Front National.

Ils permettront probablement de réviser la copie d’un pacte social, devenu imparfait avec le temps, en prévoyant quelques lignes à la pénalisation des entreprises inconscientes, poussant les pouvoirs publics à décréter que des curriculum vitae soient anonymes et sans photos. C’est là précisément une reconnaissance d’un racisme qu’on se garde de cacher légalement et qui ne répondra à aucune des intentions du gouvernement, si tant est que ces intentions soient bonnes.

Il y va de l’avenir de la France et de celui de sa place dans une Europe en construction sur la base de valeurs humaines si chères au pays des «Droits de l’Homme». L’Europe observe, l’Europe attend. Si la France oublie que les jeunes des banlieues sont français, elle aura eu un rappel violent pour réclamer des droits constitutionnels élémentaires.

Libre à ceux qui croient en une manipulation à grande échelle soutenue par un mouvement islamiste, d’apporter les preuves de leurs accusations. Libre à ceux qui s’apprêtent à une course électorale en faisant fi du respect de l’autre, de pratiquer le suicide politique avant terme.

S’appeler Mohamed ou Babacar n’a jamais été le signe exclusif de l’islamisme ni moins encore de l’appartenance à une France de souche. D’ailleurs qui est français de souche et quel est l’intérêt qui peut lui être accordé à cette distinction, dans un pays qui s’enorgueillit de son métissage culturel ?

Par Ahmed Saïfi Benziane - Quotidien d'Oran, le 30 octobre 2006.

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