Etats-Unis : Bush l'Irakien
Etats-Unis - Alors que les critiques de sa politique en Irak et dans le monde fusent de partout, y compris au sein de la formation républicaine, le président George W. Bush a engagé, jeudi, le sprint final de la campagne pour le renouvellement partiel du Congrès, en tentant de battre le rappel des troupes afin de faire échec à l’abstention et de convaincre ceux qui doutent de l’efficacité de sa stratégie.
Il est significatif que le thème de l’Irak soit devenu, aux yeux des électeurs américains, la question primordiale, compte tenu des pertes essuyées chaque jour par l’armée, en proie à une situation de plus en plus dégradée, au point que l’état-major US a rompu le silence et dressé un constat alarmant qui contredit la confiance entêtée du Président.
Selon un sondage réalisé pour The New York Times et la chaîne CBS, l’Irak arrive en tête des préoccupations des électeurs (27%), devant l’économie (13%), l’immigration clandestine (8%) et le terrorisme (7%). Ceux-ci se prononceront, le 7 novembre prochain, pour renouveler la totalité des membres de la Chambre des représentants (435 sièges) et un tiers du Sénat (100 membres).
20% d’entre eux seulement estiment que les Etats-Unis sont en train de gagner la guerre en Irak mais 76% espèrent que les soldats américains rentreront plus rapidement au pays, si les Démocrates recouvraient la majoritaires au Congrès, après 12 années d’opposition (il leur suffira de reprendre 15 sièges à la Chambre et 6 au Sénat ).
Ceci montre que le résultat du référendum virtuel tenté par les Démocrates qui ont fait de l’Irak le cheval de bataille contre l’administration Bush est largement défavorable à l’actuel maître de la Maison-Blanche. Celui-ci n’a pas compris le message adressé par un état-major inquiet de la dérive irakienne, de plus en plus meurtrière pour l’armée américaine qui a perdu 103 soldats, rien qu’en octobre dernier.
George Bush qui sait que la partie en Irak est quelque peu compromise, le pays étant au bord du chaos et d’une guerre civile dont l’aboutissement fatal sera la partition, veut croire au message des experts politiques. Ces derniers estiment que les Américains se détermineront davantage en fonction des enjeux locaux et de la personnalité des candidats et que l’une des clés de ces élections a trait à la capacité de mobilisation des troupes.
Mais il se trouve, justement, que la droite la plus conservatrice, dépitée par l’Irak, les affaires de corruption, un récent scandale sexuel et les dépenses publiques, risque de se détourner des urnes, malgré toutes les exhortations du président Bush qui continue d’agiter le spectre du terrorisme.
Etrangement, une majorité de Britanniques, de Canadiens et de Mexicains considèrent que le président américain représente plus une menace pour la paix dans le monde que les dirigeants nord-coréen Kim Jong-Il et iranien Mahmoud Ahmadinejad, selon un sondage publié hier par le Guardian qui indique que, seul, Oussama Ben Laden précède George Bush dans ce singulier palmarès.
Cela indique combien le président américain a déçu énormément par son irrédentisme, sa cécité mentale dans le conflit du Proche-Orient où il a épousé systématiquement les thèses israéliennes, aggravant la tragédie palestinienne et nourrissant le ressentiment arabe et musulman envers la politique des Etats-Unis, et enfin son atavisme qui lui interdit de comprendre le monde autrement que par la lorgnette texane, il est vrai complètement fixée sur les champs pétrolifères où s’alimentent les appétits féroces des cartels US qui l’ont porté au pouvoir.
Par Azzedine Chabane - La Tribune, le 4 novembre 2006
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