Algérie Monde

 

Maroc : la victoire imaginaire de Rabat

OnuMaroc - A New York, rien de bien nouveau sur le Sahara Occidental hormis, sans doute, une reconnaissance agacée que la Minurso ne sert jusqu’à présent qu’à préserver le statu quo. Mais sur le fond, la nouvelle résolution 1720 du Conseil de sécurité est un copié-collé de la précédente.

Elle proroge le mandat de la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara Occidental (MINURSO) qui expirait le 31 octobre jusqu’au 30 avril prochain et appelle au respect des accords militaires de cessez-le-feu conclus avec la MINURSO.

Le Conseil de sécurité exprime aussi «sa volonté d’aider les parties à parvenir à une solution politique juste, durable et mutuellement acceptable qui permette l’autodétermination du peuple du Sahara Occidental» et demande, à nouveau, aux parties et aux États de la région de continuer à coopérer pleinement avec l’ONU «pour mettre fin à l’impasse actuelle et aller de l’avant vers une solution politique».

Comme toutes les résolutions d’un Conseil de sécurité indécis, celle-ci comporte quelques ambiguïtés. D’un côté, on a la réaffirmation constante que la finalité du processus est «l’autodétermination du peuple du Sahara Occidental» mais de l’autre on appelle les Etats de la région à mettre «fin à l’impasse actuelle».

L’ambiguïté réside dans une omission: la finalité de l’autodétermination est refusée par la partie marocaine. Cela est de toute évidence un reflet des différences d’appréciation entre les membres permanents du Conseil de sécurité. Mais c’est également le signe d’une difficulté majeure, pour ne pas dire impossible, à envisager une solution fondée sur un renoncement au principe de l’autodétermination.

D’où ce statu quo qui commence à agacer certains membres permanents du Conseil de sécurité et qui le disent publiquement. A l’image du représentant de la Grande-Bretagne qui a relevé que la prorogation technique du mandat de la Minurso ne saurait se substituer à la recherche d’une solution et qui a souhaité que l’on enregistre «des progrès dans les six mois dans le sens de la libre autodétermination de la population du Sahara Occidental».

Le représentant français a été, sans surprise, moins clair en souhaitant que les parties parviennent «à un accord mutuellement acceptable dans le cadre des Nations unies». Il reste que la résolution confirme de manière claire l’option de l’autodétermination. Le mot met la diplomatie marocaine dans tous ses états et elle a choisi, depuis ces dernières années, de faire comme s’il n’est pas mentionné par le Conseil de sécurité.

La technique a été de nouveau utilisée, hier, par le ministère des Affaires étrangères marocain qui s’est «félicité» de la résolution du Conseil de sécurité en considérant, à tort et contre le texte, qu’elle a renoncé à l’autodétermination.

Ainsi, omettant que le texte mentionne encore et toujours le principe de l’autodétermination du peuple sahraoui, la diplomatie marocaine fait mine de crier victoire en affirmant que la résolution, «conforte pleinement l’approche soutenue par le Maroc d’une solution politique définitive, à même de favoriser la paix, la stabilité et le développement dans la région du Maghreb».

Le ministère marocain tire d’ailleurs des conclusions étonnantes de cette résolution en estimant qu’elle «écarte, par la même occasion, les propositions antérieures dont le caractère caduc est définitivement établi». S’il s’agit de dire que le plan Baker est «caduc», cela est très discutable mais peut se défendre.

Le Conseil de sécurité n’a effectivement rien fait pour que le plan Baker, qu’il a adopté, soit effectivement appliqué. Par contre, suggérer que le Conseil de sécurité de l’ONU a renoncé à l’autodétermination est totalement erroné. C’est d’ailleurs le seul point qui est affirmé clairement.

Il est évident que le Maroc aspire à faire de son «plan d’autonomie» une alternative à l’autodétermination et qu’il a l’écoute de certains membres permanents, mais il est vraiment très loin du but. Et il aurait tort de crier victoire à la lecture de la résolution.

Mais apparemment à force de ne pas vouloir entendre parler d’autodétermination on arrive à ne pas lire le mot même quand il est mentionné, noir sur blanc, dans un texte de l’ONU accessible à tout le monde.

Par M. Saâdoune - Quotidien d'Oran, le 2 novembre 2006.

Actualité en Algérie

Toute l'actualite du moment

Forum Algérie Monde - Debats et discussions sur l'Algérie et sur le Monde.

Algerie-Monde.com © 2006 Tous Droits Réservés