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Donnes et murmures autour de la Constitution en Algérie

BouteflikaAlgérie - Annoncée officiellement par le président de la République, la décision de réviser la Constitution semble inquiéter sérieusement les sphères du pouvoir dont les échos laissent dire que « c’est trop dangereux ».

Au-delà du fait qu’elle a été décidée officiellement et annoncée publiquement par le chef de l’Etat en personne, l’idée de réviser la Constitution n’aurait probablement pas l’unanimité ou le consensus qui lui faudrait pour être mise à exécution. Il faut dire que ce n’est pas n’importe quel texte dont on parle mais c’est la loi suprême du pays qui régente et conditionne -en principe- le système politique et l’exercice du pouvoir et lui consacre la légalité.

Du côté des plus hautes instances de l’Etat, l’on tient à nous rappeler que la réflexion à ce sujet ne date pas d’aujourd’hui mais dès l’intronisation de Bouteflika à la tête de la présidence de la République. D’ailleurs, il avait tellement décrié ses dispositions que l’on s’attendait à ce qu’il commence d’abord par la revoir pour pouvoir exercer son pouvoir d’une manière absolue et sans contrainte. L’essentiel réside surtout, nous disent nos sources proches du palais d’El Mouradia, dans le fait que l’idée de la révision de la Constitution est « ultérieure à la maladie du président».

Mais « aujourd’hui, après que le président est tombé malade, la donne a totalement changé », estime-t-on. Comprendre par là que le président « n’en veut plus, du moins il n’en fait plus sa priorité ». On en veut pour preuve, la non convocation à ce jour du corps électoral pour l’organisation d’un référendum autour de la question. « Ce n’est pas tant les délais qui empêcheraient de le faire parce que Bouteflika a la prérogative de présenter le texte au Parlement et de l’amender sans problème », disent nos sources.

Surtout s’il s’agit juste d’amender l’article 74 qui stipule la durée du mandat présidentiel. Ahmed Ouyahia avait été le premier responsable politique à dire que la révision de la Constitution dans son ensemble était inutile et si le président voulait un troisième mandat, il a la possibilité de « descendre l’article 74 à l’APN et le faire amender ». « Justement, il est aujourd’hui impensable que le président pense à briguer un troisième mandat, il est malade et il a déjà trois ans de son deuxième mandat qu’il devra terminer, alors il n’est pas évident qu’il pense à en rajouter cinq autres années avec toute la fatigue et le stress qu’il accumule », disent ceux de son entourage.

Pour eux, « seul Abdelaziz Belkhadem croit à cette révision parce qu’il a été le premier qui l’a jugée nécessaire, il en a fait son cheval de bataille et s’il se rétracte aujourd’hui, il y va de sa crédibilité à l’approche d’élections importantes », expliquent nos interlocuteurs.

Ils ne s’empêchent pas de rappeler que « Belkhadem veut contribuer à une redéfinition de la scène politique selon ses propres convictions politiques et celles du courant auquel il appartient ». Présenté comme étant « profondément islamiste » même si on se plaît à ajouter « mais modéré », Belkhadem voudrait selon certains dires « comme remettre la plate-forme de Rome (Sant’Egidio) au goût du jour ». Ou plus précisément réhabiliter les membres de l’ex-FIS même sous une autre appellation et pour d’autres objectifs.

Ces propos sont confortés par le fait que le chef du gouvernement aurait dit à Rabah Kebir à son retour à Alger, qu’il a désormais le droit de créer un parti politique. Il faut reconnaître que le contenu de la plate-forme de Rome cadre bien avec le discours jusque-là prôné par Belkhadem même si certains observateurs tiennent à souligner qu’il s’en est complètement démarqué tout autant que Kebir d’ailleurs.

Il est surtout aidé dans son discours par le fait que les évolutions politiques qu’a connues le pays avec l’arrivée de Bouteflika à la présidence de la République rendent caduques certains des volets de la plate-forme de Rome qui posaient problème au reste de la Nation.

La libération par voie de mise en oeuvre de la politique de réconciliation nationale, des militants islamistes et des terroristes, et de surcroît le retour au pays ou sur la scène médiatique des membres fondateurs de l’ex-FIS ne constituent désormais plus ces éléments qu’on met en avant pour avancer -comme l’ont fait les signataires de la plate-forme de Rome- que « le pouvoir n’a initié que de faux dialogues qui ont servi de paravents à des décisions unilatérales et à la politique du fait accompli ».

Aujourd’hui, ce même pouvoir a cédé et semble vouloir mettre « tout le monde sur un pied d’égalité ». C’est probablement ce qui manquait à la Charte et ce que les observateurs appellent « le volet politique qui devait compléter sa mise en oeuvre ». D’ailleurs, la rencontre récente de Belkhadem avec Kebir augure bel et bien d’une recomposition de la scène politique selon d’abord la vision de Bouteflika qui a toujours voulu, selon ses proches au niveau d’El Mouradia, réhabiliter le courant islamiste et conservateur.

Mais, nous dit-on, « il ne sera plus question d’une recomposition par la participation des membres du FIS parce que Kebir n’a plus rien à voir avec ce parti ». En fait, disent nos interlocuteurs, « cette vision des choses ne date pas d’aujourd’hui mais c’est une sorte de deal conclu vers la fin des années 90 entre les dirigeants du FIS et le pouvoir réel ». Le deal en question était que ces dirigeants pouvaient reprendre « du service en politique à condition qu’ils n’associent plus à leurs activités Abassi Madani et Ali Benhadj », ceux des membres fondateurs dans lesquels la base du FIS se reconnaît. Mais à l’époque seul Abdelkader Hachani avait refusé « l’offre des décideurs ».

Hachani ayant été assassiné, une telle perception des choses est désormais possible. Notons que ces éléments n’ont rien de nouveau puisqu’ils ont été rapportés à l’époque par certains médias. Au-delà de toutes ces considérations de recomposition du champ politique selon les visées du pouvoir, nos sources qualifient la révision de la Constitution de démarche dangereuse.

« C’est trop dangereux », nous dit-on, « parce que si Bouteflika vise par là l’instauration d’un régime présidentiel, cela signifie que c’est le retour au régime dictatorial en l’absence d’institutions de blocages d’éventuelles dérives de la part du président qui sera consacré de fait juge et arbitre ». L’on note que « le système américain est présidentiel certes, mais le Congrès a toute latitude de bloquer et même de destituer le président de la République en prononçant l’empechment ».

L’autre fait que nos interlocuteurs relèvent est que « mis à part la maladie qui contrecarre ses projets, le président n’a plus les soutiens qu’il avait lors de son retour à la politique, il est affreusement seul ». Larbi Belkheir est de suite cité comme étant « l’un de ses premiers, voire l’un de ses principaux soutiens qui, depuis son départ, la présidence ne tourne plus comme avant ».

Nommé ambassadeur à Rabat depuis septembre 2005 par les soins et sur insistance de Bouteflika, l’ex-directeur de cabinet de la présidence de la République semble n’avoir plus le coeur aux affaires politiques. En effet, selon les dires de hauts responsables à El Mouradia, « depuis son départ de la présidence et le décès de son fils sans compter quelques soucis de santé, Belkheir donnerait l’impression de vouloir se retirer complètement du jeu politique ». L’on rappelle que celui qu’on a coutume à nommer le Cardinal de Frenda (pour reprendre un confrère), ne devait pas s’éterniser à Rabat en tant qu’ambassadeur.

« Il ne restera pas plus d’une année à ce poste », nous disaient ceux qui l’avaient côtoyé au palais présidentiel. Belkheir risque, en effet, de rentrer au pays dans peu de temps. Il n’aura ainsi pas réglé la question sahraouie avec le palais royal comme beaucoup le croyaient. Question qui est loin de dépendre de simples voeux de responsables algériens. L’on nous rappelle qu’il y a quelque temps « un émissaire de Bush a déclaré au président de la République que le Maroc est pour les Etats-Unis ce que leur est Israël au Moyen-Orient ».

Une déclaration qui se passe de tout commentaire. Toute cette discussion impose un flash-back. Il faut croire que plusieurs de ceux qui ont été à l’origine du retour de Bouteflika à la politique ne voulaient pas qu’il brigue un deuxième mandat. « Ils voulaient qu’il mette le pays sur les rails pendant son mandat et qu’il se retire après avoir réhabilité l’image de l’Algérie à l’étranger », nous est-il dit. Mais « on n’en est plus là, aujourd’hui les choses se présentent autrement. Ce qui est sûr, c’est que Bouteflika a compris que le pays c’est le pétrole, l’Intérieur et les Affaires étrangères ».

Ceux qui sont à de hauts postes de l’Etat ne croient pas vraiment à la relance de l’économie. « Ce sont des programmes de dépense qui ont été lancés et non pas de croissance et de développement », font-il remarquer. « La navigation à vue est une phrase qui nous n’est pas étrangère », nous disent nos interlocuteurs non sans rappeler que « beaucoup de choses sont bloquées comme le changement des walis qui a été décidé et signé par le président en août dernier ou le changement de gouvernement qui devait se faire en prévision des élections à venir... ».

L’on annonce quand même un changement des PDG de banques et d’établissements financiers. Quand ? « On le susurre dans les couloirs de la présidence », nous répond-on. Qui va remplacer qui ? La réponse est voulue comme une sorte de synthèse de la situation globale. « Quand deux compétences se neutralisent, c’est le médiocre qui l’emporte et émerge comme ça a été le cas pour grand nombre d’institutions, on en est là ! », se sont exclamées nos sources.

Par Ghania Oukazi - Quotidien d'Oran, le 8 novembre 2006.

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