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Daniel Ortega, vainqueur des présidentielles nicaraguayennes

Daniel OrtegaL’Amérique latine retrouve ses sandinistes.

Fidel Castro, Hugo Chavez et Evo Morales doivent être aux anges. Les trois ténors de la gauche latino-américaine ont été rejoints par un autre adepte de l’altermondialisme politique sur leur continent. Et un revers de plus pour l’administration Bush.

Accablés par la situation dramatique en Irak et la déroute annoncée aux élections de mi-mandat, les Etats-Unis devraient accueillir, les traits tirés, l’arrivée d’un nouvel ennemi.

Respectant depuis toujours la sentence des urnes, le sandiniste Daniel Ortega a donc remporté sans aucune difficulté le scrutin présidentiel de dimanche. Et ce succès n’est apparemment pas le fruit du hasard.

Depuis que les Etats pivots d’Amérique latine basculent un à un à gauche, ce petit pays d’Amérique centrale s’est retrouvé des penchants vers un de ses plus anciens leaders, Augusto Sandino. Ancien président du Nicaragua de 1985 à 1990, l’actuel secrétaire général du Front sandiniste de libération nationale a maintenu jusqu’au bout une avance spectaculaire sur ses autres adversaires.

Il obtiendrait, selon les premiers dépouillements 40% des suffrages exprimés. Son outsider, Eduardo Montealegre, est crédité de 33,29% des voix. Vainqueur sans conteste de cette élection capitale, Daniel Ortega devrait, selon la Constitution nicaraguayenne obtenir au moins 35% des voix, et 5 points d’avance sur son dauphin.

Bête noire des Etats-Unis, celui qui vient de reprendre les rênes du pouvoir à Managua reste aujourd’hui l’un des derniers ténors du courant sandiniste dans toute l’Amérique latine. Pays pauvre d’Amérique centrale, le Nicaragua, coincé entre le Honduras et le Costa Rica risque de se retrouver aujourd’hui classé dans la catégorie des Etats hostiles à la politique américaine dans la région.

Mais quoi qu’il en soit, ce pays n’a, en réalité, jamais perdu le cordon ombilical qui le lie au courant sandiniste. Héritage de César Augusto Sandino, ce courant à la fois politique, économique et social, a de tout temps été opposé à l’hégémonie américaine sur tout le continent américain, et particulièrement sur l’Amérique centrale. Entamé dès 1927, le combat du général Sandino atteindra son firmament lors de la bataille d’Ocotal.

Calvin Coolidge, alors président des Etats-Unis, avait décidé d’envahir le Nicaragua et avait laissé se déchaîner sur place une barbarie américaine inconnue jusque-là. Dernier chantre de ce courant, Daniel Ortega qui plus est entretient d’excellents rapports avec les présidents cubain et vénézuélien, revient ainsi au pouvoir après l’avoir quitté en 1990.

Ayant de nouveau perdu les élections présidentielles de 1996, il revient donc par la grande porte, et grâce à ce triomphe, il fera basculer son pays à la gauche de la gauche. Peine perdue pour Paul Trivelli. L’ambassadeur des Etats-Unis à Managua avait tenté, en vain, ces derniers mois d’unir la droite nicaraguayenne.

Maîtres absolus de l’ingérence dans les affaires latino-américaines, les Américains avaient déployé toute leur diplomatie pour faire barrage à Daniel Ortega. Leur ambassadeur dans ce pays avait même osé qualifier l’éventualité de l’élection d’Ortega d’«introduction du modèle Chavez au Nicaragua».

Mais la diplomatie américaine n’est plus ce qu’elle était. Après les échecs successifs aux Moyen et Extrême-Orient, c’est dans leur giron que les Américains se voient aussi violemment humiliés.

Après avoir prôné le respect des règles démocratiques dans les élections, ils se voient aujourd’hui confrontés à l’expression émancipatrice et surtout libre des peuples. Comme quoi, là où la liberté d’expression n’est pas opprimée, elle se déchaîne toujours contre l’Amérique.

Par Mohamed Khaled Drareni - La Tribune, le 7 novembre 2006.

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