Algérie : La visite de Thierry Breton à Alger confirmée
Algérie - Engagée dans la dernière ligne droite, la présidentielle française ne gèle pas pour autant l’agenda franco-algérien.
En dépit du report sine die du Traité d’amitié, le rituel des visites croisées entre les deux capitales reprend.
Au moins jusqu’à l’entrée de la classe politique hexagonale dans la campagne officielle. Après Nicolas Sarkozy qui s’envole, lundi, pour une visite de deux jours, c’est au tour d’un autre poids lourd de l’équipe gouvernementale française d’inscrire Alger sur son carnet de route.
Thierry Breton, le ministre de l’Economie et des Finances, y est attendu dans les prochaines semaines, «probablement début décembre», a-t-on indiqué de source diplomatique algérienne à Paris. Le grand argentier de France poursuivra les discussions - engagées depuis des mois - avec son homologue Mourad Medelci sur les chantiers de la coopération sectorielle et les dossiers en cours.
Aucun détail ni «élément de langage» n’était disponible, en ce week-end hexagonal, sur les objectifs de son séjour algérois et le programme de ses entretiens.
«C’est une visite très importante», s’est borné à dire l’ambassadeur d’Algérie, Missoum Sbih, lors d’une discussion informelle, vendredi, avec les correspondants de la presse algérienne à Paris.
Depuis son arrivée à l’été 2005 à Bercy, siège de l’administration économique et financière française, Thierry Breton a reçu son homologue algérien à deux reprises à Paris avant de prendre à son retour le chemin d’Alger. Outre les ministres en charge de départements à caractère économique, il s’y est entretenu avec le Président Bouteflika et le chef du gouvernement, Ahmed Ouyahia à l’époque.
La visite de Breton précède de quelques jours la tenue, au Quai d’Orsay, d’une rencontre économique sur l’Algérie. Annoncée début septembre par le Quotidien d’Oran, cette activité - un «déjeuner-séminaire» - réunira trente à quarante chefs d’entreprises le 19 décembre.
Il s’agit de patrons de grands groupes industriels et financiers français, des entités très cotées à la Bourse de Paris. Première rencontre sur l’économie algérienne à se tenir sous les ors du Palais du Quai d’Orsay, le «déjeuner-séminaire» a été ficelé en juin dernier dans la foulée de la visite de Philippe Douste-Blazy à Alger. Le séjour du chef de la diplomatie française, l’on s’en rappelle, a été crédité d’un échec patent. Du moins dans les bilans brossés par les rédactions algériennes et parisiennes.
Suggérée par le Quai d’Orsay, l’idée d’un «déjeuner-séminaire» a vite emporté l’adhésion de la mission diplomatique, laquelle s’est chargée des préparatifs avec les secteurs économiques algériens. Un ministre français et un ministre algérien chargés des dossiers économiques seraient au rang des participants, indique-t-on, sans plus de détails, de source algérienne.
L’ambassadeur d’Algérie à Paris y voit un «signal positif fort», le signe que la relation franco-algérienne continue son petit bonhomme de chemin en dépit de la mise entre parenthèses du projet de Traité d’amitié. Rien dans la discussion à bâtons rompus entre Sbih et la presse algérienne ne semble indiquer une panne durable ou irrémédiable dans la relation bilatérale.
Si le Traité d’amitié ne semble plus paré de la mention «urgent» dans le calendrier bilatéral, d’autres dossiers cheminent tant dans le registre économique que culturel et humain. A en croire le diplomate, les deux capitales restent animées par une «volonté commune» de cultiver, en permanence, les relations bilatérales. De «consolider ce qui marche», tout en s’attachant à trouver des solutions aux questions en difficulté passagère ou à la traîne.
Missoum Sbih puise dans l’actualité récente pour trouver matière à satisfaction. Moment fort de la chronique nationale de ces derniers mois, l’épisode du remboursement anticipé de la dette extérieure algérienne en atteste à ses yeux. Dans ses négociation avec le Club de Paris, l’équipe des négociateurs algériens a trouvé, auprès de la partie française, un «soutien fort et de tous les instants», reconnaît-il.
A cinq semaines de la tenue du «déjeuner-séminaire», ni la partie française ni la partie algérienne n’ont, pour l’heure, rendu publique la liste des entreprises attendues. Selon toute vraisemblance, il y aura les entreprises généralement familières du marché algérien, entre autres Total, Alsthom, Danone, le groupe bancaire BNP Paribas, les constructeurs automobiles Renault et Peugeot, etc.
Bouteflika en avait rencontré certains lors de sa visite d’Etat en juin 2000 à Paris, puis en février 2002 en marge d’une conférence franco-africaine sur le NEPAD.
En juillet 2004, Nicolas Sarkozy, alors à Bercy, s’est fait accompagner à Alger d’une brochette de patrons des grands groupes.
Sa formule - «j’embarque avec moi la moitié du CAC 40", l’indice boursier français - avait fait la «une» de la presse économique parisienne. Et fait dire aux observateurs de la relation économique bilatérale que la consistance humaine de l’avion ministériel augurait une nouvelle page économique entre les deux pays. Avec, au premier rang des retombées, une refondation des relations économiques et un surcroît d’investissements hexagonaux sur le marché algérien.
Dopés sous l’effet d’un dialogue politique alors à son meilleur niveau et des contacts quasi-permanents entre Bouteflika et Chirac, les rapports économiques semblaient baigner dans une véritable lune de miel. En témoigne le paraphe, en juillet 2004, d’un «Aide-mémoire économique» entre les deux pays. Une somme d’objectifs et de chantiers au premier rang desquels le concours de Paris pour la conversion en investissements d’une partie des créances détenues auprès d’Alger. En deux ans, bien des choses ont été réalisées sur le terrain économique.
Entre autres faits dont Alger a bien pris acte, l’amélioration du «risque Algérie» au miroir de la COFACE. Après des années de plaidoyers ininterrompus, le gouvernement algérien a fini par obtenir, au seuil de cette année, un surclassement de l’Algérie au tableau de l’assureur. Créditée, des années durant, de la note «B», l’économie a glané la «A4», un indicateur synonyme de la quatrième place sur une échelle de valeur à sept niveaux.
Reste que cette note, ajoutée aux multiples visites des entreprises françaises en Algérie, ne signifie pas que les rapports économiques bilatéraux sont au beau fixe. Périodiquement, le discours économique algérien - tant officiel que patronal - est émaillé de réserves et de déclarations au ton mitigé. Exemple: la «frilosité» des entreprises françaises plus promptes, aux yeux des Algériens, à commercer qu’à investir.
A force de se répéter au gré des foires et des rencontres, la formule a fini par irriter dans les milieux économiques. Lesquels ne manquent pas de le montrer et de souligner que, hydrocarbures mis à part, la France est le premier investisseur dans le pays. Une allusion claire aux Américains qui, disent les Français, ne se bousculent que dans les latitudes pétrolières et gazières du Sahara.
Par S. Raouf - Quotidien d'Oran, le 12 novembre 2006.
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