Algérie : La consommation de drogue en hausse en milieu carcéral
Algérie - Organisée par le ministère de la Justice en collaboration avec l’UNICEF ainsi que des spécialistes, cette rencontre, un atelier international sur la prise en charge des toxicomanes en milieu carcéral, devra trouver l’équilibre entre la méthode répressive et une autre qui est la prise en charge.
Selon une étude faite par la direction générale de l’administration pénitentiaire, ce sont 6.015 détenus qui consomment de la drogue en milieu carcéral. Cette étude a concerné 47.478 détenus de 101 établissements pénitentiaires sur les 127 existants. Leur âge varie, selon cette étude, entre 18 et 27 ans.
C’est par ce constat que les travaux de la rencontre sur le thème de la consommation de la drogue en milieu carcéral ont été ouverts, hier, à l’école de la magistrature à Alger.
Les statistiques de l’administration pénitentiaire font état d’une augmentation des affaires liées à la drogue. L’on signale que la consommation de la drogue dans le milieu carcéral est en nette augmentation.
Elle est passée de 5% en 2005 à 7,5% en 2006. Une situation pour le moins inquiétante dès lors que la composition de la population carcérale (près de 50.000) est constituée à 59% de jeunes. Ce qui fait craindre le pire aux pouvoirs publics, selon le directeur central de l’administration pénitentiaire, M. Fellioun
« Si nous n’avions pas encore franchi la ligne rouge, il n’en reste pas moins que ne nous sommes pas loin de le faire », commente un intervenant.
Faut-il pour autant rester uniquement répressif envers ceux qui se droguent. La réponse est non puisqu’il est question de prise en charge des drogués avant, pendant et après la prison. Et c’est de cela qu’il s’agit pendant cette rencontre qui devra se pencher sur les axes de la stratégie nationale en matière de lutte contre la toxicomanie.
Selon le nouveau directeur de l’office national de la lutte contre la drogue, « l’Algérie est passée de statut de pays de transit à un pays de consommateurs » étant donné sa position géographique et l’évolution que connaît le pays. « Il y a lieu d’aller vers une nouvelle méthodologie dans le traitement du dossier pénal des drogués », a-t-il signalé lors de son intervention.
Et de poursuivre: « L’incarcération n’est pas toujours la solution en ce qui concerne cette catégorie ». A défaut de centres spécialisés dans la désintoxication, le magistrat est le plus souvent contraint d’opter pour le mandat de dépôt des personnes incriminées.
De ce fait, ce responsable qui a déjà exposé son projet à l’occasion de sa nomination à la tête de l’office de lutte contre la drogue, il y a peu de temps de cela, a rappelé sa stratégie de voir créer des centres spécialisés pour les drogués étant donné que les résultats obtenus dans les prisons et en dépit des efforts de l’administration, le phénomène persiste et le plus souvent les personnes accoutumées continuent de se droguer une fois sorties de prison.
Il rejoint les dires de l’expert belge J.M. Harvengt pour lequel « le toxicomane est un individu qui fuit sa réalité ». Et « l’on ne devient toxico que par un processus », déclare-t-il. Pour cet expert, il s’agit de faire pendre conscience au drogué car, selon lui, « la toxicomanie n’est pas une identité », il faut rendre à ces gens leur vraie identité par, justement, un traitement autre que celui de l’incarcération.
Par S. E. K. - Quotidien d'Oran, le 14 novembre 2006.
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