Victoire des démocrates : quel impact en Irak ?
USA - Les républicains sont dans une mauvaise posture après la grande victoire, mardi, des démocrates aux élections parlementaires américaines.
Pour la première fois depuis 12 ans, les démocrates ont remporté la majorité à la Chambre des représentants en gagnant une trentaine de sièges. Ils ne sont pas loin de contrôler le Sénat puisqu’ils ont déjà ravi 4 sièges à leurs adversaires en attendant les résultats du vote du Montana (nord-ouest) et de la Virginie (est).
Le nouveau Congrès doit prendre ses fonctions début janvier. Pendant les deux ans à venir, les démocrates n’ont pas droit à l’erreur, notamment pour sortir les Etats-Unis du bourbier irakien, s’ils veulent confirmer leur victoire lors de la présidentielle de 2008.
Une avancée très attendue avec l’impopularité du président George Bush depuis l’invasion de l’Irak par les Etats-Unis. Pour gagner la bataille, les démocrates ont basé leur stratégie électorale sur ce facteur clé qui est la guerre de l’Irak. Ils ont fait de ces élections un référendum sur l’Irak et contre le président Bush, condamné à une cohabitation forcée.
La victoire démocrate pose de grandes questions pour Bush.
Change-t-elle le cours de sa présidence, voire celui de la guerre en Irak, le condamne-t-elle à l’inaction ? Et présidence et Congrès s’attacheront-ils au compromis ou se livreront-ils à l’affrontement ? Pour les experts, le président Bush peut se retrancher dans la politique étrangère, un espace que lui préserve la Constitution.
Il peut aussi rechercher le consensus avec les démocrates pour faire passer des réformes de la couverture sociale ou de l’immigration. Elles lui tiennent à coeur et il n’a pas pu les imposer à un Congrès républicain. Certains démocrates ont dit leur intention de diligenter de dangereuses enquêtes parlementaires sur la conduite de la guerre en Irak ou les agissements du vice-président Dick Cheney.
Pour eux, «la tentation peut-être grande de faire payer la façon dont ils ont été traités» ces dernières années, conjecture l’expert Marc Zorell, de l’université de Fairfax. Ils ont immédiatement réclamé un changement de stratégie dans ce pays.
Nancy Pelosi, qui devrait devenir la première présidente de la chambre basse du Congrès, a affirmé dès mardi soir que «les Américains ont voté aujourd’hui pour un changement et pour que les démocrates fassent prendre une nouvelle direction à notre pays».
«Les Américains ont été très clairs: il nous faut un changement de direction sur l’Irak.
Persister dans la politique actuelle n’a pas rendu notre pays plus sûr, n’a pas honoré nos engagements envers nos soldats et n’a pas renforcé la stabilité de la région» du Moyen-Orient, a-t-elle lancé dans un discours au quartier général des démocrates à Washington.
La guerre en Irak, qui a déjà coûté la vie à près de 2.800 soldats américains et englouti plusieurs milliards de dollars par semaine au contribuable, suscite un mécontentement croissant parmi la population américaine. «Nous ne pouvons pas continuer dans cette direction qui s’est révélée catastrophique. Et donc, nous disons à George W. Bush: M. le Président, il nous faut une nouvelle politique sur l’Irak.
Travaillons ensemble pour trouver une solution. La campagne électorale est terminée. Les démocrates sont prêts à prendre le commandement», a lancé Mme Pelosi. «Le président Bush doit écouter, il nous faut changer de cap en Irak», a renchéri le sénateur Harry Reid, qui pourrait présider la chambre haute si les démocrates parviennent à y remporter la majorité.
«Le message ne pouvait être plus clair: il est temps de prendre une nouvelle voie !», a déclaré, pour sa part, Hillary Clinton, réélue sénatrice démocrate de l’Etat de New York, ouvrant la voie à son éventuelle candidature à la présidentielle de 2008.
Le stratège démocrate Rahm Emmanuel a déclaré: «Les Américains ont vu et finalement compris que ce que nous sommes en train de faire en Irak ne fonctionne pas».
Quant au président du Parti démocrate, Howard Dean, il a jugé que les électeurs ont donné un clair mandat aux élus, «un mandat pour faire les choses autrement en Irak». Reste que les démocrates sont divisés sur la meilleure stratégie à adopter entre les partisans d’un retrait progressif et ceux qui sont en faveur d’un redéploiement de troupes en dehors des frontières irakiennes.
Comme première réaction sur la scène internationale, le président du Conseil italien Romano Prodi a commenté la défaite des républicains comme une conséquence évidente au conflit en Irak. Il a estimé qu’ils continueraient sur la même tendance avec «des frictions mineures et une collaboration majeure comme cela s’est passé ces derniers mois».
Tandis que le Parti socialiste français a estimé que la victoire «éclatante» des démocrates constitue «un désaveu sans appel pour George Bush et sa majorité». Les socialistes européens ont carrément parlé du «début de la fin du cauchemar». L’ambassadeur américain en Irak, Zalmay Khalilzad, a voulu rassurer hier les Irakiens après la victoire des démocrates aux élections parlementaires américaines, affirmant que Bush demeure «l’architecte» de la politique étrangère de son pays.
«Le président continuera sa mission en Irak, en dépit des lourdes pertes des républicains aux élections parlementaires», a affirmé l’ambassadeur. Le nouveau Premier ministre conservateur japonais Shinzo Abe, proche allié du président George W. Bush, a assuré que la victoire des démocrates ne changerait en rien la politique de son pays à l’égard de l’Irak.
«Il n’y aura aucun changement dans le soutien du Japon à l’égard de l’Irak», a déclaré Abe, en soulignant que «l’aide à la reconstruction de l’Irak est soutenue par la communauté internationale». Sur le plan économique, les résultats du vote ont eu leur impact. Le dollar a chuté sur le marché des changes mais son impact sur les principales Bourses mondiales et les cours du pétrole était limité.
Par B. Mokhtaria et Agences - Quotidien d'Oran, le 9 novembre 2006.
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