Algérie : Les Anglais veulent parler religion à Alger
Algérie - « La politique du gouvernement britannique est aujourd’hui plus nuancée et est élaborée pour permettre aux différentes communautés de dépasser les incompréhensions », a déclaré hier l’ambassadeur du Royaume-Uni à Alger, M. Andrew Tesorière, à l’occasion d’un débat organisé au forum El Moudjahid.
« Il faut surmonter l’incompréhension qui existait entre nos deux pays ». « Nous voulons vous connaître davantage et profiter de votre expérience pour savoir ce qu’on peut faire ensemble ».
Ce sont là quelques propos de l’ambassadeur qui était accompagné d’une délégation de représentants de la communauté musulmane en Grande-Bretagne pour lancer un débat sur le dialogue des religions et des différentes communautés qui existent en Angleterre, notamment algérienne.
Pourquoi la représentation diplomatique britannique a-t-elle décidé d’initier ce genre de débat dans notre pays aujourd’hui ? Pour l’ambassadeur, qui rappellera au passage la décennie noire qu’a vécue notre pays et qui fait partie, dit-il, maintenant du passé, l’objectif fondamental de la rencontre c’est de débattre sereinement de la communauté musulmane, de l’Islam et de ses concepts pour éviter dans le futur les « amalgames » tels qu’entretenus par certains aussi bien en Angleterre qu’ailleurs.
Des musulmans établis en Angleterre, notamment des Algériens, se sont relayés à la tribune d’El Moudjahid pour raconter en quelque sorte leur expérience dans un pays devenu de plus en plus inaccessible pour les étrangers de confession musulmane.
Pour Malek Abderahmane, journaliste au Royaume-Uni et membre de la délégation, beaucoup a été écrit sur les extrémistes musulmans basés en Angleterre, mais il n’en demeure pas moins, d’après lui, que ces gens qui appellent à la violence sous couvert de l’Islam que ce soit en Occident ou en Algérie restent minoritaires.
« Les extrémistes qui utilisent la religion pour appeler à la violence et au terrorisme sont rejetés en Angleterre », a-t-il déclaré rappelant que toute la communauté musulmane a réagi d’une seule voix pour condamner les attentats du 7 juillet 2005 à Londres et avant cela les attentats du 11 septembre 2001 à New York.
L’orateur soulignera que ce n’est pas pour autant que la communauté musulmane est d’accord avec la politique du gouvernement britannique en Irak et en Afghanistan. Cela, dit-il, est un droit que chaque citoyen britannique détient. Un autre membre de la délégation qui met les pieds pour la première fois en Algérie expliquera que le concept « d’islamophobie » ne date pas d’aujourd’hui et qu’il y a eu toujours une résistance aux idées que véhicule l’Islam en tant que religion.
Il dira que les musulmans établis notamment en Angleterre ont su gérer la situation efficacement après les attentats qui ont secoué la planète malgré le fait que tous les regards étaient braqués à tort vers chaque musulman.
Les intervenants ont abondé presque tous dans le même sens, à savoir qu’en Angleterre la vie n’est certes pas rose pour tout le monde, y compris pour les Anglais d’origine, mais il reste, soutiennent-ils, que l’intégration dans n’importe quel pays passe nécessairement par le respect des lois propres à chaque pays.
Fort de l’expérience de quinze années passées en Afghanistan en tant qu’ambassadeur, le chef de la mission diplomatique britannique en Algérie M. Andrew Tesorière appellera enfin les différentes communautés basées dans son pays à rester vigilantes.
Le défi, argue l’ambassadeur, est aujourd’hui d’ordre économique. Effectivement quand on sait qu’il existe 5 millions d’immigrés de confession musulmane en Angleterre, l’on imagine tout l’intérêt que pourraient représenter ces citoyens pour leurs pays d’origine. Mais cela est une autre histoire.
Par Z. Mehdaoui - Quotidien d'Oran, le 7 novembre 2006.
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