USA : Ce que la victoire démocrate ne change pas
USA - Les élections de mi-mandat ont tourné au référendum populaire contre la guerre en Irak. Mais la politique américaine au Moyen-Orient risque d’être identique.
Un juge irakien imprudent avait annoncé que la condamnation serait rendue publique le 16 novembre.
Il n’a échappé à personne que le verdict de pendaison de Saddam Hussein est tombé le 5 novembre. Il intervenait, ô miracle ! à la veille de l’élection américaine dite de «mid-term» qui pouvait secouer le Conquérant George Bush.
Comme dans les fresques antiques, on vient déposer la tête du général vaincu aux pieds du César triomphant. Cette médiocre mise en scène n’a pas suffi pour convaincre les électeurs américains des bienfaits actuels ou futurs de l’invasion de l’Irak.
Après une poussée démocrate considérable, George Bush n’a donc plus les mains tout à fait libres en matière de politique étrangère, faute de majorité au Sénat comme à la Chambre des Représentants.
C’est une bonne chose aussi bien pour les Etats-Unis que pour le reste du monde tant il est à parier que l’actuel président américain restera dans l’Histoire comme un grand faiseur de catastrophes.
Va-t-on pour autant assister à une inversion rapide de la ligne politique actuelle ? Non. Tout d’abord parce que George Bush est encore au pouvoir pour deux ans. Ensuite parce que le camp démocrate n’a pas fait connaître de politique alternative à la très déraisonnable ligne actuelle.
Irak ou l’impossible retraite
L’Irak a toutes les chances d’illustrer au mieux cette continuité dans la continuité. A raison d’une cinquantaine de morts par jour, il n’y a que le Premier ministre irakien Nouri Maliki et, surprise !, la candidate socialiste française Ségolène Royal à penser que la situation va en s’améliorant dans ce pays.
Toutes les informations convergent au contraire pour renforcer la thèse d’une aggravation sans frein de la crise: le mois d’octobre 2006 s’est ainsi avéré particulièrement meurtrier pour les troupes américaines - 102 morts, soit un accroissement de plus de 40% par rapport au mois de juillet.
La récente condamnation de Saddam Hussein ne va pas contribuer à désarmer les groupes de résistance sunnites encadrés par d’anciens membres du Baas ou de l’armée. La récente comparaison par le président Bush de la situation en Irak avec l’offensive du Têt lors de la guerre du Vietnam, loin d’avoir été perçue comme un acte de franchise de la part du chef des armées, n’a fait qu’accroître l’insatisfaction de la population américaine.
La cote de popularité du président américain est tombée à 39% avant le scrutin du mid-term: elle continuera à chuter au rythme de l’annonce, au fil des mois, de plus en plus insupportable, des pertes parmi les Boys envoyés sur le front irakien. Sur un plan politique, le fédéralisme affiché par le régime cache de plus en plus mal une partition de fait du pays.
Pour autant, un départ rapide des troupes américaines est-il envisageable ?
«Nous souhaitons travailler avec les dirigeants démocrates sur les questions qui restent prioritaires sur l’agenda, notamment pour remporter la guerre en Irak, la guerre élargie contre le terrorisme et maintenir l’économie sur le chemin de la croissance», a déclaré le porte-parole de la Maison-Blanche, Tony Snow.
Dans son «malheur électoral», le camp de George Bush sait au moins que les démocrates ne peuvent pas imposer un retrait qui laisserait ouvertement l’Irak dans des mains «inamicales». Il n’est certes plus question de gagner la guerre mais il faut faire mine de ne pas la perdre: le conflit irakien a miné le crédit militaire, diplomatique et politique de la très grande puissance, un retrait brutal et paniqué finirait de le ruiner.
Lors de la récente campagne électorale, les critiques majeures des démocrates ont avant tout porté sur les raisons et les circonstances de l’entrée en guerre des Etats-Unis en Irak. A juste raison, mais avec beaucoup de retard et une certaine mauvaise foi, les ténors du Parti démocrate se sont enfin aperçus que la présence affirmée d’armes de destruction massive, la collision supposé entre le Baas et le terrorisme intégriste, bref, toutes les raisons invoquées par l’administration Bush pour renverser Saddam Hussein, ne répondaient à aucune réalité probante.
Les démocrates s’insurgent contre l’impasse dans laquelle les Etats-Unis sont aujourd’hui maintenus par la faute d’une administration qui n’a su ni anticiper les difficultés ni prévoir de stratégie de sortie de crise avant de se lancer dans l’offensive. A l’inverse, il est évident pour les démocrates comme pour les républicains qu’un retrait prématuré des troupes américaines ne pourrait conduire qu’à une débâcle et un renforcement de l’autre «pilier de l’axe du mal» dans la région, à savoir l’Iran.
Téhéran apparaîtrait de fait comme la puissance de tutelle régionale et la majorité chiite irakienne trouverait alors le soutien diplomatique nécessaire pour diriger le pays ou tout au moins contrôler une fraction significative de sa surface et l’accès à la mer des ressources pétrolières. Last but not least, le gouvernement de Mahmoud Ahmadinejad serait alors certain de pouvoir acquérir l’arme nucléaire.
Israël se venge sur Gaza
Sur le plan de la lutte antiterroriste, le bilan de l’intervention en Irak est tout aussi catastrophique. L’occupation a permis aux groupes intégristes «internationalistes» de disposer, après la perte de l’Afghanistan, d’une vaste base arrière. Le départ des troupes américaines, entraînant quasi sûrement la chute du gouvernement de coalition, transformerait de nombreuses régions de l’Irak en «zones franches» de la Qaïda ou de ses épigones.
Rester est dramatique, partir l’est encore plus: démocrates et républicains partagent ce constat réaliste. Reste que c’est in fine l’opinion publique américaine qui, comme pendant la guerre du Vietnam et plus récemment pour la Somalie, décidera ou non du retour des Boys au pays, quel qu’en soit le prix militaire ou diplomatique.
Par ailleurs, les démocrates vont-ils davantage peser sur la politique proche-orientale de George Bush ?
Pas plus, serait-on tenté de dire. Dans ce domaine pour autant, plus personne de sensé ne croit au conte pour enfants du «reversement démocratique» du domino proche-oriental. La politique menée par la Maison-Blanche n’apparaît plus que pour ce qu’elle est: un soutien sans faille à l’Etat israélien, pointe avancée du combat contre le terrorisme et le «fascisme» islamique.
Pis, toutes les informations qui filtrent progressivement sur les circonstances de la guerre récente au Liban confirment que le gouvernement américain a fait plus qu’encourager, s’il ne l’a pas initié, la décision israélienne d’aller envahir le Pays des Cèdres.
Humiliée par son échec au Liban, l’armée israélienne se venge maintenant sur une cible facile, Gaza. Dans cette zone surpeuplée, affamée, entourée de déserts, les coups de mortiers de Tsahal sont sans risques pour leurs exécutants.
Là, on n’affronte pas des militants armés et entraînés mais des femmes et des enfants: les tirs au but sont sans gloire mais sans risques. Et meurtriers. Le dernier week-end de l’opération «Nuages d’automne», poétique appellation de l’opération de tuerie de l’armée israélienne à Gaza, a fait plus de 60 morts. Pendant la seule nuit «électorale» du mardi 7 au mercredi 8 novembre, l’armée israélienne a assassiné pas moins de 23 civils palestiniens !
Cela vaudra-t-il des critiques américaines au Premier ministre Ehud Olmert (qui vient d’ouvrir son gouvernement au dirigeant d’extrême droite raciste Avigdor Liberman) ? Bien évidemment, non. Ni les républicains ni les démocrates ne marqueront la plus infime distance, le plus petit désaccord, n’émettront le murmure le plus léger de réprobation vis-à-vis du gouvernement israélien.
Continuité démocrate
L’entrée dans la coalition gouvernementale de l’extrémiste Liberman conforte pourtant l’orientation impuissante de revanche guerrière prise par Ehud Olmert qui n’a visiblement rien compris ni rien appris de son échec au Liban. Shimon Peres, vieux politicien retors toujours à la tête des Travaillistes, s’abstient de tout commentaire.
Ce que les observateurs les plus avisés considèrent comme étant un aval tacite accordé aux choix politiques d’Ehud Olmert dont la seule obsession est de laver l’humiliation infligée par le Hezbollah au Liban.
Cette politique militariste continue, brutale et aveugle va contre les intérêts d’Israël à moyen terme. Paradoxalement, elle trouve plus d’opposants en Israël même que dans le Parti démocrate américain.
Cette formation ne sera pas, malgré sa victoire récente, aux manettes du pouvoir. Elle veillera peut-être à éviter d’éventuelles nouvelles foucades de l’actuel président américain, elle ne voudra jamais être pris en défaut de «faiblesse» face à une opinion américaine qui se considère «en guerre» depuis le 11 septembre 2001.
Dans les deux ans qui le séparent de la «vraie élection», celle du successeur de George Bush, le Parti démocrate veillera donc à démontrer que la manière forte en matière de sécurité nationale n’est pas l’apanage de son rival républicain. La politique agressive face aux menaces réelles ou supposées devrait à ce titre perdurer tant sur le dossier de l’Irak, du Moyen-Orient en général et de la lutte antiterroriste.
Par Pierre Morville - Quotidien d'Oran, le 9 novembre 2006.
Actualité en Algérie
Toute l'actualite du moment
Forum Algérie Monde - Debats et discussions sur l'Algérie et sur le Monde.