Algérie : Trois morts, 24 blessés et des dégâts près d'Alger
Algérie - Deux camions bourrés d’explosifs ont explosé dans la nuit de dimanche à lundi, à un intervalle de dix minutes, au niveau de Reghaïa et de Dergana à une trentaine de kilomètres à l’est d’Alger, ciblant le commissariat pour la première ville et une caserne de la BMPJ pour la seconde.
La première déflagration a eu lieu exactement à 23 h 49 mn devant le commissariat de Reghaïa et a été entendue même à Alger et Boumerdès, attestent certaines sources.S’ensuivirent alors plusieurs coups de feu.
Durant près d’une minute environ, l’écho de la première déflagration d’une puissance inouïe retentissait encore dans les oreilles des habitants sur un rayon de plusieurs kilomètres.
A minuit, une deuxième explosion déchire encore une fois le silence de la nuit, semant une véritable psychose au sein de la population. Sous un brouillard à couper à la tronçonneuse, en dehors des riverains immédiats des lieux des attentats personne en ce moment-là n’était en mesure de savoir avec précision ce qui venait vraiment de se produire.
Ce n’est que vers 1 heure du matin que les premières nouvelles commencent à tomber. Le commissariat de Reghaïa venait d’être la cible d’un attentat terroriste.
Des témoins oculaires racontent que la déflagration a provoqué la destruction de toute une façade du commissariat.
Les vitres des habitations sur un rayon de 500 mètres ont volé en éclats. Une quinzaine de véhicules stationnés à proximité du commissariat ont été complètement détruits. Un citoyen qui passait par hasard par là a été complètement déchiqueté par l’explosion. Une Peugeot 607 à bord de laquelle se trouvaient un homme et son épouse sera également sérieusement endommagée.
La femme sera grièvement blessée et devait subir hier une intervention chirurgicale. Sérieusement touchés, six policiers qui assuraient la permanence seront pareillement blessés et évacués vers les différents hôpitaux de la capitale, à l’instar des autres victimes civiles.
D’après des sources sécuritaires, les terroristes au nombre de trois sont arrivés à bord d’un camion de marque Daihatsu et l’ont abandonné devant le commissariat en tirant dans tous les sens dans le but, semble-t-il, d’attirer les policiers dehors. Quelques secondes plus tard, ils ont actionné le détonateur provoquant l’énorme explosion. Les roues du camion ainsi que des pièces du moteur ont été récupérées à plus de 300 mètres du lieu de l’attentat.
Au petit matin, tout le quartier où a lieu l’acte terroriste à Reghaïa était bouclé. Des cordons de sécurité ont été installés tout autour du commissariat. Malgré le nettoyage la nuit même de tout le quartier, des débris, des pièces de voitures calcinées, des lampadaires et des morceaux de verre jonchaient encore le sol à notre arrivée sur les lieux, particulièrement derrière le commissariat.
La bâtisse était complètement éventrée sur une face qui a été dissimulée sous un énorme film plastique noir. L’entrée principale du commissariat situé côte à côte avec le siège de la BMPJ était également cachée par des panneaux en bois. Des policiers en tenue ainsi que la police scientifique continuaient de relever des indices. Mis à part les services de sécurité, personne ne pouvait accéder au lieu de l’attentat.
Des centaines de badauds se sont agglutinés tout autour et scrutaient le moindre fait et geste des policiers. En ville, malgré le drame, des policiers continuaient toujours à réguler la circulation au niveau des carrefours.
A Dergana, le même scénario macabre a été mis au point par les terroristes. Un camion de même marque, volé d’après des sources concordantes il y a quelques jours à Boudouaou, a été placé derrière une caserne de la BMPJ.
L’explosion qui a eu lieu dix minutes après celle de Reghaïa a fait un cratère de 4 mètres et provoqué la destruction partielle de toute une villa située à proximité de la BMPJ. Plusieurs autres habitations ont été endommagées par le souffle de l’explosion du camion bourré, semble-t-il, des mêmes explosifs, puisque la détonation a été entendue pareillement à des kilomètres à la ronde.
Selon des riverains, dans la villa touchée sérieusement par la déflagration se trouvaient une femme et ses enfants. La mère grièvement atteinte aurait succombé à ses blessures, attestent les mêmes sources. Plusieurs véhicules ont été également détruits par l’explosion qui a ciblé les éléments de la BMPJ de Dergana à 28 km environ d’Alger. Des photographes de la presse nationale ont trouvé du mal à approcher le site de l’attentat.
L’accès leur a été strictement interdit. Il a fallu attendre 15 heures pour qu’un communiqué laconique donne enfin la version officielle. D’après la police, les deux attentats ont provoqué le « décès de trois personnes dont une femme ainsi que 24 blessés dont la majorité ont regagné leur domicile ». Le même communiqué fait état d’une opération de recherche et qu’une enquête a été ouverte pour l’identification et l’arrestation des auteurs.
La police ne mentionne nulle part dans son communiqué s’il s’agit d’un acte terroriste. Il faut noter par ailleurs qu’Alger n’a pas connu ce genre d’attentat au véhicule piégé depuis au moins sept années. Les Algérois viennent de replonger, dans la nuit de dimanche à lundi, dans un climat rappelant les pires moments des années 1990.
Par Z. Mehdaoui - Quotidien d'Oran, le 31 octobre 2006.
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