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L’Algérie enregistre un léger mieux en se plaçant à la 84ème position

Transparency InternationalAlgérie - Transparency International, organisation non gouvernementale contre la corruption, a rendu public hier le rapport annuel sur l’indice de perception de la corruption. Les enquêtes et autres sondages menés par différents organismes ont concerné cette année 163 pays.

Notre pays est bien entendu inclus dans ce rapport. Il est d’ailleurs classé à la 84ème position avec une note de 3,1 sur 10. Un léger mieux ? Une note généreuse comme l’a souligné hier, lors d’une conférence de presse, le porte-parole de l’Association algérienne de lutte contre la corruption (qui a le statut d’observateur dans la conférence des Etats parties).

Le fait est que l’Algérie semble avoir évolué paradoxalement à la multitude d’affaires de corruption qui sont, aujourd’hui, mises au jour et qui ne semblent pas inquiéter outre mesure les pouvoirs publics. En 2003, l’Algérie était classée à la 88ème place avec une note de 2,6 parmi 133 pays. Elle est passée à la 97ème place en 2004 avec 2,7 parmi 146 pays.

Avant de progresser d’un dixième de point l’année suivante avec 2,8, mais en gardant la même position parmi les 159 pays. «Avoir une note inférieure à 3 renseigne sur le haut degré de corruption qui affecte le pays», a indiqué Djillali Hadjadj.

Logiquement, l’Algérie devrait se réjouir de sa notation. Le scepticisme affiché par le porte-parole de l’Association algérienne n’a d’égal que la panoplie de scandales et des affaires de pots-de-vin qui touchent différents secteurs d’activité. Mais aussi les dernières déclarations à Pékin du garde des Sceaux selon lesquelles «l’Algérie est minée par la corruption» et que la presse devrait contribuer aux côtés des pouvoirs publics dans la lutte contre ce fléau.

Même s’il garde espoir que la volonté politique de l’Etat algérien existe, le conférencier ne pense pas moins que celle-ci devrait se traduire sur le terrain. L’association a d’ailleurs saisi le président de la République la semaine dernière. Dans sa correspondance elle note «avec satisfaction les efforts de l’Algérie visant à mettre en application la convention des Nations unies contre la corruption, après avoir été parmi les tout premiers pays à l’avoir ratifiée […]».

Cependant, l’association estime que l’Algérie devrait présenter son rapport sur la lutte contre la corruption lors de la conférence des Etats parties qui se tiendra du 10 au 14 décembre prochain, c’est-à-dire au lendemain de la Journée mondiale contre la corruption. «En étant parmi les tout premiers pays à avoir ratifié la convention, votre gouvernement a montré au monde entier que l’Algérie est acquise à la lutte internationale contre la corruption […].»

Au même titre d’ailleurs qu’à la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme dont la convention qui porte le nom a également été ratifiée par l’Algérie et une loi y afférente a été adoptée il n’y a pas longtemps par le Parlement.

L’Association algérienne contre la corruption se félicite également que la corruption ne soit plus un sujet tabou dans notre pays et que les Algériens aient désormais pris conscience de l’ampleur de ce fléau que certains d’entre eux n’hésitent pas à dénoncer même s’ils en payent la facture.

Djillali Hadjadj a mis l’accent, lors de la conférence de presse qu’il a animée hier au siège de la maison de la presse Tahar Djaout, sur l’utilisation des 100 milliards de dollars affectés au plan quinquennal de consolidation de la croissance économique. L’orateur a estimé que les pouvoirs publics ont mis la charrue avant les bœufs. En somme, on a affecté les enveloppe avant de créer le commissariat au plan.

Le président de l’association algérienne est revenu longuement sur l’octroi des projets dans le cadre des marchés publics. Le gré à gré est devenu monnaie courante. «On ne dit pas toute la vérité au président de la République, on lui fait croire qu’il y a des projets urgents qui ne peuvent pas attendre. Par conséquent, il faut absolument recourir au gré à gré. L’affaire BRC est éloquente en ce sens.»

Et l’orateur de fustiger le premier responsable de l’énergie algérienne qui, dit-il, «au lieu de répondre à la presse, ne trouve rien de mieux à dire que de dénoncer l’Inspection générale des finances». A ce sujet, Djillali Hadjadj s’est fait le porte-parole de cette institution qui est en passe d’être désertée parce que ses cadres subissent des pressions énormes «et sont même invités à modifier des chiffres dans leurs rapports».

Et puis, comme par hasard, c’est au lendemain de l’éclatement de l’affaire BRC que le directeur de l’IGF est muté à la commission du traitement du renseignement financier. Et le conférencier d’ajouter : «Il n’est pas normal que les pouvoirs publics observent un silence par rapport à l’affaire BRC au lieu de prendre des mesures conservatoires, indépendamment du traitement judiciaire.

Ces responsables devraient tous démissionner. Le scandale de l’hôpital d’Oran est également édifiant en matière de corruption.» Revenant à la note obtenue par l’Algérie dans le rapport de l’indice de perception de la corruption, Djillali Hadjadj dira que c’est une note d’encouragement.

Quant aux secteurs les plus touchés par le fléau de la corruption dans les 163 pays concernés par l’indice de Tranparency International, il s’agit de ceux des eaux, de la construction et de la défense. «J’ai été surpris de lire dans un rapport sur la corruption dans le secteur de la défense que l’Algérie a importé en 30 ans plus de 20 milliards de dollars.»

Le secteur de la santé n’est pas épargné. L’Algérie a importé, en 2005, pour 1,5 milliard de dollars de médicaments alors que l’OMS, a indiqué le président de l’Association algérienne de lutte contre la corruption, a précisé dans son rapport que 350 millions de dollars d’importation de médicaments couvraient largement les besoins de la population algérienne.

Mieux, «l’Algérie est l’un des rares pays à ne pas avoir le droit de regard sur les prix des médicaments à l’importation». Enfin, le conférencier appellera surtout à la protection des «dénonciateurs» ou plutôt des donneurs d’alerte. Ce sera d’ailleurs le cheval de bataille de l’organisation qu’il dirige.

La loi relative à la lutte contre la corruption adoptée en janvier dernier et publiée dans le Journal officiel le 8 mars 2006 en fait à peine allusion. En fait, elle ne consacre que l’intitulé, mais en aucun cas elle ne dispose de mécanismes visant à les préserver des menaces. Elle prévoit plutôt des peines de prison pour les auteurs de menaces ou de vengeance. En plus clair, n’importe quel dénonciateur ou donneur d’alerte peut être «liquidé» physiquement parce qu’il a eu le courage de mettre à nu une affaire de corruption sans que des dispositions soit prises pour le mettre à l’abri.

L’article 45 de la loi précitée est édifiant : «Est punie d’un emprisonnement de 6 mois à cinq ans et d’une amende de 50 000 à 500 000 DA toute personne qui recourt à la vengeance, l’intimidation ou la menace, sous quelque forme que ce soit et de quelque manière que ce soit, contre la personne, des témoins, experts, dénonciateurs ou victimes ou leurs parents ou autres personnes qui leur sont proches.» Rappelons que dans le rapport de Transparency, c’est la Finlande qui occupe la 1ère position.

Par Faouzia Ababsa - La Tribune, le 8 novembre 2006.

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