Algérie : Sarkozy à Alger
Algérie - O.K. pour les visas, mais le traité d’amitié attendra.
Enfin. Les Algériens demandeurs de visas pour la France seront traités de la même façon que leurs voisins marocains et tunisiens.
Le ministre français de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy, a annoncé hier à Alger la suppression de la consultation préalable des pays européens de l’espace Schengen avant la délivrance de visas aux ressortissants algériens.
Une bonne nouvelle pour les centaines de milliers de demandeurs de visas. Jusque-là, les demandes de visas déposées par des Algériens pour entrer en France devaient avoir le feu vert préalable des pays européens de l’espace Schengen. Officiellement, les partenaires de la France craignaient l’infiltration de terroristes islamistes. Un argument devenu caduc avec la nette amélioration de la situation sécuritaire en Algérie.
L’abrogation de cette procédure « permettra de réduire très nettement le temps d’obtention des visas », a déclaré Sarkozy, qui a fait état également de la volonté de l’Algérie, exprimée par son homologue algérien Yazid Zerhouni, de « travailler très étroitement avec la France contre le terrorisme ».
Le ministre français de l’Intérieur a fait cette annonce à l’issue d’un entretien avec Zerhouni et une réunion avec le chef du gouvernement Abdelaziz Belkhadem, qu’il a rencontrés successivement au Palais du gouvernement, peu après son arrivée pour une visite de deux jours en Algérie. La suppression de cette consultation concerne les visas ordinaires et les visas diplomatiques, a-t-il précisé.
Conséquence, les demandes de visas seront traitées en quelques jours, au lieu des trois semaines minimum qui étaient nécessaires avec la procédure de consultation.
Jugée humiliante et discriminatoire par l’Algérie, la procédure de consultation n’était pas justifiée avec le premier partenaire économique de la France dans le monde arabe. En dehors de l’OCDE, l’Algérie représente le deuxième partenaire commercial de la France.
La suppression de la procédure de consultation ne signifie pas cependant plus de visas aux Algériens. Ni l’amélioration des conditions générales d’octroi du fameux document. Le ministre français de l’Intérieur et candidat à la présidentielle de 2007 est partisan d’un durcissement des conditions d’octroi des visas aux Algériens dans le cadre de sa politique d’immigration. Par ailleurs, le ministre français a confirmé l’ouverture en 2007 du nouveau consulat général de France à Oran et dit à Zerhouni que les consulats français en Algérie recevraient instruction pour « traiter immédiatement, le jour même, les demandes de visas présentant un caractère d’urgence ».
La réouverture du consulat général de France à Oran devrait se faire avant fin 2007, en septembre ou octobre.
Autre « geste fort » du candidat à l’Elysée, le dépôt d’une gerbe de fleurs au monument des martyrs de la Révolution. «Mon recueillement à la mémoire des martyrs de la Révolution algérienne est une façon de respecter les Algériens», a déclaré Sarkozy, qui n’a pas condamné fermement le colonialisme français. Il s’est contenté de phrases consensuelles et n’a pas évoqué le traité d’amitié.
Nicolas Sarkozy a prôné « l’apaisement » entre Alger et Paris concernant leur controverse sur le passé colonial de la France en Algérie, à l’issue d’une visite au cimetière chrétien de Bologhine. « Il y a un système colonial, un système injuste. Puis à côté, il y a des femmes et des hommes, quelle que soit leur origine, qui ont également été victimes de cette injustice », a déclaré Sarkozy.
Le ministre de l’Intérieur et des Collectivités locales, Noureddine Yazid Zerhouni, a affirmé que le moment n’est pas favorable pour signer le traité d’amitié entre l’Algérie et la France. « Je crois, et c’est mon avis personnel, que compte tenu des contingences actuelles, le moment n’est pas favorable pour signer le traité » d’amitié entre l’Algérie et la France, a déclaré Zerhouni à la presse, à l’issue des entretiens qu’il a eus avec Nicolas Sarkozy.
« Il y a encore des efforts à faire pour créer un consensus le plus large possible », a-t-il dit, ajoutant qu’il partageait l’avis du ministre français « lorsqu’il dit qu’il vaut mieux encore construire, parce que l’amitié ne se décrète pas ». Zerhouni a précisé, dans le même ordre d’idées, qu’»il vaut mieux encore construire cette amitié et la construire par la réalité quotidienne», soulignant que «le traité d’amitié pourrait venir à ce moment-là pour couronner et confirmer une situation».
Par Hamid Guemache et agences - Quotidien d'Oran, le 14 novembre 2006.
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