Algérie : Après l’anti-terrorisme, l’anti-corruption
Algérie - Bon élève du populisme national, l’ex-FIS a laissé un slogan dont il n’est pas l’auteur: « D’où vous vient cela ? ».
La formule a été heureuse parce qu’elle répondait à ce que les Algériens attendaient depuis presque l’indépendance: des comptes rendus sur le partage du butin de la guerre, celui du partage du pays et de son argent.
Aujourd’hui, sous une apparence beaucoup plus institutionnalisée, la formule revient. La mode politique du moment est au traitement spectaculaire et largement médiatisé des dossiers de corruption, de détournements et de dilapidations des biens publics.
D’une certaine manière, l’on pouvait s’y attendre: le terrorisme comme l’anti-terrorisme ayant épuisé ses cartouches comme argument de campagne, stratégie de visibilité, affiche de campagne électorale et moyen de rassembler les foules, il ne restait plus que le chapitre de la corruption.
Et c’est donc autour de la lutte contre la corruption que s’organise aujourd’hui le discours politique ambiant qui a compris que le « sécuritaire » ne suffit plus. Ce sont donc les procès des banques, ceux des comités de marchés et ceux des chantiers publics qui peuvent vendre les candidatures ou, au moins, les prolongations de mandats.
L’injection de budgets faramineux pour assurer la relance de l’économie du pays et la nécessité d’assainir les canaux de ventilation des enveloppes pour réduire le pourcentage de la « main gauche », expliquent certes la chasse aux coupables, mais ne suffisent pas à en expliquer la vigueur et l’audace.
Il faut une raison bien politique pour en justifier le calendrier, l’opportunité et l’étalage peu traditionnel des noms et prénoms des grosses fortunes et de quelques hauts cadres que l’Etat semble avoir lâchés pour mieux s’en dissocier. La vague est à prendre soit comme un sursaut bénin, soit comme une guerre de groupes, soit comme une purge massive. Elle ira crescendo avec sa marge d’erreurs, de règlements de comptes, de hâtes catastrophiques et de verdicts justifiés au vu du crime commis.
Elle n’échappera pas donc ni au scepticisme « national » qui a déjà consommé ce genre de fruits de saison fournis par chaque équipe qui a eu à gérer le pays, ni au fatalisme collectif qui croit que justice sera faite le jour où le procès osera remonter aux premières années de l’indépendance pour convoquer jusqu’à ceux qui sont morts pour régler la « question ».
C’est une illusion certes que de croire que c’est faisable, mais c’est une manière utile de poser le problème de la corruption autrement que sur le mode de la campagne.
Par Kamel Daoud - Quotidien d'Oran, le 7 novembre 2006.
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